La Chine, de moins en moins dépendante

Après une forte reprise de la production porcine en 2021, le gouvernement chinois tente désormais d’assurer l’approvisionnement et la stabilité des prix nationaux. Face à cette réduction de la dépendance chinoise, les perspectives sont peu optimistes pour les grands exportateurs mondiaux.

Forte reprise de la production en 2021

En 2021, la production chinoise aurait atteint 48,8 Mt selon l’USDA, un résultat probablement sous-estimé. Le gouvernement chinois parle quant à lui d’une production de près de 53 Mt. Malgré ces imprécisions, le constat reste le même : la production nationale est en pleine remontée (+34,4% en un an selon l’USDA) et se rapproche de son niveau d’avant crise.

Les importations massives de reproducteurs depuis deux ans ont permis à la Chine une reprise solide de la production nationale, contrairement aux années précédentes où la reconstitution du cheptel reproducteur se réalisait à partir de femelles normalement destinées à l’abattage. Ces reproducteurs sont principalement des lignées pures destinées à des centres de sélection ou de multiplication. En 2021, près de 27 000 reproducteurs ont été importés, principalement en provenance de l’UE (57% des approvisionnements) et des Etats-Unis (42%), concourant au renouvellement du cheptel reproducteur. D’après les dernières données statistiques publiées par le Ministère de l’Agriculture chinois, le nombre de truies en Chine s’élève à présent à 43 M de têtes (38,5 selon l’USDA, soit + 24,2% en un an).

Affaiblissement des importations

Consécutivement à la reprise de la production nationale, les importations de la Chine se sont affaiblies de manière continue à partir du 2e trimestre 2021. La baisse annuelle totale des achats de porc en provenance de l’étranger s’élève à 24%, avec environ 4,3 MT importées (pour une valeur de 8,9 Mds d’euros). L’ensemble des fournisseurs de la Chine ont  été affectés par le repli des achats chinois, à l’exception du Brésil. Le Brésil a bénéficié d’une meilleure position concurrentielle par rapport aux autres exportateurs mondiaux, compte tenu de la faiblesse du real par rapport à l’euro et au dollar.

La Chine souhaite réduire sa dépendance aux approvisionnements étrangers, et pour ce faire, le pays lance de grandes campagnes de développement de la production nationale, et met aussi en place des stratégie pour réduire les achats extérieurs. Début 2022, le gouvernement a décidé de relever ses taxes à l’import. Les droits de douane à l’import sont passés de 8 à 12% en début d’année. Ce taux touche l’ensemble des fournisseurs de la Chine. Les exportateurs américains restent lourdement pénalisés, avec des droits de douanes s’élevant à 25% en moyenne, reliquat de la guerre diplomatico-commerciale entretenue avec la Chine sous la présidence Trump.

Dégringolade des prix du porc

Le prix du porc a dégrindolé de manière quasi-continue en 2021. En moyenne annuelle, le prix avoisine 20,7 RMB/kg, contre 34 RMB/ kg l’année précédente (-39,1% en un an). Ce vaste mouvement de baisse des cours est attribuable à la hausse de l’offre sur le marché intérieur. Ces prix proches des niveaux avant-crise ont favorisé la consommation intérieure de porc, comparativement aux autres espèces animales. Les producteurs du porc, qui ont dû faire face à la flambée des coûts de production, ont en revanche été lourdement pénalisés par la chute des prix à la production. Le gouvernement a alors mis en place – au travers de la Commission nationale du développement et de la réforme – diverses mesures pour stabiliser les prix, tout en assurant un approvisionnement correct du marché. Une de ces mesures est d’utiliser le ratio prix du porc / prix des céréales afin d’ajuster l’état des réserves nationales. L’objectif est de maintenir un rythme constant d’abattage des porcs et de développer les capacités de production dans le pays.

Début février, compte tenu d’une nouvelle baisse des cours en lien avec des niveaux importants d’offre sur le marché et une consommation plutôt en berne après les festivités du Nouvel An, le gouvernement chinois a annoncé vouloir lancer une campagne de stockage de porc, dans le but de consolider la baisse des cours et de réguler l’offre sur le marché. La Chine achètera donc 40 000 tonnes de porc pour ses réserves d’Etat au cours des deux premières semaines de mars.

Consolidation de la production en 2022

Ce contexte de prix apporte des perspectives incertaines pour les éleveurs chinois, et certains seraient réticents à produire davantage. Les experts de l’USDA envisagent alors une consolidation des niveaux  de production en 2022, à 49,5 Mt (+1,3% par rapport à 2021). En parallèle de ce maintien de la production, la Chine devrait importer moins qu’en 2021 (-4,5% en un an selon l’USDA). Les niveaux resteront vraisemblablement similaires aux derniers mois de 2021. La chute des importations par rapport à l’an dernier devrait s’illustrer sur le premier trimestre principalement.

Hausse du nombre de truies en novembre

D’après les dernières données statistiques publiées par le ministère de l’Agriculture en Chine, le nombre de truie a progressé de 4,7% en novembre 2021/20. Les effectifs s’élèvent à présent à 43 millions de têtes. Ces chiffres confirment le repeuplement des élevages chinois. 

Porc : La Chine relève ses taxes à l’import

La Chine semble pour l’instant avoir moins besoin des produits porcins issus de l’import. Le pays décidé de relever ses droits de douane à l’import : ils sont passés de 8 à 12% en début d’année. Ce taux touche l’ensemble des fournisseurs de la Chine mais les exportateurs américains resteront lourdement pénalisés, avec des droits de douanes s’élevant à 25% en moyenne, reliquat de la guerre diplomatico-commerciale entretenue avec la Chine sous la présidence Trump. 

Vers la fin de la crise de FPA ?

Par Elisa Husson et Jean-Marc Chaumet

En 2019 et en 2020, la Chine a beaucoup fait parler d’elle, le pays étant touché de plein fouet par la fièvre porcine africain (FPA) provoquant une hausse mondiale des cours du porc. Aujourd’hui, la situation économique dans le pays semble avoir bien changé malgré la persistance du virus dans les élevages.

Mauvaise rentabilité dans les élevages chinois

Depuis le début d’année, le prix du porc en Chine n’a cessé de dégringoler jusqu’à mi-octobre. Même pendant la fête de la lune et la fête nationale, la consommation de viande porcine n’a pas permis une hausse des cours du porc. En l’espace de quelques mois, le prix est passé de 36 yuans (6 €/kg) à environ 12 yuans (1,62 €/kg), un niveau deux fois plus faible que celui atteint en 2020 à la même époque.

Cette situation serait le résultat de nouvelles éclosions de la fièvre porcine africaine dans le pays qui ont entrainé une hausse des abattages dans le pays, d’un regain de l’offre locale (sans doute plus importante qu’anticipé), d’une demande en retrait et des effets des politiques gouvernementales qui justement cherchaient à limiter l’inflation et stabiliser les prix.

D’après les données officielles chinoises, la production porcine aurait progressé de +38% /2020 et de +23% /2019 sur les 9 premiers mois, mais serait également supérieurs aux niveaux de 2018 et 2017 (2%).

En 2019, les autorités chinoises poussaient la construction des fermes porcines pour reconstituer les stocks de porc dès que possible (importants programmes de subventions pour les élevages industriels, soutien aux importations de porcs reproducteurs) et ordonnaient aux fonctionnaires locaux d’encourager ce mouvement. Aujourd’hui, les mêmes autorités demandent de réduire les cheptels. Le ministère chinois de l‘agriculture estime que le secteur porcin a une capacité de production excédentaire d’environ 10 % et signale que le nombre de truies a diminué trois mois de suite depuis juillet. Un responsable du ministère a suggéré aux fermes d’abattre une truie à faible productivité sur dix dans le troupeau et d’abattre les porcs engraissés 10 jours plus tôt que prévu.

Le marché chinois du porc semble donc saturé. D’un côté l’offre des viandes autres que le porc a beaucoup progressé, encouragée dans un premier temps par les dirigeants chinois. Sur les 3 premiers trimestres, les statistiques officielles affichent des progressions de production de +5,3% /2020 pour la viande ovine, de +3,9% pour la viande bovine et de +3,8% pour la volaille. A ces volumes s’ajoutent les importations, également en hausse.

De l’autre, les voyages et la restauration sont limités à cause des mesures strictes liées à la politique zéro Covid réduisant la demande.

Sur le marché intérieur, les prix  ont dégringolé et sont maintenant souvent inférieurs aux coûts de production, surtout depuis la hausse mondiale du prix des matières premières. La rentabilité de bon nombre d’élevages est donc mise à mal, en particulier pour les 25 millions de petites structures. A la différence des grands complexes sortis de terre ces derniers mois, et également affectés par les bas prix, les élevages familiaux de petite taille ne bénéficient pas des subventions de l’Etat et du soutien des banques provinciales. Certains éleveurs seront ainsi contraints de cesser leur activité, et sont entrés en phase de décapitalisation de leur cheptel. Mais un certain nombre d’éleveurs ayant profité des prix élevés des deux dernières années veulent continuer à produire, espérant pouvoir tenir jusqu’à la remontée des cours.

Les grands élevages ne sont pas tous à l’abri et plusieurs projets auraient été abandonnés ces derniers mois.

La chute des prix est telle qu’elle met également à mal la rentabilité des grandes entreprises d’élevage et de transformation. Muyuan estime ainsi que son bénéfice pour les trois premiers trimestres serait en recul de près de 60%. Le troisième trimestre afficherait une perte comprise entre 500 millions à 1 milliard de RMB (70 à 140 millions €). Le cours des actions en bourse de cette société a perdu 40% de sa valeur entre février et octobre 2021. Le géant New Hope annonce une perte au 3ème trimestre entre 2,6 et 3 milliards de RMB (360 à 420 millions €). La perte la plus importante reviendrait à Zhengbang Technology, qui devrait perdre 5,5 à 6,5 milliards de yuans au troisième trimestre (770 millions à 900 millions €).

Le repeuplement du cheptel national sera donc dans un premier temps ralenti. En 2022, le nombre de truies reculerait de 5% /21et la La production de porc chuterait de -14% /21, sous l’effet de cette situation économique compliquée.

Depuis fin octobre, le prix du porc est légèrement reparti à la hausse. Cette remontée est en partie causée par les fortes pluies qui ont touché certaines régions et bloqué momentanément la commercialisation de porcs abattus, entrainant une remontée temporaire des cours.

Repli des importations chinoises

La demande chinoise en produits du porc est un gros point d’incertitude pour l’ensemble des fournisseurs mondiaux. Depuis plusieurs mois déjà les importations chinoises ont fortement reculé  : entre un record à 550 Mt en mars et un mois de juillet qui affiche des niveaux proches de 315 Mt. L’ensemble des fournisseurs mondiaux sont confrontés à cette baisse de la demande, mais aussi à des difficultés logistiques (dont la hausse des coûts de transport et le manque de main-d’œuvre), aux fermetures temporaires de certains ports en Chine en raison de l’épidémie de Covid-1- qui sévit toujours, etc.

Cette baisse récente des importations s’explique par la hausse de l’offre locale, mais surtout par la volonté du gouvernement de faire pression sur les prix mondiaux du porc. La valeur de l’export vers la Chine chute plus rapidement que les volumes ces derniers mois.

L’UE-27 a d’ailleurs été confrontée au déréférencement récent d’une vingtaine d’outils dans l’UE, et à une vague d’audits par les services chinois. Le véritable enjeu est de permettre aux filières nationales européennes de conserver l’ensemble des agréments vers la Chine. En effet, le marché européen se retrouve actuellement confronté à une importante offre locale, et le moindre volume ne trouvant pas débouché sur les destinations pays-tiers pèse sur les cours des porcs à la production. Dans un contexte de prix des matières premières élevés, la situation économique des éleveurs européens se dégrade fortement.

Un autre facteur pourrait également expliquer l’abaissement des achats chinois :  la consommation de porc par les citoyens et les changements des habitudes alimentaires favorisant le poulet, le bœuf ou d’autres sources de protéines animales. Ceci répond à une volonté du gouvernement d’être moins dépendant aux importations, et d’atteindre l’autosuffisance en protéines animales. Ce changement de paradigme aura une conséquence réelle sur l’évolution future des marchés mondiaux.

En conclusion, Le marché chinois sera dans un premier temps abondé par l’offre locale et aucun signe n’indique une reprise des achats de la Chine auprès de ses fournisseurs européens. Cette hausse de production sera cependant temporaire, avant de refluer du fait de la fermeture de nombreux élevages non soutenus par le gouvernement. La perte de production de ces élevages sera graduellement compensée par la production dans les entreprises modernes plus performantes.

En 2021, les importations chinoises pourraient ainsi rester équivalentes à 2020, voire légèrement en deçà en termes de volume, mais elles se feront assurément à un prix inférieur, le gouvernement ne souhaitant pas renouer avec l’inflation sur le porc connue ces dernières années. Au bout du tunnel vers l’été 2022, la décapitalisation des effectifs en cours en Chine conduira probablement à une reprises des importations mais ce, de manière provisoire, avant que la production des grands élevages ne prenne toute son ampleur.

Des importations chinoises de produits porcins toujours élevées début 2021

Par Elisa Husson

Début 2021, les exportations de viandes et coproduits vers la Chine sont restées élevées, avec près de 1,48 millions de tonnes sur le 1er trimestre, en hausse de 14% par rapport à 2020. Le regain des importations est particulièrement élevé au mois de février (+20%/2020), en hausse d’un mois sur l’autre, un phénomène plutôt inhabituel au lendemain des festivités du Nouvel An.

L’Espagne demeure en tête des fournisseurs de la Chine avec près du 1/3 des volumes, devant les États-Unis (15%) qui bénéficient notamment de l’accord signé en janvier 2020 avec la Chine. La France ne fournit que pour 5% des achats chinois, derrière le Canada et le Brésil. Mais au total, l’UE 27 contribue pour % des volumes à destination de la Chine.

Rebond des abattages, mais pas de la production

La progression des importations début 2021 est très certainement liée à la dégradation des conditions sanitaires dans les élevages chinois, et à un stockage préventif de produits du porc par le gouvernement. A la recrudescence des épidémies s’ajoute la hausse du prix des matières premières qui n’engage pas les éleveurs à poursuivre la production : certains ont abattu davantage de porcs et voire vendu leurs élevages. L’activité d’abattage a été intense en mars : avec une hausse de 6% du nombre de porcs abattus entre février et mars d’après un échantillon de 400 grandes entreprises et les petites structures les plus touchées par les épidémies et les plus fragiles face aux risques de marché, n’ont sûrement pas été les dernières à amener leurs animaux à l’abattoir. Sur le 1er trimestre, les données officielles montrent en effet une forte hausse de la production porcine (+32% /2020), entraînant une forte baisse des prix.

Mi-mai, les cours du porc et de la viande porcine se situent 30% sous leurs niveaux de mai 2020 et sont revenus proches de ceux d’août 2019, période de début de hausse des cours.

Par ailleurs, la reprise de la consommation intérieure est aussi un facteur qui stimule la demande de viande importée. Le secteur de la restauration hors domicile a progressivement réouvert ses portes. Les importations de la Chine, tirées en partie par les achats de l’État, se maintiendront sur ce rythme de croissance dans les prochains mois compte tenu du ralentissement de la production et de la reprise économique dans le pays.

Les analystes prévoient un rebond des cours du porc prochainement sur le marché intérieur, faute de disponibilités intérieures, ce qui stimulera d’autant plus les besoins à l’import.

La FPA n’en finit pas de perturber le marché du porc en Chine

Par Jan-Peter Van Ferneij et Elisa Husson

Depuis plusieurs mois les prix du porc en Chine alternent des périodes de hausse et de baisse mais les cours surpassent toujours les niveaux d’avant crise.

Malgré la reconstruction des cheptels affichée par le gouvernement les niveaux de production restent bien en deçà des niveaux d’avant crise. Sur l’année 2020 et selon les données officielles, la production aurait reculé de 3,3%/2019, soit une baisse de 24% en deux ans.

L’important déficit en viande s’est fait ressentir à la veille des festivités du Nouvel An chinois. Le prix a connu un quatrième pic entre décembre 2020 et février 2021, à 36 RMB/kg carcasse. Les prix sur le marché à terme s’étaient également redressés ainsi que le montant des actions du Muyuan Foods, grand intégrateur chinois.

Les autorités chinoises ont annoncé débloquer fin janvier près de 30 000 tonnes de viandes des réserves d’Etat, soit plus de 150 000 tonnes depuis mi-décembre. Par le biais de ces stocks nationaux, libérés au compte-goutte sur le marché et qui pèsent relativement peu par rapport à la demande nationale, le gouvernement essaie de donner un signal pour baisser les cours du porc, qui reste le meilleur indicateur pour juger de l’équilibre offre-demande dans le pays.

Quelle est la situation actuelle de la production porcine chinoise ?

Sans que l’on puisse mesurer les effets réels du déstockage d’Etat, depuis fin janvier, les prix ne cessent de reculer. Celui de la viande a perdu 25% en 11 semaines (à 40 RMB/kg début avril), tandis que celui du porc a chuté de plus de 30% (à 25 RMB/kg), retrouvant ainsi leur niveau de septembre 2019 tout en restant deux fois supérieurs aux prix pratiqués avant le début de la crise. Depuis quelques semaines, le monde porcin international est informé, par le biais de témoignages d’opérateurs sur place, d’un nouveau déclin du cheptel porcin en Chine. Avec la crise du coronavirus, les informations circulent mal, compte tenu du nombre plus réduits d’observateurs étrangers en Chine comparé aux années précédentes.

Alors que les informations officielles du gouvernement continuent d’annoncer une augmentation dynamique de la population porcine, les informations diffusées par de nombreux médias internationaux mènent à une conclusion opposée. Ces articles s’appuient sur des informations émanant des partenaires ou clients chinois d’entreprises internationales (nutrition animale, génétique, médecine vétérinaire).

En raison de l’hiver rigoureux en Chine, la situation sanitaire se serait donc à nouveau aggravée. La presse, y compris chinoise, rapporte plusieurs problèmes sanitaires, dont les plus importants sont :

1) Une reprise majeure de la peste porcine africaine qui a de nouveau provoqué une mortalité élevée dans toutes les catégories d’animaux. Il pourrait s’agir en outre d’un variant de FPA induit par l’utilisation en Chine de vaccins non normés et illégaux.

2) Une nouvelle vague de DEP (Diarrhée Epidémique Porcine) qui a principalement conduit à des avortements de truies et à une forte mortalité des porcelets. La presse chinoise rapporte dans ce cas de millions de porcelets…. Les services gouvernementaux ne font pas cas de cette épidémie, la maladie n’étant pas soumise à déclaration obligatoire auprès de l’OIE, mais plusieurs sources mentionnent le problème et les entreprises chinoises seraient inquiètes à ce sujet. Selon la souche, la propagation de la maladie peut être rapide, et lourde de conséquences, comme cela a été le cas aux Etats-Unis en 2013.  

3) Recrudescence du virus du SDRP (virus du Syndrome Dysgénésique et Respiratoire Porcin)

Selon les provinces, une combinaison de ces différents problèmes sanitaires peut avoir lieu, ce qui rend difficile une évaluation nationale de la situation.

Une comparaison directe peut être faite avec la situation au printemps 2019, au cours duquel sévissaient une forte mortalité due aux infections de la FPA et une offre importante de porcs à travers la décapitalisation des cheptels, menant à des prix bas (ou en baisse). En conséquence, les effectifs de porcs reculent, mais l’offre de porcs reste (temporairement) élevée.

Une faible hausse de production en 2021?

Comme en 2019, les foyers contaminés (FPA, DEP ou SDRP) ne sont pas signalés de manière exhaustive au gouvernement. En cas de suspicion de présence d’une maladie, les petits producteurs de porcs en particulier proposeront dès que possible leurs animaux aux marchés de viande en plein air, afin de limiter les pertes financières. Absence d’indemnisation en cas de déclaration et d’équarrissage oblige… Cela conduit à une offre croissante, et par conséquent à une baisse du prix du porc. Cette évolution conduit dans de nombreux cas, et en particulier dans le contexte de prix d’aliment élevés, à une réduction de la rentabilité de l’élevage. Des revenus plus faibles, des coûts plus élevés et un risque sanitaire accru motivent de nombreux éleveurs de porcs à proposer prématurément leurs porcs aux abattoirs. Ce constat est conforté par la baisse récente du prix des porcelets, qui semble traduire une demande plus « prudente ». Cela concerne à la fois les petits élevage familiaux et les grands élevages aux mains de groupes.

Selon les différents témoignages, il y aurait eu une baisse de 20% à 25% de cheptel ces derniers mois par rapport aux niveaux atteints en fin d’année 2020 ; certaines provinces connaissant des baisses de -5% à -10% et d’autres de -30% à -50%. En mars, selon FAO-Chine ainsi que quelques sources chinoises, le nombre de reproducteurs serait inférieur de 30% à son niveau de mars 2018.

Malgré toutes les incertitudes, l’interruption de la reconstitution du cheptel porcin semble se confirmer en Chine. Selon notre estimation, la progression de la production sera limitée de 1 à 3 millions de tonnes en 2021. Ainsi, l’offre chinoise de viande de porc en 2021 serait encore inférieure de plus de 10 à 12 millions de tonnes à celle de 2018. Cela plaide pour le maintien d’une forte demande à l’importation de la Chine en 2021 et probablement pour les années à venir.

Reprise de la production porcine en Asie en 2021

Par Elisa Husson et Jean-Marc Chaumet

La production chinoise de porc devrait rebondir en 2021. Cependant, la reprise de la croissance en Asie ne permettra pas de retrouver les niveaux de production  atteints avant la fièvre porcine africaine.

Dans le dernier rapport de l’USDA Livestock and Poultry : World Markets and Trade, les analystes américains envisagent une reprise de la production chinoise à 41,5 millions de tonnes en 2021 (+9,2% en un an). Malgré ce rebond, la production chinoise et mondiale de porc ne retrouvera pas les niveaux atteints avant la propagation de la fièvre porcine africaine en Chine en 2018. Le déficit en viande en Chine devrait rester important. Si en 2021 la production chinoise atteint les niveaux annoncés par l’USDA, elle restera inférieure à près de 23% à la production de 2018, soit une différence de plus de 13 millions de tonnes.

La recapitalisation du cheptel reproducteur

Le virus de la fièvre porcine africaine continue de sévir sur le territoire chinois, mais la reconstruction de l’élevage porcin devrait permettre à la production de reprendre progressivement. Les données officielles font état d’une reconstitution constante du cheptel reproducteur depuis plusieurs mois. Au 3ème trimestre 2020, le cheptel de truies n’était plus que 11% sous son effectif d’avant la FPA. Cependant, les abattages ont poursuivi leur recul sur l’année 2020, compte tenu de la recapitalisation du cheptel à partir de porc charcutiers femelles et de l’abattage souvent avancé des porcs à  l’engrais, menant à des poids carcasse plus faibles que les années précédentes.

Le pays recapitalise donc son cheptel, mais les performances techniques resteront à moyen terme médiocres. La présence de reproducteurs sélectionnés selon leur génétique fait encore défaut.

La production porcine chinoise, en recul d’un trimestre sur l’autre en 2020, devrait rebondir au 4ème trimestre, suite à la recapitalisation du cheptel et afin de pouvoir satisfaire la demande lors du prochain Nouvel An chinois qui aura lieu le 12 février 2021.

Le rebond de la production porcine demeure une priorité  nationale. Le gouvernement central chinois accentue la pression sur les autorités locales pour mettre en place des programmes de subventions et faciliter la construction de nouvelles exploitations, notamment sur des terres normalement dévolues à des cultures de céréales, voire en accordant des dérogations sur le volet environnemental. Ces mouvements de reprise de la production touchent également d’autres pays en Asie, eux-mêmes impactés par la fièvre porcine africaine. Au Vietnam et aux Philippines, la production porcine devrait augmenter en 2021 respectivement de près de +5% et +6%/2020. Néanmoins, l’épidémie continue de sévir et pourrait modérer ces perspectives de croissance.

En Chine, l’offre insuffisante soutient toujours les cours du porc et le prix de la viande de porc à des niveaux élevés. Le prix de la viande porcine s’est ajusté à la baisse entre fin août et mi-novembre, puis est reparti à la hausse pour atteindre près de 50 RMB/kg mi-décembre (6,4 €/kg), un niveau 2% sous celui de 2019 à pareille époque mais le double de celui de fin 2018 !

Les cours de la viande devraient poursuivre leur progression compte tenu de la hausse de la demande en prévision du Nouvel An chinois. Le cours du porc charcutier suit la même évolution.

Les cours des porcelets avaient reculé entre septembre et novembre, conséquence d’un prix très élevé et d’une moindre demande sur le marché suite à un renouvellement au sein des exploitations à partir de porcelets femelles. Les prix se sont stabilisés fin novembre et pourraient également repartir à la hausse dans les semaines à venir.

La Chine continuera de concentrer la demande mondiale

Malgré la légère reprise de la production, la demande chinoise en viandes et coproduits devrait rester soutenue. Elle fléchit habituellement quelque peu dans les mois de décembre et janvier. Le taux d’auto-approvisionnement du pays est descendu sous les 90% sur l’ensemble de l’année 2020.

Néanmoins, rappelons que la Chine domine le commerce international. Au cours des 9 premiers mois de 2020, elle a absorbé presque la moitié des échanges mondiaux de viande porcine, dont 63% des exportations européennes, 45% pour des envois du Canada, 54% de ceux du Brésil brésiliennes, et enfin 28% de l’export des Etats-Unis. Malgré son besoin énorme, cette position de leader mondial lui permet d’imposer une certaine pression sur les prix à l’import.

Incertitudes fortes quant au degré d’ouverture du marché

Les incertitudes sur l’accès au marché chinois pour les exportateurs mondiaux renforcent la concurrence internationale et atténuent la progression des cours du porc dans le monde. Durant toute l’année, la Chine a engagé une lutte féroce contre l’épidémie de Covid-19. Les importateurs chinois ont intensifié les mesures de contrôle sanitaire sur les produits importés et sur leurs fournisseurs. Par exemple deux gros exportateurs danois ont perdu temporairement l’accès au marché. Cette décision s’ajoute à l’embargo imposé sur les viandes allemandes en raison de la présence de la fièvre porcine africaine  outre-Rhin. Les viandes européennes subissent d’importantes réductions de prix face à un afflux d’offre, bénéficiant aux importateurs chinois.

Le début de l’année 2021 se place dans la continuité des mois précédents. Bien qu’en hausse, la production chinoise ne sera pas suffisante pour répondre à la demande intérieure. Les volumes importés resteront massifs, mais cette demande sera certainement moins rémunératrice. La Chine continuera ainsi à piloter les marchés mondiaux de la viande porcine. Compte tenu des incertitudes relatives à l’accès au marché chinois, Hong-Kong pourra de nouveau servir de relai aux exportateurs mondiaux.

Importations chinoises record de produits porcins au printemps 2020

Par Elisa Husson et Jean-Marc Chaumet

 

Malgré la crise sanitaire mondiale, les importations chinoises de viandes et coproduits de porc restent considérables, avec un nouveau record historique atteint en avril (546 000 tonnes produits). Sur les 5 premiers mois de 2020, les importations chinoises totalisent près de 2,4 millions de tonnes et 5,3 milliards d’euros. D’une année sur l’autre, elles ont ainsi doublé en volume et presque triplé en valeur (+173%).

 

Les tensions diplomatiques entre les Etats-Unis et la Chine qui ont récemment ressurgi ne se concrétisent pas encore dans les flux de porc. Les exportations étatsuniennes vers la Chine atteignent elles aussi un record en mai, avec plus de 105 000 tonnes de viande et de coproduits. Le géant américain conserve ainsi sa place de leader au rang des fournisseurs du marché chinois grâce à une bonne compétitivité-prix et la volonté apparente des autorités chinoises de respecter l’accord conclu en janvier prévoyant une forte hausse des achats de produits agricoles étatsuniens . La situation des exportateurs européens reste positive, avec 56% des volumes totaux importés par la Chine (+71%/2019),  mais pourrait s’avérer plus incertaine dans les prochains mois. Les envois européens à destination de la Chine se sont  en effet contracté en mai, sous l’effet de nombreuses perturbations liées à la Covid-19 (perturbations logistiques, manques de personnel en abattoir,…).

Mise en place de restrictions sanitaires sur les importations

Le dynamisme des importations chinoises pourrait être freiné par les mesures sanitaires prises récemment par les services douaniers chinois. Afin de limiter les risques d’une autre vague de contamination de Covid-19 dans le pays, le gouvernement a instauré un ensemble de mesures d’inspection sanitaire des denrées alimentaires importées. Ces contraintes pourraient engendrer des retards dans les ports. De plus, certains outils d’abattage-découpe et entrepôts frigorifiques, dans lesquels les cas de contamination du personnel sont importants, ont vu leurs exportations interdites vers la Chine. Quelques entreprises européennes sont concernées : six en Allemagne, dont l’outil Tönnies à Rheda, cinq aux Pays-Bas et, un en Irlande, un abattoir britannique (Tulip à West Midlands), un outil en Italie et enfin un outil espagnol (Avinyo à Barcelone). De même, des suspensions de licences d’exportation vers la Chine ont affecté des usines de bœuf au Brésil, au Canada, ou encore en Argentine.

Un effet sur les prix ?

Ces mesures restrictives et la pression de la Chine sur les prix pèsent sur les cours mondiaux du porc. Car, avoir baissé jusqu’à fin mai et atteint son plus bas niveau depuis octobre 2019, le prix moyen du porc vivant en Chine a enregistré plusieurs hausses successives. Fin-juillet, il se positionnait à 36,94 RMB/kg (4,60 €/kg, soit un niveau deux fois plus élevé qu’en 2019). La demande nationale semble en effet repartir dans un contexte où l’offre de porcs est toujours largement insuffisante malgré la reprise de la production.

Une production toujours en recul

Car la production chinoise serait encore officiellement en repli tout en se rapprochant des niveaux de 2019. Après avoir reculé de près de 30%/2019 au 1er trimestre, la production n’aurait fléchi que de 6% au second, grâce à une baisse saisonnière limitée. Avec près de 20 millions de téc, la production sur le premier semestre aurait globalement reculé de 19%/2019, soit une baisse de 4,7 millions de téc. Ainsi, 251 millions de porcs auraient été abattus, un recul de près de 20% par rapport au 1er semestre 2019.

Le cheptel de porcs aurait rebondi au cours des trois derniers trimestres à 340 millions de têtes fin juin. Il n’était que de 310 millions au début de l’année, le chiffre le plus bas depuis 1984.

En effet, le nombre de truies serait en constante augmentation depuis 9 mois (+29%/septembre 2019) à plus de 36 millions de têtes fin juin 2020 (Il existe cependant des incertitudes sur le nombre de truies. Les chiffres publiés dans la presse, lorsque le cheptel atteignait son plancher en octobre 2019, variaient entre 20 et 25 millions de têtes). L’objectif des autorités est revenir à la fin de l’année 2020, au nombre de truies qui prévalait début 2018, avant la crise engendrée par la FPA.

Ces truies trouvent leur place dans de nouvelles exploitations, comme dans les anciennes. D’après le Ministère de l’Agriculture chinois, 6 177 fermes porcines « de grande taille » nouvellement construites ont commencé à produire au cours du premier semestre 2020 et 10 788 fermes porcines « de grande taille » qui avaient dû être vidées en 2019 ont été remises en production.

Signe de la reprise de production, le prix du porcelet a atteint un nouveau record historique mi-juillet à près de 105 RMB/kg (13 €/kg), deux fois et demi plus cher qu’en 2019 à la même date.

Cependant, les chiffres annoncés par les Autorités chinoises, notamment de cheptel, sont à prendre avec précaution. Le Ministère de l’Agriculture chinois a cessé de publier en octobre 2019 les évolutions de cheptel provenant de sondages effectués auprès de 400 fermes. La seule source disponibles provient dorénavant du rapport mensuel du Bureau National des Statistiques. En outre, la responsabilité du repeuplement porcin pèse sur les épaules des autorités locales auxquelles ont été assignés des objectifs chiffrés. La crainte de ne pas répondre aux objectifs du Gouvernement central pourrait mener à des manipulations de statistiques au niveau local…

Le Covid impacte le marché chinois du porc

Par Elisa Husson

L’impact du coronavirus sur l’économie mondiale reste la principale préoccupation des acteurs économiques, tous secteurs confondus dont le secteur porcin. Les importations de la Chine sont actuellement limitées par des difficultés logistiques.

L’épidémie mondiale de Covid-19 perturbe temporairement l’approvisionnement en viande de porc du marché chinois qui est structurellement déficitaire. Le ralentissement de la propagation du coronavirus en Chine permet un retour progressif des importations. L’activité économique du pays reste ralentie, bien que les restrictions de l’ensemble des activités économiques et de mouvement se lèvent peu à peu. Mais l’épidémie impacte aussi les entreprises des bassins exportateurs sur le plan du personnel et de la logistique.

Des importations demandées mais perturbées

En janvier et février, près de 830 400 tonnes de viande et coproduits ont été acheminées sur le marché chinois, soit un niveau record, en hausse de 107 % par rapport à l’an dernier. Les exportateurs européens ont de nouveau répondu présent pour satisfaire la demande chinoise. Les expéditions de l’Union européenne totalisent près de 469 000 tonnes sur cette période (+73% en un an). Cependant, la concurrence sur le marché chinois s’aiguise chaque jour davantage. Outre-Atlantique, les exportateurs américains disposent d’importants volumes et redoublent d’efforts pour les acheminer en Chine. En février, les expéditions de porc américain vers la Chine, ont dépassé celles de l’Allemagne et de l’Espagne, et continueront de s’amplifier dans les prochaines semaines. La phase 1 de l’accord USA–Chine, négocié début 2020, autorise de nouveaux abattoirs américains à exporter vers la Chine. Par ailleurs, depuis début mars, les produits porcins en provenance des Etats-Unis sont exonérés du tarif douanier supplémentaire initialement prévu. Par ailleurs, l’épidémie de Covid-19 chamboule les chaînes d’approvisionnement aux Etats-Unis. Face aux nombreuses contaminations de personnel, de grands abattoirs appartenant aux majors (Tyson, JBS…) ont dû cesser leur activité. Les éleveurs rencontrent ainsi des difficultés à abattre leurs porcs. Le cours du porc étatsunien a chuté et mis sous pression les prix sur le marché de l’export. La viande étatsunienne a momentanément concurrencé les origines européennes. Mais depuis fin avril, les choses sont en train de changer. La baisse des abattages a un impact majeur sur l’offre nationale et les prix de la viande augmentent rapidement. De plus, l’exportation rencontre des problèmes liés au transport. Les entreprises américaines sont moins présentes, ce qui signifie que les acheteurs chinois cibleront à nouveau les fournisseurs européens et brésiliens.

Par ailleurs, les importations chinoises restent perturbées par les problèmes logistiques. En effet, les blocages des ports et des moyens de transport ont fortement retardé les livraisons de conteneurs. Ces derniers se sont accumulés dans les plus grands ports chinois, et le retour à une situation normale est progressif. Par ailleurs, les grands armateurs maritimes internationaux ont décidé de réduire le nombre de rotations, pour faire face à la baisse de la demande internationale en fret, tous produits confondus. La capacité de transport international vers la Chine s’en retrouve ainsi limitée, et les coûts liés au transport ne cessent de croître.

Toujours un manque de production intérieure et une volonté de redévelopper la production porcine

Malgré ces importations massives, le manque d’offre en Chine est toujours prégnant. Selon les données publiées par le bureau national des statistiques, au premier trimestre, 131,3 millions de porcs vivants ont été abattus dans le pays, soit 30% de moins qu’en 2019 (-57 millions de têtes); La production porcine a baissé de même ampleur de-29%/2019 à 10,38 millions de tonnes. Les autorités chinoises auraient puisé dans leurs réserves en vendant plus de 300 000 tonnes de porc depuis le début de l’année dans l’objectif de maintenir une pression sur les cours.

En conséquence, les cours du porc, en légère baisse, se maintiennent cependant à de très hauts niveaux. En avril, le prix du porc est de 33,7 CNY/kg carcasse (soit 4,38 €/kgéc), en hausse de 124% par rapport à cette même période en 2019, et en baisse de 7 % en un mois.

Politique de soutien de la production hors et en Chine

Le gouvernement chinois incite au développement de la production porcine. Le Ministère de l’Agriculture chinois a récemment publié un nouveau plan pour la filière porcine. Les grandes entreprises de production chinoises sont encouragées à construire des élevages de porcs à l’étranger, afin de combler le manque de production sur le marché intérieur. La mise en place d’élevages de porcs à l’étranger pour fournir le marché chinois ne serait possible que dans les pays ayant des relations commerciales bilatérales stables avec la Chine, et indemnes de la fièvre porcine africaine. Cette annonce s’inscrit dans la stratégie nationale de maîtriser l’approvisionnement alimentaire à travers des importations d’aliments produits par des entreprises chinoises à l’étranger, à défaut de pouvoir les produire sur son sol.

Dans le même temps, le gouvernement chinois continue de subventionner les grandes entreprises porcines afin qu’elles poursuivent le redéveloppement de la production nationale. Plus de 17 milliards de yuans (2,2 milliards d’euros) ont été réservés à ce programme. Le fonds finance l’optimisation et la modernisation des élevages, des prêts bancaires et des services d’assurance, de la protection de l’environnement. Dans ce dernier domaine, le Ministère chinois de l’environnement a annoncé en mars dernier une simplification des exigences d’enregistrement environnemental pour l’élevage porcin et un assouplissement de l’interdiction d’élevage porcin dans 14 000 zones. Il a été précisé que la protection de l’environnement ne devrait pas être utilisée comme excuse pour freiner le développement de l’élevage porcin. Le gouvernement chinois revient ainsi sur une partie des mesures de protection de l’environnement mises en place en 2017. L’autosuffisance en viande porcine semble donc primer sur la protection de l’environnement. Grâce à ces décisions du gouvernement, le cheptel reproducteur serait en hausse constante depuis octobre 2019, soit une progression de 11% entre septembre 2019 et mars 2020.

Mais la hausse du prix de l’alimentation animale en ce début 2020 réduit les marges des éleveurs et pourrait atténuer la dynamique de production si les prix demeurent élevés.

Même sans l’aide financière du gouvernement chinois, les grandes sociétés de production porcine sont très motivées pour accroître leur production. Sur la base de 10 grandes sociétés cotées en bourse, d’ importants bénéfices ont été réalisés au premier trimestre 2020Muyuan, qui a vendu 2,5 millions de porcs au premier trimestre (17% de moins qu’au premier trimestre 2019), affiche un bénéfice de plus de 4 milliards de yuans, soit une augmentation de 864% par rapport à la même période en 2019. L’entreprise semble moins touchée par l’épidémie de FPA que d’autres producteurs. L’entreprise Wens, l’un des plus grands producteurs, a enregistré un bénéfice de 1,9 milliard de yuans avec la commercialisation de 2,2 millions de porcs, ce qui représente une baisse des abattages de  62% par rapport à la même période de l’année dernière. Cette liste comprend également les entreprises Zhengbang, New Hope et Tianbang.

Le revenu par porc varie considérablement selon les entreprises, allant de 800 à 1800 yuans par porc. Outre les différences d’organisation, ces écarts sont en partie dus aux différences de prix au sein des provinces chinoises.

Selon le China Agricultural Outlook Report (2020-2029) la production porcine du pays devrait se  redresser progressivement. Elle devrait être de 39 millions de tonnes (-28%/2018 et -8%/2019)[JMC1] [EH2]  en 2020, soit environ 500 millions de porcs. En 2021, la production dépasserait les 50 millions de tonnes et reviendrait en 2022 à son niveau de 2016-2018, soit 54 millions de tonnes. En 2029, la production nationale frôlerait les 60 millions de tonnes et les importations de porc chuteraient à environ 1,2 million de tonnes.

Une crise sanitaire et économique de grande ampleur

D’un point de vue plus macro-économique, l’épidémie de Covid-19 impacte le marché du porc mais déstabilise aussi toute l’économie du pays. Au premier trimestre 2020, le PIB de la chine a plongé de 6,8% par rapport à l’an dernier, une première depuis 40 ans et l’arrivée au pouvoir de Deng Xiaoping.

Les conséquences économiques en Chine et dans le monde n’ont pas encore été pleinement évaluées, mais la crise intervient dans un contexte mondial où les perspectives de croissance étaient déjà moroses. L’ensemble des secteurs d’activité devra ainsi s’adapter à ces déstabilisations de marché.

 

 

 

Stabilisation des cours du porc : simple pause ou début de la fin de la crise ?

Par Elisa Husson

La filière porcine chinoise est toujours très perturbée par l’épidémie de peste porcine africaine. A l’approche des festivités du Nouvel an Chinois (25 janvier) les déséquilibres de marché sont d’autant plus saillants.

 

Au mois d’octobre, la chute des effectifs porcins en Chine a atteint un niveau plancher. La décapitalisation des cheptels entamée fin 2018 et qui s’est poursuivie toute l’année 2019 semble arriver à son terme (pour plus de détails sur l’évolution et les conséquences de cette épidémie, se procurer notre étude). Le nombre de truies se serait stabilisé à près de 19 millions de têtes, un niveau historiquement bas. En 10 mois, la Chine a perdu 38 % de son cheptel de truies et la production a officiellement reculé en 2019 de 21,3% en volume et de 21,6% en têtes, son plus bas niveau depuis 2003.

Flambée des cours en Chine à l’approche du Nouvel An chinois

Face à ce déficit croissant de la production porcine, le cours moyen du porc charcutier s’est envolé en octobre et en novembre. Il a dépassé les 38 RMB/kg en fin de mois, soit 4,8 € par kilo vif ou encore 6,4 € par kilo de carcasse. Les prix ont affiché une progression de 26,5% par rapport à septembre, ou encore de 89% par rapport à l’an dernier. Cette flambée des cours a également touché les marchés des porcelets et de la viande, et ce dans une même ampleur. Cette flambée des cours a également touché les marchés des porcelets et de la viande, et ce dans une même ampleur. Le prix de la viande au détail a frôlé les 60 RMB/kg, soit 7,7 €/kg.

Cependant, à partir de mi-novembre et en décembre, le marché du porc a encaissé une correction. Cette baisse a été par la suite répercutée sur l’ensemble des maillons de la filière.

Un regain des abattages dans le nord du pays pourrait être à l’origine de ce déclin des cours. Les abattages nationaux auraient d’ailleurs progressé en décembre d’un mois sur l’autre.

Toutefois, une diminution saisonnière des cours est généralement observée en fin d’année. Simple pause ou début de la fin de la crise ? Les prix du porc et de la viande au détail en Chine resteront de toute manière élevés dans les prochaines semaines pour cause de Nouvel An et plus largement dans les prochains mois, compte tenu de l’état de l’offre actuelle et à venir sur le marché national.

L’inflation s’accélère sur la fin de l’année

La crise porcine en Chine a un impact global sur l’économie du pays. En novembre et décembre, l’inflation a atteint + 4,5 % rapport à la valeur de 2018. Il s’agit du taux mensuel le plus élevé depuis janvier 2012. L’inflation alimentaire (qui a atteint jusqu’à 15,5 %) contribue de façon majoritaire à cette poussée de l’inflation globale, en lien avec la hausse des prix des protéines animales. Les prix non-alimentaires augmentent également, mais de façon plus limitée (+ 0,9%).

L’inflation dépasse ainsi le niveau objectif de la Banque centrale chinoise, établi à 3%. Dans un contexte de ralentissement économique plus fort que prévu en Chine, une telle inflation pourrait perturber la mise en place de mesures de relance par la Banque centrale.

Des importations en forte hausse

Le gouvernement met en œuvre de multiples stratégies pour limiter les phénomènes de hausse des prix et d’inflation, privilégiant à court terme les importations.

Pour répondre aux besoins des consommateurs chinois, le gouvernement réalise des achats massifs et sécurise ses approvisionnements auprès de ses fournisseurs étrangers. Sur les 11 premiers mois, les volumes de porc envoyés vers la Chine ont dépassé les 3 millions de tonnes (+ 58% d’une année sur l’autre). Les deux tiers de ces volumes proviennent du marché européen. La Chine tente également de diversifier ses approvisionnements. Elle a récemment délivré des agréments d’exportation à sept entreprises d’abattage du Brésil, 7e fournisseur du pays. Les ventes de produits d’origine brésilienne sur le marché chinois en progression de 33% sur 11 mois 2019/18.

Les exportations canadienne ont reculé de 12% suite à embargo chinois sur la viande de ce pays décrété entre fin juin et début novembre après la découverte de la ractopamine dans de la viande porcine canadienne

Dans le même temps, l’acteur étatique chinois COFCO Meat Holdings a conclu un accord avec l’entreprise danoise Danish Crown début novembre. Il s’est engagé à lui acheter 100 millions de dollars de viandes de porc en 2020. Enfin, après un adoucissement des relations diplomatico-commerciales entre le continent nord-américain et la Chine, les approvisionnements en viandes américaines n’ont cessé de s’intensifier et ont doublé sur le cumul des trois premiers trimestres 2019/18.

Un plan pour rétablir la production porcine

Poussé par un optimisme sans faille, le gouvernement instaure d’autres démarches sur le marché national. Des politiques de soutien à la filière porcine ont récemment été établies.

Début décembre, le gouvernement a publié un plan pour rétablir la production porcine en 3 ans. L’objectif est de reconstituer le cheptel porcin en 2020 et de retrouver en 2021 les niveaux de production d’avant la crise. Par ailleurs les autorités ont déclaré que la filière porcine sera la priorité du secteur agricole en 2020 et que la Chine doit pouvoir retrouver son indépendance en viande porcine.

Les autorités locales sont encouragées à faciliter les nouveaux projets de fermes porcines, à accorder des subventions pour l’achat d’équipements modernes et à réduire les surfaces interdites à l’agriculture pour raisons environnementales. Notamment, les élevages de plus de 5 000 animaux n’auront pas à attendre le résultat de l’étude environnementale pour commencer la construction des bâtiments.

Des mesures sanitaires sont également avancées, en responsabilisant les éleveurs pour la prévention de maladies et pour la déclaration d’animaux malades. 120 élevages de démonstration high-tech seront construites pour faciliter la diffusion de techniques modernes.

Les premières mesures ont-elles déjà porté leurs fruits, en stabilisant le cheptel porcin et les prix ? Ou l’évolution observée n’est-elle que conjoncturelle ?

La pleine mise en œuvre et les résultats de ces mesures gouvernementales se constateront progressivement au courant de l’année à venir. Malgré un optimisme certain des autorités, le marché du porc restera, de toute manière, bouleversé par la crise porcine et mettra du temps à retrouver un équilibre. Il n’est en outre pas exclu qu’une vague de nouveaux foyers se déclare dans les prochaines semaines.

Les prix et les importations resteront donc inexorablement élevés dans les prochains mois.

 

Retour à la page d’accueil

© ABCIS 2020 Mentions légales