Commerce perturbé par des rumeurs

Toujours perturbé par la pandémie de Covid-19, le commerce extérieur chinois de viande bovine a été récemment affecté par de fausses rumeurs. En août, une publication de l’industrie bovine chinoise a ainsi annoncé que les importations en provenance d’Australie et de Nouvelle-Zélande avaient été suspendues pour cause de fièvre aphteuse et ce alors que les deux pays restent indemnes de la maladie. Aucune restriction n’a été en fait mise en place au-delà des suspensions individuelles déjà en place pour certaines unités océaniennes. Et la mise en œuvre de ces suspensions d’agréments d’abattoirs par les autorités chinoises continue pour diverses raisons. C’est notamment le cas pour deux entreprises étasuniennes. Début août, l’Administration générale des douanes (GAC) a suspendu les importations produits carnés expédiés par la société King Meat Service Inc, à la suite de la découverte de traces de ractopamine dans de la viande bovine exportée vers la Chine. Cette décision fait suite à une première suspension pour le groupe appelé AA Meat Products effective depuis le 15 juin dernier.

La Covid-19 continue de mettre à mal le marché chinois

Face à la Covid-19, le gouvernement chinois a imposé un confinement strict à des millions de Chinois pour enrayer coûte que coûte l’épidémie. Les conséquences de la pandémie et de ces mesures ont des impacts majeurs sur toute l’économie du pays, en particulier sur le marché du porc.

Le président chinois Xi Jinping s’est engagé dans une politique « 0 Covid » en Chine, et pour répondre à la recrudescence des cas dans la ville de Shanghai, de nombreux quartiers ont été placés sous confinement fin mars pendant une durée indéterminée. Des mesures de confinement plus ou moins strictes touchent près de 26 millions de Chinois habitant dans le cœur économique de la Chine. Elles se sont déployées selon trois statuts : un confinement strict avec interdiction de sortie du logement, un confinement contrôlé avec la possibilité de sortir dans l’enceinte des résidences, et un confinement plus souple avec l’autorisation de se déplacer dans un périmètre et une durée limitée.

De telles dispositions au sein du centre financier, manufacturier et maritime de la Chine ont inévitablement entraîné des répercussions majeures sur l’économie du pays, et plus particulièrement sur le marché du porc. Les impacts touchent le commerce et les approvisionnements en porc, la demande des consommateurs chinois, engendrant une inflation dans le pays.

Perturbations logistiques majeures et limitation des approvisionnements

Pour de nombreux acteurs du commerce, Shanghai constitue un emplacement idéal pour réceptionner puis redistribuer les produits issus de l’importation dans tout le pays. Le blocage d’un des plus grands ports chinois pendant de nombreuses semaines a irrémédiablement entrainé des perturbations conséquentes dans le secteur des logistiques maritime et terrestre et dans les approvisionnements en divers produits, dont des produits du porc. Face au manque de personnel, confiné dans leur logement, la prise en charge des flux de marchandises arrivant à Shanghai a enregistré beaucoup de retard, et a provoqué un engorgement massif des navires dans le port. Au-delà des retards liés au personnel, l’obligation de tests de dépistage à la Covid-19 sur les denrées importées n’a fait qu’aggraver cette situation. Dès le 1er avril, les produits alimentaires réfrigérés ou congelés devaient obligatoirement subir des inspections dans le but de garantir l’absence de Covid. Le temps de réalisation et de traitement des tests a été générateur de retards bloquant des centaines de navires en amont du fleuve Yangtze.

Carte du trafic maritime autour du port de Shanghai
Source : Marine Traffic, les points ronds symbolisent les navires à l’ancre

Une fois les produits déchargés, les acteurs du commerce se sont aussi retrouvés confrontés au manque de chauffeurs routiers pour acheminer les marchandises dans tout le pays bloquant là aussi la chaine logistique.

Les importations en produits du porc (viandes et abats), qui étaient déjà en perte de vitesse, ont de ce fait de nouveau été limitées. Au premier trimestre, les importations en porc de la Chine se sont repliées de près de -58% par rapport à 2021, et le bilan pourrait s’alourdir au second trimestre. La prévision des experts de l’USDA réalisée en avril dernier envisageait une baisse des importations en porc de -19% en 2022 par rapport à 2021, ce chiffre pourrait dorénavant être dégradé.

Une demande mise sous cloche

Le marché chinois s’est donc retrouvé face à des approvisionnements en porc limités, à la suite des perturbations logistiques, mais l’affaiblissement de la consommation a permis de limiter la hausse des prix du porc. En effet, l’instauration d’un confinement strict pour des millions de personnes a restreint la consommation des produits du porc, en particulier issus des importations. Les prévisions de l’USDA qui estimaient une croissance de la consommation de porc de l’ordre de 5,2% en 2022 par rapport à 2021, pourraient être revues à la baisse.

 A Shanghai, les livraisons pour les quartiers strictement confinés ont été interdites. Les Chinois confinés chez eux comptaient ainsi sur les paniers alimentaires du gouvernement, gratuits mais à contenus variables, et ne contenant pas de viandes importées. Dans les autres quartiers, les courses en magasin n’étaient autorisées pour certaines zones seulement et sous limitation de fréquence et de durée d’achat. La situation épidémique a pu favoriser l’utilisation du e-commerce, déjà inscrit dans les habitudes des consommateurs chinois, mais les disponibilités en divers produits restaient limitées.

Les freins à la consommation se sont aussi illustrés aussi dans d’autres villes en Chine, toujours en lien avec la mise en place de mesures pour limiter la propagation de la Covid-19. A Pékin, à partir du 1er mai, et ce pendant une durée indéterminée, les restaurants ne pourront accueillir leurs clients sur place. Les traiteurs et restaurateurs tentent de s’adapter à ces dispositions en installant des stands et étals dans la rue. Certains grands noms de la restauration se sont prêtés au jeu, comme le leader de la cuisine du Sichuan en Chine Meizhou Dongpo, ou encore des chaines de restauration rapide. Cependant, les acteurs de la restauration confirment que l’installation de ces étals ne suffira pas à compenser les baisses de consommation et de fréquentation. L’impact économique lié à l’interdiction d’accueillir des clients à table est majeur, d’autant plus que ce secteur souffre des conséquences du Covid-19 depuis maintenant plus de deux ans. A plus long terme, certains économistes alertent sur le fait que la demande en produits du porc pourrait rester morose en raison des incertitudes économiques futures.

L’économie chinoise touchée par l’inflation

Les différents problèmes d’approvisionnement et de logistique entrainent in fine une accélération de l’inflation en Chine. En avril, les prix à la consommation ont bondi à 2,1% par rapport à l’an dernier, contre +1,5% en mars. Les chiffres du mois de mai devraient être encore plus forts. La légère reprise des cours du porc a joué dans ce mouvement inflationniste, compte tenu de l’importance du porc dans l’économie chinoise. En mai, le prix du porc a enregistré une hausse de près de 12% par rapport au mois dernier.

La hausse des coûts de transport et d’approvisionnement pour les industriels chinois est à l’origine de l’accélération de l’inflation. Ces derniers ont répercuté les surcoûts en aval de la filière, sur les prix à la consommation. L’amélioration de la situation sanitaire qui se dessine fin mai laisse entrevoir de meilleurs horizons commerciaux et économiques, mais la Chine devra de nouveau se relever de ces nombreuses perturbations. Pour ce faire, la Banque centrale chinoise et le gouvernement ont annoncé la mise en œuvre de diverses mesures pour soutenir la croissance. Les entreprises de la filière porcine affectées depuis 2018 par des crises économiques majeures attendent ardemment ces soutiens.

L’importance de l’accord négocié entre la Chine et la France est ravivé

La pression sanitaire liée à l’épidémie de fièvre porcine africaine s’accentue le long de la frontière française, avec la découverte de porcs contaminés dans un élevage allemand à moins de 7 km de la France. Un accord de régionalisation avec les autorités chinoises avait été conclu fin 2021. Il garantit aux acteurs de la filière porcine la non-imposition d’un embargo total sur les produits porcins destinés à l’export vers la Chine si un cas de FPA était retrouvé en France.

Suspension de plusieurs abattoirs brésiliens

La Chine a importé 594 000 tonnes de viande en mars (-42% /2020). Sur le premier trimestre, les importations s’élevaient à 1,7 millions de tonnes (-37%). Les données préliminaires ne donnent pas de détails sur la répartition des importations entre les différents types de viande. Si cette forte baisse s’explique probablement par une chute des importations de viande de porc suite au redressement de la production post FPA, la pandémie de Covid-19 pèse fortement. En effet, depuis plusieurs semaines, le coronavirus perturbe le marché chinois à deux niveaux, celui de la consommation domestique et celui de l’import. Les suspensions temporaires d’importations (généralement d’une semaine) depuis certains abattoirs se multiplient. Le 8 avril dernier au Brésil, l’Administration générale des douanes chinoises a suspendu les importations depuis deux abattoirs de viande bovine et un abattoir de volaille après la découverte de traces du variant delta du coronavirus sur des emballages de lots de produits surgelés envoyés en Chine. Cette suspension temporaire concernait notamment l’abattoir bovin de JBS de Goiana (Goias) et celui de Marfrig de Tangara da Serra (Mato Grosso). Le 16 avril, les douanes chinoises suspendait pour les mêmes raisons les importations de trois exportateurs brésiliens de viande bovine : JBS, Marfrig et Naturafrig. Cette décision concernait quatre abattoirs situés dans les états du Mato Grosso (JBS à Barra do Garcas et Marfrig à Varzea Grande) et de São Paulo (Marfrig à Promissao et Naturafrig à Pirapozinho). Des suspensions similaires se sont multipliées récemment, comme depuis l’Australie, perturbant le commerce de viande bovine vers la Chine.

Le déficit commercial agricole chinois atteint un nouveau record

En 2021, les importations agricoles et agroalimentaires chinoises ont fortement progressé pour atteindre près de 220 milliards de dollars (+29%/2020). Cette accélération des importations s’explique d’une part par l’augmentation des importations de grains, accentuée par la hausse des prix sur le marché international.

Les achats de maïs ont été multiplié par 2,5 en volume, à 28 millions de tonnes, mais par 3,2 en valeur, pour dépasser les 8 milliards de dollars. Les importations de sorgo ont doublé et celles d’orge ont progressé de 50%. Si les importations de soja ont reculé de 3% en volume, leur valeur a bondi de 35%, à 53 milliards de dollars.

L’autre facteur à prendre en compte est l’accord commercial sino-étatsunien signé en janvier 2020 qui engageait la Chine à acheter 36,5 milliards de dollars de produits agricoles et alimentaire étatsuniens en 2020 et 43,5 milliards en 2021. Après avoir largement raté l’objectif en 2020 (23,7 milliards de dollars), la Chine a fortement augmenté des achats en provenance des Etats-Unis en 2021, 38,9 milliards de dollars. Alors que les exportations chinoises n’ont progressé que de 11% en valeur, le déficit commercial agricole chinois a donc atteint le record historique de 135 milliards de dollars.

COFCO s’étend au Brésil

COFCO, la plus grande entreprise publique agroalimentaire chinoise, a remporté un bail de 25 ans sur le port brésilien de Santos dans l’état de Sao Paulo. De 3 Mt, la capacité portuaire pourrait atteindre 14 Mt grâce à ce nouveau terminal, augmentant les exportations du Brésil. Cet emplacement stratégique chez le plus grand producteur mondial de soja renforce un peu plus la présence chinoise dans cette zone du globe et son importance dans les échanges internationaux.

Poursuite du recul des importations

La demande chinoise reste en baisse en ce début d’année. En janvier, près de 162 000 tonnes de viandes de porc et coproduits ont été importées par la Chine, en recul de 29% par rapport au mois de décembre. Le pays importe moins dans un contexte d’hausse de l’offre et de contraction des cours à la production.

Important repli des importations en 2021 : -24 %

En 2021, la demande chinoise s’est affaiblit tout au long de l’année. Plus de 4,3 millions de tonnes ont été importées (-24% en un an), pour un montant de plus de 8,9 milliards d’euros (-26%). Les Etats-Unis (-27%) et le Canada (-54%) font partis des fournisseurs les plus touchés par ce repli. En revanche, le Brésil a vu ses ventes progresser de près de 4% en un an, principalement grâce à de très bons résultats au 1er semestre 2021.

La Chine a-t-elle accru ses stocks de produits laitiers en 2021 ?

La tendance des prix des ingrédients laitiers est fortement corrélée aux achats chinois depuis plusieurs années maintenant. La Chine absorbe le quart des échanges internationaux avec 22 millions de tonnes équivalent lait (TEL) sur les 88 M de TEL estimées par la FAO.

En 2021, les achats chinois ont encore progressé et réduit de presque autant l’offre mondiale pour d’autres pays importateurs dans un contexte de contraction de la ressource laitière chez les exportateurs en cette fin d’année.

Les opérateurs de la filière se demandent quelle en est la pérennité pour l’année à venir. L’ombre de 2014 plane. A l’époque, l’optimisme régnait au vu de la croissance rapide des besoins de l’empire du Milieu. La brusque pause des achats chinois et l’embargo russe combinés au dynamisme de la production laitière lors de la suppression des quotas laitiers en Europe en 2015, avait entrainé un fort déséquilibre entre l’offre et la demande mondiale et fait chuter les prix. Qu’en sera-t-il cette année ?

Forte hausse des importations de la Chine en 2021

La demande chinoise de produits laitiers a été particulièrement conséquente en 2021 malgré les difficultés logistiques à l’échelle mondiale. Les importations de matière grasse ont augmenté de près de +41% en crème et +13% en beurre. Les importations de poudre sont en hausse de +27% en poudre maigre et +32% en poudres grasses. Seule la demande en poudre de lait infantile a reculé de -22% sur 2021 /2020.

La Chine a ainsi asséché le marché mondial limitant les disponibilités pour les autres pays importateurs et a donc contribué à la hausse des prix mondiaux.

Au vu des difficultés logistiques à l’échelle mondiale, la Nouvelle-Zélande a su tirer parti de cette demande supplémentaire en passant des accords avec les transporteurs de containers internationaux. Ainsi, la dépendance de la Nouvelle-Zélande s’est, de fait, renforcée vis-à-vis du marché chinois qui a capté près de 51% des exportations totales de poudre de lait entier sur les onze premiers mois de 2021, contre 47% en 2020. De même en beurre, la part de marché de la Chine dans les exportations totales NZ est passée de 20% à 25% d’une année sur l’autre.

La demande en matière grasse explose

La consommation de beurre augmente en Chine notamment grâce au succès grandissant de la boulangerie et de la pâtisserie dans les grands centres urbains. La restauration hors domicile est également un poste de consommation.

La Nouvelle-Zélande, le premier exportateur de beurre mondial, et a fortement augmenté ses livraisons de beurre (+9% sur janv-nov 21 /2020) et de crème (+26%) vers la Chine tandis que ses exportations totales de beurre baissent. L’interdépendance des deux pays est importante car le beurre néo-zélandais représente 78 % des importations chinoises, et la crème made in New-Zeland environ la moitié des volumes.

La baisse de la collecte néo-zélandaise en deuxième partie de campagne 2021-2022, qui se termine en mai, se traduira nécessairement par une moindre fabrication de beurre. Il sera donc intéressant de voir si la Chine maintient son niveau d’achat en 2022 à des prix bien supérieurs. Si tel était le cas, cela priverait le marché mondial et notamment l’Australie, les Philippines, l’Arabie Saoudite ou encore la Russie pour ne citer que les plus gros importateurs de beurre NZ, conduisant nécessairement à des réajustements ou poursuite de la hausse des prix.

L’Union européenne est le deuxième fournisseur en beurre de la Chine, avec en tête la France, les Pays-Bas et l’Allemagne. La progression de l’Irlande est importante car les volumes sont passés sur 11 mois de 600 t en 2020 à 1 940 t en 2021, ce volume devient supérieur à ceux de l’Allemagne.

Dans ce contexte de tension de l’offre à l’échelle mondiale, la forte demande du marché international permet de maintenir les prix sur des niveaux élevés. Les exports mensuels européens de beurre sont globalement stables, compris entre 15 et 20 000 t, sauf quelques exceptions durant le pic laitier. Toutefois, la saisonnalité est bien plus forte sur les exportations vers la Chine, qui comme le montre le graphique sont principalement faite au moment du pic laitier.

Les importations de poudres de lait ne sont pas en reste

Les importations de poudres grasses ont bondi de +32% sur la période de 2021/2020. Elles proviennent à près de 90 % de Nouvelle-Zélande et là aussi servent au secteur de la boulangerie/pâtisserie. Elles peuvent aussi être ajoutées à des boissons « santé » ou permettre d’augmenter la consommation de protéines animales.

Sur la poudre maigre, l’Océanie reste prédominante (près de 35 % de part de marché pour la Nouvelle-Zélande et 13 % pour l’Australie), suivie par l’UE-27 (environ 28%) et les Etats-Unis (près de 10%).

En effet, alors que les disponibilités aux Etats-Unis ne manquaient pas cette année, les volumes exportés vers la Chine ont doublé à plus de 44 000 t.

Dans l’UE, la saisonnalité du pic laitier reste visible dans les exportations surtout ceux de la France et l’Allemagne. Cette année, les volumes irlandais ont été légèrement décalés aux mois d’été.

Hausse des importations de fromages : effet de mode ou tendance long terme ?

Les importations de fromages ont augmenté de +36% en 2021/2020. Selon l’USDA, la consommation de fromages est de l’ordre de 0,2 kg/an/hab. soit très loin des standards européens de 18 kg/an/hab. Dans les régions laitières, certains habitants sont habitués à consommer du fromage fabriqué localement. La hausse de la consommation à l’échelle du pays se fait néanmoins sur de nouveaux modes de consommation. La Chine voit, elle aussi, la pizza gagner du terrain et augmente donc ses besoins en fromage type mozzarella. Les enfants sont aussi une nouvelle cible via des encas rapides à manger et souvent sucrés. Les fromages fondus sont ainsi privilégiés. Les fromages type parmesan (2100 t en 2021 en provenance d’Europe), gouda (4 300t) voire camembert (78 t) ou brie (105 tonnes UE) sont marginaux et approvisionnent le catering et quelques chaînes de la grande distribution, principalement à Shanghai.

Là aussi, la Nouvelle-Zélande reste prédominante mais l’UE-27 et les Etats-Unis sont également présents.

L’UE-27 a accru ses exportations de fromages, qui sont passées sur onze mois de 24 700 t en 2020 à 36 000 t en 2021. Cependant, cette progression n’a pas compensé le retrait du Royaume Uni, de -55 000 t sur la même période. Les exportations vers la Chine sont principalement des fromages frais dont de la mozzarella mais regroupent également des fromages à fondre ou râpé ainsi que des fromages à pâtes molles, demi-dures ou dures mais dans des quantités inférieures.

Les importations de fromages frais, dont la mozzarella, représentent en moyenne 66% des fromages états-uniens exportés vers la Chine. Les volumes de mozzarella sont en forte progression mais se réduisent durant le pic laitier malgré des fabrications assez stables autour de 170 000 tonnes mensuelles (cf graphique)

Mais les poudres infantiles sont délaissées

A l’inverse, les importations de poudre de lait infantile ont chuté preuve d’inflexion du comportement des parents chinois (-22% en 2021/2020). Certains se tournent vers des produits hauts de gamme et plus chers, comme des poudres issues de l’agriculture biologique, ou issues de lait d’autres animaux comme le lait de chèvre. D’autres privilégient désormais les laits infantiles fabriqués en Chine, d’autant que les fabricants nationaux ont d’avantage investi dans ces produits afin de compléter la gamme disponible. De plus, la règlementation chinoise a réduit le nombre de produits vendus pour une même marque et a imposé de nouvelles règles rendant plus long l’homologation des formules.

Dans ce contexte, les exportations européennes de poudre de lait infantile ont chuté de -24% /2020 vers la Chine.

Cette hausse est-elle liée à une augmentation de consommation ?

La question de la part consommée et de celle stockée est quasiment impossible à évaluer. Il est vrai que les tendances de consommation dans le pays demeurent globalement en hausse surtout en matière grasse liée à des changements de consommation. Le Covid-19 n’a pas dû changer fondamentalement la tendance, voire il a encouragé la consommation de produits laitiers. En effet, certaines publicités annoncent que ces produits permettent de mieux résister au Covid-19.

Par ailleurs, les problèmes logistiques provoqués par la crise sanitaire ont accru les délais de déchargement entrainant ainsi des concentrations de produits laitiers dans les ports ou en stockage flottant sur les bateaux. Cette incertitude quant à la livraison de la marchandise a pu provoquer des achats supplémentaires de précaution.

Dans ce contexte, il est probable que des stocks aient été faits. Au vu des prix mondiaux actuels, la Chine pourrait donc être moins présente durant l’année 2022 dans une certaine mesure.

Les chiffres d’importations au mois de décembre sont d’ailleurs décevants en volumes, ce qui pourrait n’être qu’un décalage vers le mois de janvier, ce qui sera à vérifier dans un mois. En effet, les contingents tarifaires à droits nuls de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie en début d’année, peuvent pousser certains acheteurs à attendre et ce d’autant plus que les prix sont élevés.

Quelle conjoncture pour 2022 ?

De nombreux opérateurs s’interrogent quant à un remake de 2014, année durant laquelle la demande chinoise et russe s’était brutalement repliée précipitant la chute des cours mondiaux des produits laitiers.

La première différence réside dans l’absence de dynamique laitière dans les principaux bassins excédentaires, en premier lieu dans l’UE. En 2015, la fin des quotas laitiers avait entrainé un fort rebond de la collecte européenne. Les voyants ne semblent pas au rendez-vous cette année pour que le scénario se reproduise. Outre la baisse de collecte plutôt structurelle chez les principaux pays producteurs européens, la conjoncture en termes de coûts de production n’incite pas à augmenter la collecte. Une baisse à court terme des prix de l’énergie et des intrants parait aujourd’hui peu probable.

Par ailleurs, la demande de l’Asie du Sud n’est pas non plus la même qu’en 2014. Celle-ci croît plus durablement avec moins d’à coup qu’en Chine et pourrait facilement s’intensifier dans les mois à venir si les cours mondiaux devenaient moins élevés.

Les marchés mondiaux des produits laitiers devraient demeurer fermes dans les prochains mois même en cas de moindres achats de la Chine, ce qui reste à confirmer. La principale force ou pouvoir de la Chine restant son imprévisibilité.

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