Montée en puissance des leaders industriels laitiers chinois

Par Jean-Marc Chaumet

Le nouveau Top 20 des industriels laitiers publié par la Rabobank en août montre une nouvelle progression des 2 leaders chinois. Ainsi, Yili, dont le chiffre d’affaires a progressé de +13% /2018 en monnaie locale, est passé de la 8ème à la 5ème place. Il devance ainsi Fonterra et FrieslandCampina et se place juste derrière Danone. Mengniu a suivi le leader chinois en gagnant deux places pour se positionner au 8ème rang.

 

« Yili et Mengniu sont également 113ème et 129ème dans la liste 2019 des plus grosses entreprises chinoises, tous secteurs confondus, dont le 1er rang est dévolu à China Petroleum (400 milliards de dollars de chiffre d’affaires).

Ces classements illustrent la montée en puissance des deux entreprises chinoises. La publication de la Rabobank a été abondamment commentée par la presse chinoise qui y voit le résultat de nombreuses années d’effort du secteur laitier national qui ferait maintenant partie intégrante de la puissance de la Chine. Elle vient également conforter de nombreux experts chinois qui estiment que ce secteur a atteint les standards mondiaux aussi bien en termes de qualité sanitaire que d’innovation.

Le prochain objectif de Yili est d’ailleurs de devenir le numéro un mondial de l’industrie laitière et d’entrer dans le top cinq mondial des aliments santé.

Mais cette croissance n’est pas encore comparable à celle des autres entreprises du top 20. Les produits chinois n’ont pas encore conquis les consommateurs du monde entier.  Les deux leaders chinois réalisent la quasi-totalité de leur chiffre d’affaires à l’intérieur des frontières de leur pays tandis que la part des exportations ou des implantations à l’étranger de leurs concurrents directs (Nestlé, Lactalis, Danone, Fonterra, FrieslandCampina…) ne cesse de croître. Ils dépendent donc presque uniquement du marché chinois et ne sont pas encore devenues des Global Players.

Des exportations limitées

Déjà faibles avant 2008, les exportations de produits laitiers chinois se sont en effet effondrées après la crise de la mélamine. Elles ont peu à peu progressé pour dépasser 900 millions de dollars en 2019, mais sont destinées à près de 50% à Hong-Kong qui en réexporte une partie.

Ces exportations sont majoritairement composées de peptones à destination des Etats-Unis, du Japon et de la Russie, ainsi que poudres de lait infantile expédiées à Hong-Kong. Les exportations de poudres grasses, qui atteignaient 200 000 t en 2008 ont chuté et ne représentent plus que quelques milliers de tonnes.

En outre, des pays comme l’Inde, n’ont toujours pas levé l’embargo sur l’importation des fabrications laitières de l’Empire du Milieu.

Des implantations à l’étranger plus difficiles

Les investissements chinois dans le secteur laitier à l’étranger ont été largement documentés, qu’ils aient eu lieu en Nouvelle-Zélande, en Australie ou en Europe. Mais la majorité de ces achats ont pour but d’alimenter le marché chinois, notamment en poudres de lait infantile.

Depuis quelques années, les deux leaders chinois tentent de développer leur chiffre d’affaires sur de nouveaux marchés, alors que la compétition en Chine est féroce. Pour se forger une stature de global players, Yili et Mengniu doivent donc diversifier leurs débouchés en pénétrant d’autres marchés. La réputation des produits chinois n’aidant pas à leur exportation, leur stratégie consiste à transformer et vendre des produits laitiers fabriqués hors de Chine.

Des investissements dans les grands bassins laitiers ont poursuivi cet objectif. Certains produits de Mengniu fabriqués en Nouvelle-Zélande, comme la marque Deluxe, sont dorénavant exportés vers la Malaisie et le Cambodge, après Hong-Kong et Macao. En 2019, Mengniu a racheté le fabricant australien de poudres de lait infantile biologiques, Bellamy. La même année, Yili a racheté la coopérative néozélandaise, Westland, qui doit s’intégrer dans la « route de la soie laitière d’Yili » et permettre de « fournir au monde entier encore plus de produits incroyablement purs appréciés et qui ont la confiance des consommateurs du monde entier » d’après le directeur d’Yili.

Mais cette stratégie se heurte aux relations internationales tendues. Fin août 2020, Mengniu a annoncé ne pas avoir reçu l’autorisation du gouvernement australien pour racheter le 2ème transformateur laitier du pays, Lion Dairy au japonais Kirin. Le refus aurait été motivé pour des raisons diplomatiques qui peuvent s’expliquer par le récent regain de tension entre les deux pays qui s’est déjà matérialisé par des sanctions sur les exportations australiennes de viande bovine et d’orge.

Une autre solution consiste à investir dans les pays consommateurs, par rachat d’entreprises existantes ou par la création de nouveaux sites de fabrication. Les pays ciblés ne sont plus les grands bassins laitiers, mais les pays asiatiques proches de la Chine, où la consommation de produits laitiers progresse rapidement et qui sont inclus dans le projet chinois des « nouvelles routes de la soie », comme l’Indonésie et la Thaïlande.

L’Indonésie, importatrice nette de produits laitiers pour près de 75 % de ses besoins, est ainsi devenue la première cible des géants chinois.  Yili a créé une filiale en Indonésie « Green Asian Food Indonesia Co., Ltd » spécialisée dans les glaces. Mengniu a également ciblé ce pays où il a construit une usine de boissons lactées et de produits fermentés, Mengniu YoyiC Dairy Factory.

D’autres pays sont également ciblés. Fin 2018, Yili a annoncé l’acquisition du plus important fabricant de glaces de Thaïlande, Chomthana. La même année, Yili a émis l’intention de racheter 51 % d’un transformateur laitier pakistanais, dans l’objectif de prendre place sur ce marché et de poursuivre son internationalisation. Le projet n’est pas allé à son terme.

Mais la volonté des entreprises chinoise se heurte souvent à la réticence des pays cibles. Malaisie et le Myanmar ont exprimé des réserves sur des projets chinois chez eux, au point de refuser leur réalisation. En 2018, Yili avait émis l’intention de racheter 51% d’un transformateur laitier pakistanais, dans l’objectif de prendre place sur ce marché et de poursuivre son internationalisation. Mais ce projet n’a pas abouti.

La progression des leaders chinois va-t-elle se poursuivre en 2020 ?

Le 1er semestre 2020 a été marqué en Chine par l’apparition de la Covid-19 entraînant des ruptures dans les chaînes d’approvisionnement et une baisse de la consommation (lien vers dernier article lait). Cette situation a pesé sur les comptes des entreprises laitières, y compris les deux leaders nationaux. La croissance du chiffre d’affaires d’Yili au 1er semestre 2020 (+5%/ 2019) a été moitié moindre que la croissance moyenne des 5 années précédentes et la plus faible depuis 2016. Mais ce résultat a été supérieur aux attentes grâce à de très bonnes ventes au 2nd trimestre (+22,5% /2019), permettant d’effacer un mauvais premier trimestre.

Mengniu a connu un recul de l’activité (-6% /2019) pour la première fois depuis 2015. Son bénéfice net a chuté de près de 42% et est trois fois moindre que celui d’Yili. Ce fort repli des bénéfices s’explique par des dépenses supplémentaires de prévention et de contrôle des épidémies ainsi que de frais de marketing réduire les stocks accumulés au 1er trimestre.

 

Yili creuse donc l’écart avec son rival Mengniu. Plusieurs observateurs chinois estiment que le duo laitier chinois Yili-Mengniu pourrait donc vivre ses derniers instants pour laisser la place à un leader incontesté dans le pays.

Les résultats du premier semestre sont relativement disparates chez les autres transformateurs laitiers chinois. Bright Dairy, le n °3 national a enregistré une hausse de près de 10% de son chiffre d’affaires et de +16% de son bénéfice net. A l’inverse, les résultats des laiteries provinciales sont demeurés dans le rouge. New Hope affiche une baisse de 6% de son chiffre d’affaires et de 26% de ses bénéfices. Ceux de Yantang Dairy ont reculé de 10% mais demeurent positifs.

Les fabricants de poudres de lait infantile ont connu un début d’année 2020 faste. Le chiffre d’affaires de Feihe a bondi de près de 50% d’une année sur l’autre et son bénéfice a été multiplié par 2. Chez Ausnutria, les ventes ont grimpé de 23% et le bénéfice de 32%. Le chiffre d’affaires de Beingmate a affiché une hausse de 15% et les bénéfices ont plus que doublé.

Ces bons résultats des fabricants de poudres de lait infantile s’expliquent par les achats importants des familles qui, craignant la pénurie, ont constitué des stocks de précaution. De nombreux ménages sont en effet inquiétés de la rupture des chaînes d’approvisionnement au sein du pays, mais également à l’international, les principaux pays fournisseurs de poudres de lait infantile étant touchés par la pandémie. En outre, plusieurs canaux d’importation ont été interrompus depuis février, comme les envois privés par la poste et les achats sur des sites internet étrangers.

La Covid-19 affecte le secteur laitier début 2020, mais ne freine pas la dynamique

Par Jean-Marc Chaumet

 

Touchée dès le mois de janvier par la Covid-19, la Chine a mis en place juste avant le Nouvel An Chinois (25 janvier) des mesures de confinement strictes  pour tenter d’enrayer la propagation du virus. Ces mesures ont freiné le retour des employés chinois partis dans leur famille passer les vacances du Nouvel an. Elles ont également eu pour conséquence de limiter fortement la consommation hors-foyer, notamment dans les hôtels et restaurants mais également dans les écoles où plus de 20 millions d’élèves bénéficient d’une distribution de produits laitiers. De nombreux villages ont également mis en place des barrages interdisant la traversée, par peur de contamination, compliquant ainsi fortement le transport à travers le pays.

La production laitière touchée par les mesures sanitaires

Pour la production laitière, ces mesures se sont traduites par des interruptions de livraison de médicaments vétérinaires et d’aliments du bétail. D’une part, les usines, d’alimentation animale et de médicaments sont restées à l’arrêt pendant plus de deux semaines. A la mi-février, seules les 2/3 des entreprises d’alimentation animale avaient repris leur activité d’après les annonces officielles. D’autre part, le transport a été fortement perturbé par les barrages dressés à l’entrée des villages. La main d’œuvre fit également défaut dans les entreprises de production laitière. Il en a résulté une hausse des coûts de production chiffrés par les experts chinois à 10% au cours du 1er trimestre, liée à la rareté de l’alimentation, de la main d’œuvre et des transports, mais également aux mesures préventives face au Covid-19 (achat de moyens de protection, mesures de distanciation notamment dans les dortoirs…).

Dans le même temps, le prix du lait a commencé à reculer dès février. Alors qu’il était de 3,87 RMB/kg (0,50€/kg) en janvier, le prix moyen du lait des 10 premières provinces productrices n’affichait plus que 3,57 RMB/kg fin juin, un recul de près de -8% en 5 mois. Mi-juillet, il demeurait légèrement au-dessus à son niveau de 2019 (+1%). Mais cette moyenne nationale cache des baisses parfois plus importantes dans certaines régions, des entreprises ayant au plus fort de la crise annoncé des réajustements de prix deux fois par semaine.

Car face à la baisse de consommation, les transformateurs ont dû gérer des livraisons de lait supérieures à leurs débouchés. En outre, le manque de personnel a également affecté les capacités de transformation. Certaines laiteries ont refusé du lait et la plupart ont dû transformer l’excès de lait collecté en poudres grasses. Entre 10 000 et 15 000 tonnes de lait auraient ainsi quotidiennement été transformées en poudres grasses au plus fort de la crise en février. La fabrication de poudres grasses en grandes quantité s’explique d’une part par la saturation des stocks de produits de grande consommation (lait liquide, produits fermentés) mais également par l’absence de possibilité de report vers des produits à longue durée de conservation comme le mix produit poudre maigre/beurre ou les fromages. Au final, les estimations concernant les poudres grasses, montrent que les stocks auraient dépassé les 300 000 t au mois de mars 2020, soit le double des volumes de 2019.

Des nombreux éleveurs laitiers ont été dans l’obligation de jeter du lait, en raison des difficultés de transport pour acheminer leur production, mais également compte tenu de la situation des transformateurs (saturation des capacités de séchages, retour tardif des employés, manque de main d’œuvre, rupture de la chaîne d’approvisionnement en produits laitiers…) Début février, ce phénomène était rapporté dans 13 provinces du pays. Les élevages laitiers ne bénéficiant pas de contrats avec des transformateurs en grande majorité de petites fermes, et livrant à de petites structures, ont été les plus vulnérables dans cette situation.

Les grandes entreprises de production laitière ont pu compter sur le soutien des grands transformateurs laitiers qui ont débloqué des financements sous forme de prêts ou d’avances sur le paiement du lait. Afin d’encourager les transformateurs à collecter le lait, certaines provinces chinoises ont mis en place un système de subventions, de 0,2 RMB/kg de lait collecté.

Malgré l’impact du Covid-19, la production laitière nationale aurait progressé de près de 8% /2019 sur le premier semestre selon les données du Bureau national des Statistiques, confirmant la tendance affichée en 2019. Malgré des confirmations de terrain attestant d’une hausse de la collecte, ce chiffre semble cependant très élevé. Les données annuelles du Bureau National des Statistiques permettront peut-être d’avoir dans 6 mois une autre estimation de la production.

Le recul de la consommation a affecté les résultats des transformateurs

Les résultats économiques des transformateurs sur les 3 premiers mois de l’année ont été fortement impactés par une hausse des coûts de fabrication et une baisse des ventes, notamment lors du Nouvel An chinois. Les ventes de produits laitiers lors des 10 jours de congés du Nouvel An chinois représenteraient entre 10% et 12% du chiffre d’affaires annuel. Les consommateurs chinois ont pris l’habitude d’offrir aux membres de leur famille ou à leurs amis lors de visites de courtoisie des produits laitiers haut de gamme, sur lesquels les transformateurs chinois réalisent l’essentiel de leurs marges. Représentant habituellement environ 25% des achats pendant le Nouvel An, la proportion des « cadeaux » aurait été divisée par 3 cette année.

Les ventes ont été affectées par la baisse des achats au détail, mais également par le recul des ventes dans les restaurants, les cinémas…Les entreprises ont tenté de compenser ces baisses d’activité par la mise en place de ventes à domicile, d’achats de groupes dans les résidences sans que les acheteurs ne sortent de l’enceinte, et par les ventes sur internet. Sur le 1er trimestre, les ventes à domicile auraient doublé pour le lait liquide et les yaourts et augmenté de près de 40% pour les poudres infantiles.

Si le prix facial des produits n’a pas baissé, les transformateurs se sont vus contraints de procéder à d’importantes promotions pour écouler leurs produits, entraînant une baisse du prix de vente moyen. Les coûts de main-d’œuvre, de fabrication, de stockage ont augmenté. La durée moyenne de stockage des produits d’Yili a par exemple bondi de 60% au plus fort de la crise. Les transformateurs ont également été incités à faire des dons d’argent ou de produits, notamment pour les hôpitaux.

Ainsi, le chiffre d’affaires des 561 transformateurs chinois (dont le chiffre d’affaires annuel dépasse 20 millions de RMB) a reculé de 2% sur le 1er trimestre et les profits de 65%. 70% de ses sociétés ont annoncé une baisse de leur résultat et le nombre de celles enregistrant des pertes a doublé par rapport à 2019 pour atteindre près de 40% du total. Mais les ventes auraient progressé en avril et mai, permettant un rebond du chiffre d’affaires sur les 5 premiers mois de l’année de plus de 3% /2019.

Toutes les entreprises n’ont pas été touchées avec la même intensité.

Les transformateurs régionaux fabricants du lait liquide et/ou des produits laitiers frais ont été les plus touchés, affichant une baisse du chiffre d’affaire et des profits de -7% et -90% respectivement. Ainsi Yantang a vu son bénéfice chuter de 90%, Sanyuan enregistre près de 120 millions de RMB (15 millions €) de pertes, New Hope plus de 40 millions (5 millions €)…

A l’inverse, le chiffre d’affaire et les profits des fabricants de poudres de lait infantiles, comme Feihe ou Ausnutria, ont progressé de 17% et 63% respectivement. Cette évolution à contre-courant s’expliquerait par les achats importants des ménages craignant la pénurie, et la constitution de stocks par les familles. De nombreux ménages  sont en effet inquiétés de la rupture des chaînes d’approvisionnement au sein du pays, mais également à l’international, les principaux pays fournisseurs de poudres de lait infantiles étant touchés par la pandémie. En outre, plusieurs canaux d’importation ont été interrompus depuis février, comme les envois privés par la poste et les achats sur des sites internet étrangers.

Les leaders laitiers chinois ne sont pas épargnés. Le chiffre d’affaire de Yili a ainsi reculé de 11% et son bénéfice a été divisé par 2.

Une des conséquences de la Covid-19 pourrait donc être une accélération de la concentration du secteur de la transformation à travers la fermeture de petites et moyennes laiteries durement touchées par la crise.

Les annonces d’investissements montrent une confiance dans l’avenir du secteur laitier

Depuis avril, de nombreuses annonces de création d’exploitations laitières ont fleuri, démontrant la volonté de la filière de ne pas laisser la crise sanitaire perturber son développement. Ainsi, en mars, Junlebao a débuté la construction d’une exploitation de 12 000 têtes dans le Hebei. En avril, le leader Yili et Ningxia Nongken Group ont annoncé un projet d’exploitation de 50 000 têtes. La même société prévoit d’investir environ 12 milliards de yuans (soit 13% de son chiffre d’affaires 2019) dans le Shandong de 2020 à 2025 pour construire 30 fermes de démonstration standardisées de 6 000 à 12 000 têtes. Enfin, Yili a commencé en juin la construction d’un site modèle « écologique » de 300 000 animaux laitiers en Mongolie intérieure. Toujours en Mongolie intérieure, Youran Farming va créer trois fermes à Hohhot, de 6 000, 10 000 et 12 000 têtes.

Ce cycle d’investissement dans la production semble destiné à sécuriser l’approvisionnement en amont et en même temps à prévenir les risques d’approvisionnement en matières premières que la situation épidémique mondiale peut entraîner. Il est facilité par des politiques préférentielles mises en œuvre par les gouvernements locaux pour attirer les investissements.

Des importations en hausse sur le 1er semestre

Sur le 1er semestre de l’année, les importations chinoises de produits laitiers ont globalement augmenté.

Les baisses concernent surtout la poudre maigre (12%/2019) et dans une moindre mesure le lait liquide (-1%) et les laits infantiles (-1%).

Les volumes de poudres grasses importés ont été réduits en début d’année, compte tenu de la hausse des stocks locaux, mais ont progressé ensuite. Les importations de lactosérum ont bondi de +32% pour alimenter le rebond du cheptel porcin et celles de beurre de +40% pour compenser les faibles achats de 2019.

Les achats de fromages se poursuivent dans la tendance de 2019 tandis que les achats de crème, moroses ente mars et mai, ont bondi en juin, malgré la très forte hausse enregistrée en 2019.

Les importations chinoises se sont donc globalement affiché une hausse sur le 1er semestre. Des incertitudes pèsent néanmoins sur les achats de poudres grasses et maigre ainsi que sur ceux de laits infantiles au 2nd semestre.

 

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2019 : une bonne année pour l’amont comme pour l’aval de la filière laitière chinoise

Par Jean-Marc Chaumet

 

Après une hausse de +1,2% en 2018, la production chinoise de lait de vache a bondi en 2019 de +4,1% /2018, la plus forte progression depuis 2014. A 32 millions de tonnes, elle atteint son plus haut niveau historique, mais n’a progressé que de +6% depuis 2008, année de la crise de la mélamine.

Hausse du prix du lait

Ce dynamisme s’explique par une forte progression des prix à la production, signe d’une demande croissante de lait local par les transformateurs et les consommateurs. Le prix moyen dans les 10 premières provinces productrices a connu une hausse fulgurante au second semestre 2019 pour terminer l’année à 3,83 RMB/kg (0,49 €/kg), un niveau plus atteint depuis 2014. A 3,65 RMB/kg (soit 0,47 €/kg) en moyenne annuelle en 2019, il affiche un niveau supérieur de 5,5% à celui de 2018. Les prix du lait livré par les grandes entreprises de production laitière, déjà plus élevés que la moyenne, ont même dépassé les 4 RMB/kg (0,51 €/kg).

Les coûts de production ont aussi augmenté, tirés par une hausse du prix du maïs produit en Chine, mais dans des proportions moindres que les prix. En outre, une partie des droits de douane supplémentaires appliqués par la Chine sur la luzerne étatsunienne a été levée en septembre 2019.  Confortés par une rentabilité en hausse, les éleveurs laitiers ont donc décidé d’augmenter la productivité de leur troupeau. Outre la hausse des prix du lait, les mesures prises au sein des entreprises et les accords signés avec les transformateurs ont permis de redresser les comptes des entreprises de production laitière. Des sociétés comme Modern Dairy ont ainsi pu afficher leurs premiers bénéfices depuis 2015.

Cette croissance de la production est également due à l’évolution de la structure des exploitations laitières. Le nombre exploitations de moins de 100 têtes, moins bien équipées pour s’adapter à des réglementations environnementales de plus en plus strictes et peu à peu délaissées par les transformateurs pour des raisons officielles de qualité du lait, ne cesse de reculer. A l’inverse, l’expansion des grandes exploitations (plus de 100 bovins), aux rendements dépassant souvent les 10 tonnes par vache, ne cesse de s’affirmer. Plus des 2/3 des bovins laitiers seraient ainsi élevés dans des exploitations de plus de 100 têtes, contre 50% en 2015.

Poursuite de la croissance du maillon transformation

Le maillon transformation a également de nouveau enregistré des résultats positifs. Selon les données officielles les 565 entreprises laitières affichant au moins 20 millions de RMB de chiffre d’affaires ont engendré sur l’année un chiffre d’affaires de 394 milliards de RMB (+10% /2019), soit 58 milliards d’euros. Ces dernières années, les revenus et les bénéfices des grands  transformateurs ont augmenté plus rapidement que la moyenne du secteur, notamment grâce à la vente de produits à forte valeur ajoutée, ce qui a favorisé une concentration continue du marché. Yili et Mengniu, les deux leaders laitiers chinois, ont ainsi vu leur chiffre d’affaires progresser respectivement de +13% pour atteindre 90 milliards de RMB (11,6 milliards d’€) et de +15% à 79 milliards de RMB (10,2 milliards d’€). Leur bénéficie a également augmenté de 8% pour Yili et de 35% pour Mengniu.

Egalement abondées par des importations en progression, les fabrications nationales de produits laitiers en 2019 ont augmenté de +5,6% /2018, à 27,2 millions de tonnes, dont 25,4  millions de tonnes de lait liquide et de yaourts (+ 5,8%). Celles de produits laitiers secs s’établissent à 1,82 million de tonnes (+2,5%/2019). Au total, la consommation chinoise de lait a ainsi progressé de +5% /2018, à 30 litres/hab./an.

Des importations encore en hausse

Malgré l’envolée de la production laitière nationale en 2019, les importations ont progressé à un rythme soutenu pour satisfaire la demande chinois. La hausse des prix sur les marchés internationaux en 2019 n’a pas freiné la demande de l’Empire du Milieu en poudres. Les volumes importés de poudres grasses ont battu un nouveau record historique à 671 000 t  (+29% /2018) battant le précédent pic de 2014. Avec près de 344 000 t (+23%/2018), ceux de poudre maigre ont également atteint un niveau inégalé auparavant. Le rythme de croissance annuelle des importations de poudre infantile s’est en revanche considérablement réduit depuis 2015, passant de +45% à +6% en 2019, avec 345 000 t. Le nombre de naissances en Chine ne cesse en effet de reculer à 14,65 millions en 2019, un repli de -18% par rapport au pic qui a eu lieu en 2016 après l’annonce de la fin de la politique de l’enfant unique.

Conséquences du conflit commercial avec les Etats-Unis, les importations de poudre de lactosérum en 2019 se sont inscrites dans la tendance baissière du dernier trimestre 2018. Avec 451 000 t (-19% /2018), il s’agit du plus faible volume depuis 2016. Les produits étatsuniens ont logiquement été les plus touchés (-36% /2018) mais le repli a également affecté les produits français (-13%), néerlandais (-32%) et polonais (-11%). Seules les expéditions allemandes et biélorusses ont fortement progressé (+45%).

Alors qu’elles semblaient avoir atteint un plafond depuis 2016, les importations de lait liquide ont rebondi en 2019 (+34%) pour afficher un nouveau record à 730 000 t. Premier fournisseur avec  plus du 1/3 des volumes, l’Allemagne est également le pays qui profite le plus de cette hausse de la demande chinoise (+49% /2019).

Après une quasi stabilisation en 2018, les importations de fromages ont de nouveau progressé (+6% /2018). Avec près de 115 000 t, la Chine est devenu le 6ème importateur mondial de fromages. La Nouvelle-Zélande, premier fournisseur avec près de 60% des volumes, est le principal bénéficiaire  de cette hausse (+22% /2018) tandis que les envois australiens et étatsuniens ont reculé. Les achats de crème ont également bondi (+25% /2018, à 161 000 t), compensant le recul de 2018. A l’inverse, les stocks de beurre résultant d’importantes importations en 2018 ont freiné les achats en 2019 (-24% à 85 500 t).

 

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La Covid n’a pas interrompu le rebond de la production laitière chinoise

L’année 2019 a été synonyme de rebond pour toute la filière laitière chinoise. Mais l’impact du Covid a occasionné un retournement de tendance au 1er trimestre 2020. Si la hausse production laitière s’est poursuivie, les résultats de nombreuses entreprises ont été affectés. La filière ne semble cependant pas très inquiète de cet épisode considéré comme ponctuel, à en juger par les investissements décidés ces dernières semaines.

 

2019 : une bonne année pour l’amont comme pour l’aval

En 2019, la production laitière chinoise a progressé pour la deuxième année consécutive ce qui n’a pas empêché les importations de poursuivre leur hausse à un rythme élevé.

 

La Covid-19 affecte le secteur laitier début 2020, mais ne freine pas la dynamique

Touchée dès le mois de janvier par la Covid-19, la Chine a mis en place juste avant le Nouvel An Chinois (25 janvier) des mesures de confinement strictes  pour tenter d’enrayer la propagation du virus. Si les résultats des entreprises ont été affectés par la baisse de consommation, la croissance de la production laitière ne semble pas avoir été enrayée

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