Commerce perturbé par des rumeurs

Toujours perturbé par la pandémie de Covid-19, le commerce extérieur chinois de viande bovine a été récemment affecté par de fausses rumeurs. En août, une publication de l’industrie bovine chinoise a ainsi annoncé que les importations en provenance d’Australie et de Nouvelle-Zélande avaient été suspendues pour cause de fièvre aphteuse et ce alors que les deux pays restent indemnes de la maladie. Aucune restriction n’a été en fait mise en place au-delà des suspensions individuelles déjà en place pour certaines unités océaniennes. Et la mise en œuvre de ces suspensions d’agréments d’abattoirs par les autorités chinoises continue pour diverses raisons. C’est notamment le cas pour deux entreprises étasuniennes. Début août, l’Administration générale des douanes (GAC) a suspendu les importations produits carnés expédiés par la société King Meat Service Inc, à la suite de la découverte de traces de ractopamine dans de la viande bovine exportée vers la Chine. Cette décision fait suite à une première suspension pour le groupe appelé AA Meat Products effective depuis le 15 juin dernier.

Divergence dans les chiffres d’export et d’import de viande vers la Chine

Les statistiques des Douanes chinoises et celles de son principal fournisseur, le Brésil, continuent de diverger. Sur les 4 premiers mois de 2022, la Chine a en effet annoncé un recul conséquent des importations de viande bovine désossée avec seulement 723 300 téc importées (-17% /2021) dont :

  • 270 000 téc depuis le Brésil (-34% /2021),
  • 136 000 téc depuis l’Argentine (-24%),
  • 104 000 téc depuis l’Uruguay (+29%).

Du côté du principal exportateur du Mercosur, le son de cloche est un peu différent. Sur les quatre premiers mois de 2022, les douanes brésiliennes font état d’une hausse conséquente des exportations de viande bovine désossée à destination de la Chine continentale. 444 000 téc auraient ainsi été expédiées d’après les Douanes du Brésil (+37%).

Et les données préliminaires pour le mois de mai 2022 semblent confirmer cette progression côté brésilien avec 125 000 téc de viande bovine désossée exportée vers la Chine continentale (+42%).

Pour le mois de mai, d’après les statistiques chinoises, les importations de l’ensemble des viandes n’ont atteint que 590 000 tonnes de produits (-25% /2021). Et sur les 5 premiers mois de 2022, la Chine aurait importé quelques 2,85 millions de tonnes de viande (-34% /2021). Si la Chine ne fournit pas la ventilation des importations par type de viande dans la publication de ses données préliminaires, il semble que cette forte réduction soit d’abord liée à la baisse des importations de porc. Mais, d’après les autorités chinoises, la viande bovine est également concernée.

Si les données d’importations et d’exportations ne sont évidemment pas directement comparables eu égard notamment au transit des viandes qui prend plusieurs semaines, les écarts soulèvent de nombreuses questions. Il est cependant probable que la vague de Covid-19 et les confinements successifs ayant affectés plusieurs provinces de la Chine continentale aient eu des effets sur la vitesse de déchargement des containers et des enregistrements en Douanes côté chinois. Les prochains mois devraient permettre d’éclaircir la situation. En attendant, le Gouvernement chinois a rappelé que la transformation et la distribution de la viande dans le pays restait une priorité absolue. En juin 2022, le planificateur de l’État du pays a annoncé que le pays avait alloué 1,4 milliard de yuans (environ 200 millions €) pour soutenir l’amélioration des structures de la chaîne du froid et la construction d’un centre de logistique public au cours de cette année. D’après la Commission nationale du développement et de la réforme, les fonds seront principalement investis dans des projets d’installations logistiques, de transformation et de distribution ainsi que des entrepôts publics de stockage respectant à chaque étape la chaîne du froid. Cette annonce a été faite alors que les transports et la logistique ont été fortement affectés à travers tout le pays par l’accélération de la pandémie de Covid-19.

Hausse des exportations de viandes bovines de l’Amérique du Sud vers la Chine

Plusieurs échos font état d’un ralentissement des échanges de viande vers la Chine où les confinements se sont multipliés en lien avec la stratégie « 0 covid » du gouvernement. Les difficultés rencontrées au port de Shangaï en attestent.  Mais malgré quelques soubresauts, les exportations de viande bovine vers la Chine continentale sont restées soutenues depuis le Mercosur, principal fournisseur. Entre janvier et avril 2022, la Chine continentale maintenait son leadership incontesté dans le classement des principales destinations des exportations de bœuf argentin : environ 137 000 tonnes de produits (dont une partie de viande réfrigérée) y ont été exportés, soit 74 % du total des exportations. C’est +10% qu’un an auparavant.  Idem pour le Brésil qui a exporté sur 4 mois 341 000 tonnes de viande bovine contre moins de 250 000 tonnes il y a un an (+37%). Le constat est le même pour les exportations depuis l’Uruguay d’où 127 500 tonnes ont été exportées sur la période (+42% /2021).

La demande en viande bovine est restée forte en Chine, mais le rythme des importations ralentit

La demande en viande bovine est restée forte en Chine, malgré la baisse des prix de la viande porcine. Le rythme des importations ralentit mais les volumes ont néanmoins atteint un nouveau record.

Une production et une consommation en progression

L’offre nationale de viande bovine en Chine s’est accrue en 2021 de +3,7% /2020, pour atteindre un nouveau record à près de 7 millions de téc.

Les prix des animaux gras sont demeurés sur un plateau élevé à plus de 36 RMB/kg (4,7 €/kg vif en moyenne sur l’année 2021), mais les cours sont repassés au 4ème trimestre sous ceux de 2020, signe d’une relative stabilisation entre offre et demande. L’offre de bovins vivants demeure cependant limitée par la poursuite de la chute de l’importation en contrebande d’animaux d’Asie du Sud-Est (en provenance de Myanmar, du Vietnam et du Laos), entamée en 2019 conséquence d’un renforcement des contrôles chinois aux frontières. Ces prix élevés motivent les éleveurs à étoffer leur cheptel. Le cheptel bovin chinois, très majoritairement allaitant, aurait progressé de plus de 4% /2020, pour dépasser les 95 millions de têtes d’après l’USDA.

Ces prix élevés s’expliquent par une demande en viande bovine toujours forte. Après avoir bénéficié de la baisse d’offre en porc en 2019 et en 2020, la consommation de viande bovine est restée dynamique en 2021, malgré le rebond de la production porcine et la baisse des cours du porc. Les cours de la viande bovine ont légèrement progressé (+3% /2020) et ont signé un nouveau record historique à 86,5 RMB/kg (11,3 €/kg) en moyenne.

La corrélation entre les prix des viandes bovine et porcine, qui avait prévalu en 2018-2019, ne s’est pas poursuivie en 2020 et 2021, les prix du bœuf poursuivant leur hausse lors de la chute des prix du porc. Les ventes au détail de viande bovine semblent constituer une base solide, ce qui les rend de plus en plus indépendantes de l’équilibre offre/demande en porc.

La pandémie de Covid-19 a en effet déclenché une consommation accrue de viande bovine à domicile. En raison du développement rapide du commerce électronique, qui a également bénéficié des blocages liés au Covid-19 en 2020, les consommateurs ont commencé à cuisiner des steaks et des hot-pot à domicile, alors que ces plats étaient traditionnellement consommés en RHD (Restauration hors domicile) avant le Covid-19. En conséquence, les volumes vendus sur les marchés de gros ont commencé à se réduire. Avec la normalisation de la vie post-Covid, ces habitudes ont perduré et les ventes de viande bovine via les supermarchés et le commerce électronique ont augmenté.

Les importations atteignent un nouveau record malgré des freins sanitaires et politiques

La hausse de la production n’a pas suffi à satisfaire la demande chinoise, qui repose en partie sur les importations. Si celles-ci ont établi un nouveau record en 2021, le rythme de croissance a fortement ralenti. Elles ont atteint, en seule Chine continentale, près de 2,9 millions de téc (+9% /2020) confortant la place du pays comme 1er importateur mondial de viande bovine. Dans le même temps, les importations via Hong-Kong ont chuté de -26%, à 366 000 téc. Au total , les deux entités cumulées, des achats atteignent un nouveau record,  près de 3,28 millions téc (+4% /2020). La réorientation des flux de Hong-Kong vers la Chine continentale se poursuit donc. L’essentiel des volumes importés est composé de viande congelée désossée (83% du total). Les volumes de viande réfrigérée sont restés globalement stables, à près de 81 000 téc, mais ont progressé rapidement en Chine continentale (+10%) parallèlement à un reflux à Hong-Kong.

Les importations en Chine continentale restent très dépendantes d’un nombre limité de fournisseurs : 94% des volumes proviennent des 6 pays. L’Amérique du Sud représente à elle seule près des ¾ des volumes. Les volumes ont stagné en 2021 en provenance du Brésil (conséquence de l’embargo mis en place par les autorités chinoises à la suite de la découverte de cas d’ESB dans le cheptel brésilien). Il demeure cependant le principal fournisseur de l’empire du Milieu avec 1,1 million de téc (38% des importations). Les volumes en provenance d’Argentine, deuxième fournisseur, ont reculé de -6% à 570 000 téc, compte tenu des restrictions aux exportations mises en place par le gouvernement argentin. Ceux en provenance d’Uruguay, devenu le 3ème fournisseur, ont bondi de +55%, à 416 000 téc.

Les abattoirs australiens ont en 2021 de nouveau subi les mesures de rétorsion économique prises par la Chine à la suite de la décision du Gouvernement australien de soutenir la demande étatsunienne à l’OMS d’une enquête en Chine sur les origines du Covid-19. Sept établissements australiens ont ainsi été interdits d’exporter en Chine officiellement pour des raisons techniques ou administratives et deux autres pour des cas de Covid-19 détectés parmi le personnel. Après avoir déjà reculé de -17% en 2020 en Chine continentale, les volumes en provenance d’Australie ont chuté de -36% en 2021 pour atteindre seulement 201 000 téc (-48% entre 2019 et 2021). Longtemps le premier fournisseur de viande bovine en Chine, l’Australie est tombée à la 5ème place, devancée par la Nouvelle-Zélande dont les volumes ont rebondi en 2021 à 245 000 téc (+19%/2020).

Le recul australien profite aux États-Unis

Les déboires de l’Australie ont également profité à la viande étatsunienne dont les volumes importés en Chine continentale ont été multipliés par 5 d’une année sur l’autre, à plus de 183 000 téc et représentent désormais 6% des importations. Même si les volumes entrant à Hong-Kong ont diminué de 40%, les exportateurs étatsuniens ont quand même doublé leurs exportations vers le marché chinois dans son ensemble. Cette forte hausse des flux peut s’expliquer d’une part par l’accord commercial signé en janvier 2020 avec la Chine, prévoyant d’importants achats chinois de produits agricoles étatsuniens. Et d’autre part à la structuration de la filière étatsunienne organisée pour répondre aux demandes spécifiques du marché chinois.

Les volumes en provenance de l’Union européenne ont été divisés par 4 à 3 500 téc. L’Irlande, qui était le premier fournisseur européen, subit depuis mai 2020 un embargo chinois, à la suite de l’annonce d’un cas d’ESB dans le pays et n’a donc pu exporter de viande en 2021. Les principaux fournisseurs sont maintenant la Hongrie (1 100 téc en 2021) et la Lituanie (1 000 téc) devant la France (800 téc) dont les volumes ont reculé d’1/3 entre 2020 et 2021.

Enfin, il ne faut pas oublier les flux gris en provenance d’Inde, estimés à moins de 100 000 téc en 2021. Ceux-ci ont été fortement réduits via le Vietnam et vers Hong-Kong.

La consommation de viande bovine par habitant est estimée à 7,3 kgéc en 2021, dont un tiers est couvert par les importations.

Des importations stables ou en baisse en 2022 ?

En 2022, les importations chinoises pourraient marquer le pas. D’une part, les restrictions aux importations de viande brésilienne, qui n’ont été levées qu’en décembre 2021, pourraient affecter la réception de volumes début 2022. En outre, les mesures à l’encontre des viandes australienne et irlandaise sont toujours en place en ce premier semestre 2022. D’autre part, les confinements dans de nombreuses villes chinoises, dont Shanghai, devraient freiner les flux d’importation et ce pour plusieurs mois, compte tenu de la disponibilité limitée à venir des containers.

Suspension de plusieurs abattoirs brésiliens

La Chine a importé 594 000 tonnes de viande en mars (-42% /2020). Sur le premier trimestre, les importations s’élevaient à 1,7 millions de tonnes (-37%). Les données préliminaires ne donnent pas de détails sur la répartition des importations entre les différents types de viande. Si cette forte baisse s’explique probablement par une chute des importations de viande de porc suite au redressement de la production post FPA, la pandémie de Covid-19 pèse fortement. En effet, depuis plusieurs semaines, le coronavirus perturbe le marché chinois à deux niveaux, celui de la consommation domestique et celui de l’import. Les suspensions temporaires d’importations (généralement d’une semaine) depuis certains abattoirs se multiplient. Le 8 avril dernier au Brésil, l’Administration générale des douanes chinoises a suspendu les importations depuis deux abattoirs de viande bovine et un abattoir de volaille après la découverte de traces du variant delta du coronavirus sur des emballages de lots de produits surgelés envoyés en Chine. Cette suspension temporaire concernait notamment l’abattoir bovin de JBS de Goiana (Goias) et celui de Marfrig de Tangara da Serra (Mato Grosso). Le 16 avril, les douanes chinoises suspendait pour les mêmes raisons les importations de trois exportateurs brésiliens de viande bovine : JBS, Marfrig et Naturafrig. Cette décision concernait quatre abattoirs situés dans les états du Mato Grosso (JBS à Barra do Garcas et Marfrig à Varzea Grande) et de São Paulo (Marfrig à Promissao et Naturafrig à Pirapozinho). Des suspensions similaires se sont multipliées récemment, comme depuis l’Australie, perturbant le commerce de viande bovine vers la Chine.

Reprise partielle des exportations brésiliennes vers la Chine

La préparation des festivités du Nouvel An chinois commençant le 1er février pour célébrer l’Année du Tigre a soutenu les prix des bovins d’abattage en Chine depuis le début de l’année. La levée de l’embargo sur le bœuf brésilien le 15 décembre dernier a cependant permis de limiter l’inflation des prix de la viande bovine pendant cette période de consommation traditionnellement élevée. Selon le Secrétariat brésilien au commerce extérieur (Secex), la reprise des exportations vers la Chine n’a toutefois été que partielle en janvier 2022. La Chine, qui reste le principal client pour la viande bovine brésilienne, a ainsi importé un peu plus de 66 000 tonnes de produit en janvier 2022 contre un peu moins de 80 000 tonnes un an auparavant (-14,5 %). Plusieurs pays ont profité de l’absence du Brésil fin 2021. Ça a notamment été le cas des Etats-Unis qui y a exporté plus de 190 000 tonnes en 2021, soit 3,5 fois plus qu’un an auparavant, et même 4 fois plus en valeur ! En 2022, les exportations brésiliennes de viande bovine pourraient être de nouveau orientés à la hausse notamment vers la Chine à moins que l’appréciation du réal en cours ne réduise la compétitivité du bœuf brésilien sur le marché international.

Baisse des exportations brésiliennes vers la Chine

Alors que la précédente fermeture du marché chinois à la viande bovine brésilienne en 2019 pour cas d’ESB atypique avait duré une dizaine de jours, celui de 2021 a duré plus de trois mois entre septembre et décembre. Logiquement, les exportations brésiliennes vers la Chine continentale se sont effondrées sur le dernier trimestre 2021 (-94% /2020). Sur l’ensemble de l’année 2021, les flux entre la Chine et le Brésil se sont repliés après le record absolu de 2020 (-17%) dans un contexte où les disponibilités brésiliennes étaient limitées. Les mesures visant à limiter les exports depuis l’Argentine et les restrictions vis-à-vis de l’Australie ont poussé les importateurs chinois à se tourner vers d’autres fournisseurs comme les Etats-Unis ou encore d’autres fournisseurs d’Amérique du Sud (Uruguay, Paraguay, Chili…).

La Chine toujours en manque de viande bovine

Par Jean-Marc Chaumet

Alors que les prix de la viande porcine reculent fortement depuis début septembre, les cours de la viande bovine demeurent élevés et tirent les importations.

Fermeté des prix de la viande bovine

Après avoir progressé jusqu’à la fête de la mi-automne et aux vacances du 1er octobre, le prix de la viande bovine au détail est restée quasi-stable, à 85,5 RMB/kg (10,5 €/kg), depuis son record historique atteint en févier 2020 (85,7 RMB/kg). Alors qu’il avait progressé en 2019 dans le sillage de celui de la viande porcine, le cours de la viande bovine semble désormais déconnecté du prix du porc qui a fortement fléchi depuis début septembre.

Ce niveau très élevé des prix montre une demande toujours forte en viande bovine que n’arrive pas à combler une offre en repli.

Une offre nationale en retrait

Les données officielles chinoises, pour le 1er semestre 2020, font état  d’une baisse de 2% du nombre de bovins abattus par rapport à la même période de 2019 qui se traduit par un recul de 3,4% des volumes produits (- 100 000 téc /2019).

Ce décrochage s’expliquerait par la conjonction de plusieurs phénomènes. Fin 2019, suite à une période de rétention des animaux ayant fait grimpé les cours, une vague de d’abattages a eu lieu dans de nombreux endroits en Chine. Les animaux qui auraient dû être vendus après la Fête du Printemps l’ont été en masse un à deux mois à l’avance, entraînant une baisse des cours des animaux gras mais aussi un recul des poids carcasse.

Cette petite panique a donc réduit les disponibilités au 1er semestre 2020. Mais la baisse des cours des animaux gras, de -6% entre décembre et janvier, a également provoqué un certain attentisme des engraisseurs et donc une réduction des mises en place début 2020. Ce phénomène a été accentué par la fermeture, en février et mars, de la plupart des marchés aux bestiaux, dans le cadre de mesures sanitaires de lutte contre la Covid-19. Le nombre de bovins mis à l’engraissement au 1er trimestre aurait donc fortement reculé, limitant de fait la production attendue au 2nd semestre 2020.

En outre, le nombre de bovins vivants importés en contrebande d’Asie du Sud-Est aurait chuté de plus des deux tiers du fait de contrôles renforcés, dès avant la pandémie mais encore davantage depuis. A tel point que ces animaux n’auraient plus d’intérêt en termes de prix sur le marché chinois, freinant les effets baissiers de cette offre. Ainsi, le prix de marché d’un animal de contrebande dans la province du Yunnan (sud-ouest de la Chine) serait le même que celui des bovins d’engraissement dans le Nord-Est.

Un autre facteur à prendre en compte dans la hausse des cours des animaux gras concerne l’augmentation du coût de la main d’œuvre et de l’alimentation animale mais également des animaux maigres.

Des importations record

Ce manque d’offre sur le territoire national attire les importations de viande bovine qui ont atteint un nouveau record. Sur les 9 premiers mois de l’année, elles se sont élevées, en Chine continentale, à près de 2 millions de téc (+39%/ 2019), soit seulement 5% de moins que le volume total importé en 2019. Dans le même temps, les importations via Hong-Kong n’auraient reculé que de 3% sur les 7 premiers mois (-20 000 téc), permettant d’afficher, en cumulant les deux entités, un solde largement positif.

Le Brésil (x2,5 /2019) et l’Argentine (+37%), les principaux bénéficiaires de la hausse des importations, fournissent désormais à eux deux près des 2/3 des volumes en Chine continentale. L’interdépendance est forte car plus de 50% des volumes brésiliens sont destinés au marché chinois (et même plus des 2/3 si l’on inclut Hong-Kong). Cet oligopsone vers la Chine a également des conséquences sur les prix intérieurs brésiliens qui ne cessent de progresser.

Les importations en provenance d’Australie sont en léger recul sur la même période (-1% /2019). En hausse sur les 5 premiers mois de2020, les achats chinois ont ensuite commencé à se replier à partir du mois de juin, sous le double effet d’abattages australiens en recul, compte tenu de la recapitalisation du cheptel local, et des sanctions prises par la Chine à l’encontre de plusieurs abattoirs  australiens.

La viande néozélandaise se fait également plus rare sur le marché chinois (-23% /2019) tandis que les importations de viandes étatsuniennes en Chine continentale progressent rapidement (+85%) avec des volumes encore relativement marginaux (14 000 téc). Hong-Kong demeure encore la principale porte d’entrée de la viande étatsunienne en Chine, avec environ 40 000 téc sur les 7 premiers mois de 2020.

Les pays européens sont encore peu présents. Les importations de viande irlandaise en Chine continentale progressent cependant régulièrement pour atteindre 9 500 téc sur les 3 premiers trimestres 2020 (+60% /2019). Les volumes de viande française se chiffrent à 985 téc, à comparer aux 54 téc reçus sur la même période de 2019. Les envois français ont réellement commencé fin 2019.

Enfin, les envois de viande indienne vers le Vietnam, pays de transit vers la Chine, ont chuté de plus de 60% /2019 sur les 8 premiers mois de l’année (-220 000 téc/2019 à 130 000 téc).

Le phénomène de réorientation des importations de viande bovine vers la Chine continentale, aux dépens de Hong-Kong et des flux gris en provenance d’Inde, initié il y a quelques années, s’est donc prolongé et renforcé en 2020.

La croissance des importations chinoise ne saurait cependant se poursuivre à ce rythme au cours des années à venir. L’offre locale devrait  progresser, compte tenu du nombre de nouvelles exploitations bovins viande créées récemment. Les volumes disponibles chez les principaux fournisseurs devraient également atteindre leur limite.

Envolée des prix et des importations de viande bovine

Par Jean-Marc Chaumet

Les conséquences de la forte hausse des prix du porc en Chine en 2019 se font également sentir sur la consommation et le commerce de viande bovine. Les prix et les importations directes s’envolent.

 

La hausse des prix du porc et le manque de viande porcine dans de nombreux magasins poussent de nombreux consommateurs à se reporter sur d’autres protéines animales. SI la volaille demeure le premier choix, de par son prix et sa présence dans les rayons, la viande bovine pourtant déjà chère, apparaît comme un des substituts au manque de viande porcine dans le pays.

Ainsi, malgré une forte hausse officielle de production en 2019 (+3,6%2018) pour atteindre un record historique à 6,67 millions de téc, l’offre n’a pu satisfaire la hausse soudaine de la demande et les prix se sont envolés. Après une hausse exponentielle à l’automne et à l’entrée de l’hiver, haute saison de consommation de viande bovine, le prix moyen national au détail a dépassé les 82 RMB/kg (10 €/kg), un record historique. Les prix semblent cependant s’être stabilisés depuis la mi-novembre, en relation avec l’arrêt de la hausse des prix du porc et peut-être également à une saturation du marché. La progression se chiffre à +20% depuis mai, date du début de la hausse et fait à nouveau de la viande bovine la viande la plus chère en Chine.

Forte hausse des importations en Chine continentale

Pour tenter de répondre à cette demande et contenir la progression des prix, les importations chinoises de viande bovine en Chine continentale (hors Hong-Kong) ont franchi un nouveau palier. Sur les 11 premiers mois de l’année, elles se chiffrent à 1,85 million de téc, une hausse de 57% /2018 et un doublement par rapport à 2017. Sur l’année, les importations devraient atteindre 2 millions de téc.

L’essentiel est composé de viande sous forme de congelé désossé (85% du total), même si les quantités de congelé avec os progressent au même rythme (+52%/2018).

Des importations très concentrées

Les importations chinoises restent très dépendantes d’un nombre limité de fournisseurs : 95% des volumes proviennent des 5 pays.

L’Amérique du Sud a pleinement profité de cet appel d’air. Les importations en provenance d’Argentine ont été multipliées par 2 en un an et le pays est au coude à coude, sur les 11 premiers mois de l’année,  avec le Brésil pour la place de premier fournisseur de la Chine continentale. Les volumes uruguayens ont également progressé (+32% /2018),tandis que les expéditions brésiliennes n’ont enregistré qu’un hausse limitée (+16% /2018). La Chine a suspendu pendant 15 jours en juin l’entrée de viande bovine brésilienne sur le sol chinois, suite à la découverte d’un cas d’ESB. Mais les importations ont ensuite repris. Aussi cet incident peut expliquer la moindre hausse des envois brésiliens.Néanmoins, les exportations vers la Chine ont des conséquences importantes sur le prix de la viande au Brésil, qui fortement augmenté fin 2019.

Si la Chine (yc Hong-Kong) demeure le premier client du Brésil, les envois cumulés ont toutefois reculé sur les 3 premiers trimestres, au profit de pays comme les Emirats Arabes Unis ou l’Egypte.

Les envois néozélandais ont doublé tandis que ceux de l’Australie, le 3ème fournisseur de la Chine, ont progressé de 75% /2018.  La hausse des envois de viande australienne provient de la décapitalisation en cours du cheptel depuis 2018, provoquée par les sécheresses à répétition que subit le pays. La viande australienne a même dû faire face très tôt cette année, dès le mois d’août, à l’activation de la clause de sauvegarde prévue dans l’accord de libre-échange entre les 2 pays : au-delà de 170 000 tonnes produits, les droits de douane sont relevés de 6% à 12% jusqu’à la fin de l’année.

Un nombre de petits fournisseurs en augmentation

Les volumes restants, 74 000 téc, soit 5% des importations, se répartissent entre une quinzaine de pays fournisseurs. Leur nombre est en hausse car la Chine cherche à diversifier ses approvisionnements afin de satisfaire sa demande et atténuer sa dépendance aux grands fournisseurs.

Malgré l’embargo chinois sur la viande canadienne décrété entre fin juin et début novembre après la découverte de la ractopamine dans de la viande porcine canadienne, les volumes de ce pays ont bondi de +44% /2018 pour atteindre les 13 000 téc sur les 10 premiers mois. Nonobstant la hausse des droits de douane chinois, les importations de viande étatsunienne approchent les 11 000 téc (+36% /2018).

Au point mort depuis l’agrément des premiers abattoirs français en juillet 2018, les exportations françaises de viande bovine ont connu une accélération depuis la concrétisation des démarchés des entreprises françaises au cours de l’été 2019 et la visite du Président français début novembre. Plus de 200 téc de produits français sont arrivées en Chine sur les 11 premiers mois. Les envois totaux sur l’année devraient totaliser près de 800 téc.

L’Irlande s’impose comme premier exportateur européen, avec 8 000 téc sur 11 mois, devant les Pays-Bas (860 téc).

Des importations totales en hausse modérée

L’offre totale de viande bovine importée doit cependant prendre en compte le recul des flux arrivant à Hong-Kong et ceux en provenance d’Inde et transitant par le Vietnam. Les premières données disponibles montrent en effet une baisse des importations via Hong-Kong (d’au moins-30%) ainsi que des envois indiens à travers le Vietnam (d’au moins -20%), suite au renforcement des contrôles chinois aux frontières, Ainsi, les volumes supplémentaires nets de viande importée s’établiraient aux alentours de 300 000 téc, ce qui est loin de satisfaire la demande nationale.

Il n’en reste pas moins que la Chine conforte sa place de 1er importateur mondial de viande bovine.

Une surestimation de la demande chinoise ?

Cependant cette hausse des importations pourrait ralentir dans les prochains mois. Certains commerçants estiment que le report de la demande chinoise sur la viande bovine aurait été surestimé, menant à des importations trop importantes et donc à des stocks volumineux. La stabilisation des cours pourrait donc également d’expliquer par des volumes de viande importée difficiles à écouler.

 

 

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