Le déficit commercial agricole chinois se creuse légèrement en 2022

Après 3 années pendant lesquelles le déficit commercial agricole et agroalimentaire s’est fortement creusé, l’année 2022 a marqué une pause. A 137 milliards de dollars, il ne s’est accru que de 2 milliards de dollars, mais constitue néanmoins un nouveau record. Pour la première fois depuis 2016, les exportations chinoise ont progressé plus vite en valeur (+17%) que les importations (+7%).

La relative faible hausse des importations en valeur s’explique par les moindres achats de céréales en volume (-20%/2021), notamment de maïs (-27%) et d’orge (-55%), comme en valeur (-3%), mais également de viandes (-2% en valeur) et de produits laitiers (-17% en valeur).

En produits laitiers, les replis d’importations en volume ont concerné tous les produits à l’exception du beurre et des laits infantiles.

Ces baisses n’ont cependant pas compensé les importations en hausse en valeur de soja (+15%) malgré une baisse volumes (-6%) et de la catégorie poissons et crustacés (+36% en valeur)

2022, une année difficile pour le secteur laitier chinois

Avec la contribution de Jean-Marc Chaumet

L’année 2022 aura été difficile pour la Chine. Le covid-19 a entrainé d’importants confinements mettant en péril l’économie générale du pays. C’est aussi une année où le nombre de morts a été supérieur aux naissances. La population baisse pour la première fois depuis 60 ans.

Les industries laitières annoncent d’importantes pertes économiques basées sur une collecte en forte hausse dans un contexte de moindre demande en produits laitiers. 

Hausse de la collecte malgré des coûts de production particulièrement élevés

En 2022, la collecte laitière en Chine a été supérieure de +6,8% /2021 selon les statistiques chinoises. Les analystes s’accordent plutôt pour une hausse entre +3 et +7% /2021 autour de 39 Mt.

Cette augmentation de la collecte est permise par une hausse du troupeau notamment grâce à des importations de bovins reproducteurs (+34% /2021 selon BOABC ce qui ferait près de 390 000 têtes).  

En 2021, un tiers des bovins importés par la Chine était en provenance de la Nouvelle-Zélande. Toutefois, ces échanges prendront fin en avril 2023 car la Nouvelle-Zélande a voté en septembre 2022 l’interdiction des exportations d’animaux vivants (bien-être animal). Cette interdiction fait suite, notamment, au naufrage en 2020 du Gulf Livestock 1 qui a tué 41 membres d’équipage et 6 000 bovins.  

En 2022, les coûts de production et surtout les coûts d’alimentation ont fortement augmenté (à dire d’expert environ +25% en un an). En effet, la production agricole céréalière chinoise a fait face à une météo adverse durant l’été. Début janvier 2023, le prix moyen du maïs en Chine était de 3,03 yuans/kg, soit une hausse de 5,2% /2022 et du tourteau de soja était de 4,97 yuans/kg, en hausse de 30% /2022. Par ailleurs, le foin de luzerne aurait augmenté de près de +35% en un an.

Dans le même temps, les prix du lait en Chine se sont dégradés durant l’année (-4% à 4,12 RMB/kg soit 55,8 c€/kg contre près de 60 c€/kg en décembre 2021), pénalisant encore davantage les petits éleveurs. De plus, il semblerait qu’il y ait un écart important entre le prix du lait officiel pour le premier trimestre 2023 à 4,10 RMB/kg dans la province de Hebei et le prix payé car le comité agricole a proposé de baisser les prix à 3,85 RMB/kg.

Vers plus de méga fermes

En février 2022, le ministère de l’Agriculture et des Affaires rurales a publié son plan quinquennal pour améliorer la compétitivité de l’industrie laitière. L’objectif est d’atteindre les 41 Mt de production de lait d’ici à 2025 (ce qui pourrait être atteint dès 2023).

Pour cela, le gouvernement chinois a demandé aux provinces de subventionner la production de lait car elle est stratégique. Par exemple, la province du Liaoning va investir dans la logistique afin d’améliorer la chaine du froid notamment pour les produits laitiers.

De son côté, le gouvernement local de Jilin prévoit une subvention de 10 000 yuans/kg pour l’importation de taureau reproducteur et de 1 000 yuans/kg pour chaque vache pleine. Ces subventions vont surtout favoriser les grandes fermes, seules exploitations capables d’acheter ces bovins importés.

À dire d’experts, ces grandes fermes (supérieures à 100 vaches) représentent dorénavant 70% des exploitations laitières du pays avec en moyenne 7 430 vaches/exploitation. Dans la province du Ningxia, les fermes de plus de 500 vaches représentent 66% des exploitations laitières.

Dans la province de la Mongolie Intérieure (première productrice de lait), 23 méga fermes (>5 000 vaches) ont été construites en 2021, entrainant une hausse du cheptel de la province de +80 000 vaches. En 2022, 41 nouvelles fermes ont été construites (+100 000 vaches). Pour 2023, 15 fermes sont en cours de construction.

Dans le Shandong, 27 méga fermes ont été construites en 2021, 2 auraient vu le jour depuis en 2022.

A l’inverse, certains petits producteurs doivent cesser leur activité laitière car les transformateurs ne souhaitent plus venir les collecter, notamment ceux qui produisent moins de 10 000 litres/jour.

Difficultés de la transformation

La majeure part des fabrications chinoises est orientée vers les « produits liquides » tels que le lait de consommation UHT ou pasteurisé, les yaourts et produits fermentés.

Cependant, cette année, entre les confinements des grandes villes dus au covid-19 (fermeture des restaurants et supermarché, perte d’emploi) et l’inflation, le budget des ménages alloué aux produits laitiers est réduit. La consommation de lait liquide et de yaourts est donc fortement réduite. Selon BOABC, les ventes en ligne de 4 catégories de produits laitiers (produits laitiers à basse température, produits laitiers à température ambiante, produits à base de lait de chèvre et laits en poudre) ont baissé de 36% sur les 9 premiers mois de 2022. Selon un analyste chinois, c’est la première fois en vingt ans qu’il constate une baisse de la demande en produits laitiers.

Quand cela était possible, le lait supplémentaire a été séché en poudres de lait grasses. Toutefois, les capacités de séchage sont nettement inférieures au lait disponible.

Les coûts d’alimentation élevés et un marché atone exercent une pression forte sur la production laitière depuis plusieurs semaines. Entre l’impact du Covid-19 sur la consommation de produits laitiers et l’expansion accélérée de l’élevage laitier à travers davantage de mégafermes au cours des deux dernières années, l’équilibre entre l’offre et la demande de lait a été rompu.

Dans les circonstances actuelles, de grandes exploitations maintiennent à peine leur activité et les fermes de petites et moyennes tailles se retrouvent dans des situations difficiles car moins capables de résister à la volatilité du marché. Certaines n’avaient pas encore reçu de contrat de collecte avant la fin 2022. Des transformateurs ont commencé à limiter leur collecte de lait, notamment en ne pas renouvelant pas des contrats avec des éleveurs.

Aussi de plus en plus de journaux chinois remontent des échos de lait jeté et de vaches abattues. Les éleveurs cherchent à les engraisser pour la viande mais au vu des couts d’aliment, l’opération n’est guère rentable.

Selon un article de la Hebei Dairy Association, l’excédent de lait cru séché en poudre serait de 4 000 t/jour dans la province de Hebei. Les coûts de séchage seraient nettement supérieurs aux prix de vente possible actuellement.  Pour soutenir les grands groupes laitiers, les principales régions de production comme la Mongolie intérieure aurait prolongé les subventions pour la production du poudres grasses jusqu’en 2023 (USDA).

Plusieurs transformateurs laitiers ont déjà annoncé que leurs résultats 2022 seraient décevants, pas seulement dans les laits infantiles, avec des bénéfices en recul. Après un bon premier semestre, les résultats pour le 3ème trimestre 2022 du premier laitier chinois, Yili, ont déjà affiché un bénéfice en recul de 27%, malgré une hausse du chiffre d’affaires de près de 7%, entraînant une chute du cours en bourse de 10%.

À quoi ressemblera 2023 ?

La levée de la stratégie zéro covid à la fin 2022 va certainement permettre aux consommateurs de retourner dans les restaurants et supermarchés. La consommation de produits laitiers sur les derniers mois de 2022 et pour les festivités du Nouvel An pourrait se reprendre. Mais si la reprise des ventes pendant le Nouvel An chinois ne répond pas aux attentes des industriels, la pression sur la production laitière sera encore plus grande au cours des semaines à venir.

Toutefois, au-delà de cette période, la baisse de pouvoir d’achat des ménages laisse des doutes sur un retour durable de la consommation en produits frais (lait de consommation et yaourts), même si la croissance de la consommation des ménages semble être une des priorités des autorités chinoises : 25 des 31 provinces du pays ont érigé cette consommation comme une des priorités pour 2023.

Sur les produits secs, malgré des baisses d’importations de poudres en 2022 (-21% en poudre maigre et -17 % en poudres grasses), la hausse des fabrications locales entraine la création de stocks particulièrement importants. Dans ce contexte, il semble difficile d’imaginer un fort retour de la Chine aux achats.

En revanche, les produits tels que le beurre, la crème, le fromage et les poudres de lait infantile et pour séniors devraient toujours bénéficier d’une forte demande notamment à l’import.

Ces perspectives restent également dépendantes du contexte sanitaire et économique dans le pays et en l’absence de guerre à Taiwan.

Rebond de la demande chinoise en poudres de lait infantile

Sur 2022, la demande en poudres infantiles est ressortie très forte sur le premier trimestre (+40% /2021) mais les importations ont fortement ralenti au deuxième et troisième trimestre (-10% /2021 en cumul sur septembre). Elles semblent s’accélérer sur la fin de l’année car elles augmentent de +5,5% sur la période janv-nov 2022 /2021.

Cette hausse n’est pas homogène entre les différents exportateurs car cela profite majoritairement aux Pays Bas et à la France.  

En effet, les exportations néerlandaises sont particulièrement conséquentes sur le dernier trimestre 2022. Sur le mois d’octobre, les volumes exportés vers la Chine ont quasiment doublé par rapport au même mois en 2021. Il ne s’agit pas d’un rattrapage car les volumes sur les autres mois de l’année étaient similaires à 2021. Les Néerlandais ont compensé de moindres exports vers la Russie et Hong Kong et surtout augmenté de près de +30% leurs exportations tous pays confondus.

Hausse de la production de lait attendue sur 2022

Les coûts de production en Chine sont supérieurs aux années précédentes notamment en alimentation du bétail. Par ailleurs, les prix du lait ont chuté par rapport à 2021. En effet, la consommation intérieure est en repli en raison de la politique zéro-Covid (très faible fréquentation des restaurants et confinements). Les prix affichent néanmoins une grande stabilité depuis plusieurs mois et demeurent nettement supérieurs aux deux années précédentes.


Dans ce contexte, les marges des éleveurs laitiers sont réduites. Pourtant, la production de lait chinoise devrait ressortir en hausse en 2022. Selon les prévisions de l’USDA, elle atteindrait 39,2 Mt soit +6 % /2021.
Cette augmentation est notamment permise par une très forte politique de soutien du gouvernement chinois mise en œuvre à l’échelle des Provinces. Cela se traduit par des aides directes aux éleveurs ou aux entreprises de transformation pour aider à l’investissement.

Les importations chinoises de beurre reprennent

La consommation de beurre en Chine augmente fortement chaque année, ce qui se traduit par des importations toujours plus fortes. En 2021, l’empire du Milieu a importé près de 130 000 tonnes de beurre, soit environ un tiers des fabrications françaises.

Au premier semestre 2022, les importations de beurre avaient reculé par rapport à 2021 (-7,5% sur janv-juin), suivant la même tendance que les autres produits laitiers. Toutefois, la baisse des prix du beurre en Nouvelle-Zélande en juillet a permis aux échanges de s’intensifier. L’écart de volumes par rapport à 2021 s’est atténué sur les mois d’été et ressort positif au mois de septembre (+1% sur les 9 mois /2021). Les importations depuis la Nouvelle-Zélande sont en hausse de +9% au détriment de plusieurs pays européens et de l’Australie.

Quelle est la situation du secteur laitier chinois ?

La production de lait demeure dynamique cette année mais pourrait, elle aussi, être impactée par une météo estivale très chaude et des marges des éleveurs dégradées.

Les regards sont tournés vers les importations chinoises qui sont en net repli cette année 2022. Quelles sont les perspectives de demande ?

Production laitière toujours croissante

La production de lait en Chine est très dynamique selon les statistiques nationales. En hausse de +9% l’an passé, elle afficherait une croissance de +5% /2021 sur la période janvier-juillet 2022 selon BOABC. Les statistiques nationales seraient plus optimistes avec une hausse de +8,4% sur le premier semestre selon NBS. Cette croissance serait due à un cheptel plus important et de meilleurs rendements.

Toutefois, les conditions climatiques de l’été ont également été particulièrement chaudes et sèches, ce qui peut avoir touché la production de lait comme de fourrages.

Les prix du lait en Chine enregistrent une baisse depuis le début de l’année civile qui peut s’expliquer par la hausse de la production locale et par une demande intérieure plus faible due au covid-19 et notamment aux confinements dans les grandes villes.

Toutefois, sur la fin du mois d’août dernier, les prix du lait ont légèrement augmenté, d’1 cent de RMB/kg de lait. Si ce changement de tendance doit être consolidé dans les semaines à venir, cette augmentation pourrait être juste saisonnière ou signifier soit une reprise de la demande intérieure et serait donc une incitation à la production, soit un indicateur de baisse des volumes de lait. Quoi qu’il en soit, si la hausse des prix est durable, elle sera la bienvenue pour les éleveurs qui souffrent en Chine également de couts de production élevés, notamment coût d’alimentation (tourteau de soja).

Si la hausse du prix se poursuivait et sous réserve d’une météo favorable, la production laitière pourrait donc poursuivre sa croissance dans l’empire du Milieu. Rabobank l’estime à +5% au second semestre 2022 si les marges des éleveurs ne sont pas écrasées davantage.

Fabrications de produits laitiers – Source : CLAL

Malgré l’accroissement des volumes de lait, les fabrications de produits laitiers n’auraient progressé que de +1% sur le premier semestre 2022 /2021. En effet, les mois de mars et avril sont ressortis en retrait par rapport à l’an dernier. Cela serait dû à des difficultés logistiques et de main d’œuvre à la suite des confinements stricts imposés face au covid-19 et. Le recul de la production en juillet et août pourrait découler de la météo estivale défavorables et des marges dégradées.

Importations en net retrait

Les importations d’ingrédients laitiers sont inférieures à l’an passé. La hausse de la collecte intérieure, les difficultés logistiques mondiales et les moindres disponibilités chez les exportateurs conduisent à un repli des importations de lait liquides, de -26% /2021 de janvier à juillet, principalement en provenance d’Allemagne et de Nouvelle-Zélande. Les importations de matières grasses, crème (-9,5%) et de beurre (-2%), résistent mieux. Seules les importations de lait infantiles se rétablissent et dépassent légèrement (+3% sur janvier août leur niveau de 2021.

Les exportateurs de poudres maigres et grasses ne sont pas touchés de la même manière. En poudres grasses, la Nouvelle-Zélande qui fournit 90% des importations chinoises, a réduit de 111 000 t, soit -18%, ses livraisons à 510 000 t sur la période janvier-aout. Au vu de l’importance du volume en moins qui s’ajoute à des baisses de demande notamment du Sri Lanka, la Nouvelle-Zélande n’a pas pu substituer ces tonnages et les exportations sont en baisse de -18% sur la même période. La moindre demande a entrainé une chute des prix des poudres grasses en Nouvelle-Zélande, au point de devenir mois chères que la poudre maigre.

Sur la poudre maigre, les parts de marché sont mieux réparties mais la Nouvelle-Zélande fournit tout de même 40% des importations chinoises. Malgré le recul des ventes Chine, la Nouvelle-Zélande a su trouver de nouveaux marchés en Asie du Sud Est où ses exports sont en hausse de +4% sur janvier-août /2021. Pour les États-Unis, la Chine représente seulement 6% de leurs envois, ce qui est modeste et influe peu. En revanche, la compétition entre la Nouvelle-Zélande et les États-Unis a des répercussions sur les prix, qui ont d’ailleurs baissé dans ces deux bassins. Enfin en Europe, la moindre demande de la Chine s’accompagne d’une moindre offre, ce qui a un impact relativement modéré sur les prix.

Pourquoi la Chine importe-elle moins ?

Si la baisse de la demande chinoise est relativement importante d’une année sur l’autre, cela tient aux importations exceptionnellement élevées en 2021. Les volumes importés en 2022 sont assez proches de ceux de 2020.

En 2021, Les importations supplémentaires avaient surtout étoffé les stocks comme le montre le graphique ci-dessous. La moindre présence aux achats cette année permet donc de déstocker. Au vu des prix élevés de la poudre maigre et des stocks encore relativement élevés, les acheteurs chinois peuvent encore patienter. 

Pour autant, toujours selon les chiffres de BOABC, la consommation domestique semble marquer le pas ces derniers mois. La demande chute sous la courbe de tendance en mars au moment du confinements de grandes villes comme durant la première période de confinement au début 2020. Une partie de la poudre maigre est utilisée dans les restaurants, qui peinent à retrouver leur clientèle même quand les confinements sont levés dans les villes.

Dans ce contexte, il parait encore trop optimiste d’envisager un rebond des importations de poudres de lait d’ici la fin d’année 2022.

Pas de rebond visible des importations de poudres

Les importations chinoises de poudres de lait sont toujours ralenties. Au mois de juillet 2022, les volumes de poudres de lait écrémé et entier ont été presque divisé par deux par rapport au mois de juillet 2021, qui étaient élevés par rapport aux années précédentes.

En cumul depuis le début de l’année 2022, les importations de poudre maigre se replient de -28 % et celles de poudres grasses de -11,4% par rapport aux sept premiers mois de 2021. Les origines océaniennes sont davantage pénalisées en poudres grasses (-13% en provenance de Nouvelle-Zélande et -15% en provenance d’Australie) tandis que celles sud-américaines augmentent (+39% pour l’Uruguay et x3,6 depuis l’Argentine).

Poursuite de la baisse des imports chinois de produits laitiers en mai

Sans surprise au vu des difficultés logistiques au niveau des ports chinois, les importations continuent de se replier. Seules les importations de fromages et de poudres de lait infantile parviennent au mois de mai à rebondir par rapport à 2021. Cela pourrait s’expliquer par le fait qu’une partie pourrait avoir transité par voie aérienne.

Les importations de poudre de lait entier ont chuté au mois de mai de -35% /2021. Toutefois, en cumul sur les cinq mois de l’année, les volumes sont similaires à l’an passé. En effet, les échanges ont été particulièrement conséquents en ce début d’année 2022 comparé à 2021 tandis que l’an passé à cette période, la demande avait été plus forte que les années précédentes.

Marchés laitiers : Logistique perturbée et demande chinoise en baisse

Les importations chinoises du mois de mars ont été publiées et celles-ci, sans surprise, ressortent en baisse. Cette tendance s’observait déjà sur les deux premiers mois de l’année, sauf pour la poudre grasse mais la politique zéro-covid a fortement perturbé la logistique maritime.

En effet, le port de Shanghai tourne au ralenti. Le personnel sur place est confiné sur le lieu de travail afin de maintenir l’ouverture du port. Toutefois, les rotations des camions sont difficiles au vu de restrictions de confinement imposées aux chauffeurs. Dans ce contexte, le port est congestionné et près de 700 bateaux seraient en attente au large, soit plus du double de l’an dernier pourtant déjà un pic selon VesselsValue.

Ensemble des cargos positionnés devant le port de Shanghai

Source : Marine Traffic – Ensemble des cargos positionnés devant le port de Shanghai

Dans ce contexte, les containers sont immobilisés et donc non disponibles pour d’autres trajets. Le nombre de containers frigo est plus restreint et donc plus sensible encore. De plus, quand un bateau part vers la Chine, le temps de déchargement est inconnu. Outre les frais de fonctionnement importants et le coût énergétique de maintien de la température, certains produits laitiers ont des délais de consommation courts (certains fromages par exemple). Les exportateurs vont certainement se montrer prudents dans les mois à venir et réduire les envois au profit des poudres.

Tous les exportateurs ne sont pas égaux face à cette situation. En effet, les exportateurs européens pourront toujours satisfaire en premier le marché intérieur où la demande reste forte et les stocks quasi-inexistants dans un contexte de baisse de la collecte. En revanche, les exportateurs néo-zélandais ne pourront se tourner vers leur marché intérieur et leur dépendance vis-à-vis du marché chinois est particulièrement conséquente.

Par ailleurs, le confinement de certaines grandes villes chinoises réduit les opportunités de consommation de produits laitiers. Cette demande est donc détruite et cela pourrait finir par peser alors que les confinements n’en finissent pas.

Les importations de laits liquides ont baissé de -15% /2021 sur janv-mars 2022. Les envois de l’Allemagne et de l’Australie se maintiennent mais ceux de la Nouvelle-Zélande ont chuté de -23%.

Les importations de fromages ont chuté de -20% sur les trois premiers mois de l’année (-30% en provenance de Nouvelle-Zélande). Les disponibilités néo-zélandaises sont certes moins fortes que l’an passé en raison d’une baisse de la collecte, mais celles-ci sont également perturbées par une moindre main d’œuvre (hausse des infections au Covid-19 sur cette période).

Dans ce contexte, seules les importations de poudres de lait entier semblent se démarquer avec 359 000 t en cumul contre 326 000 t l’an passé. Toutefois dans le détail, la hausse a été faite en janv-fev 22/21 (+24%) tandis que celles en mars (-31%) sont tout autant touchées que les autres. La demande se maintient pour le moment car la consommation de poudres grasses est importante en Chine pour les industries notamment du secteur de la boulangerie-pâtisserie (qui risque, toutefois, d’être impacté par les confinements) mais aussi en raison d’un prix relatif de La poudre de lait entier en Nouvelle-Zélande moins cher que celui de la poudre maigre combinée à la matière grasse (crème/beurre).

Demande chinoise hétérogène pour le début d’année 2022

Les mois de janvier et février sont, en général, d’importants mois pour les importations chinoises de produits laitiers car les droits de douanes en provenance notamment de la Nouvelle-Zélande sont nuls dans la limite de 188 094 t de poudres (code 0402).

Toutefois, seules les importations de poudres grasses sont en hausse en ce début d’année 2022 notamment en provenance de Nouvelle-Zélande (+22 % vs janv-fev21 à 284 000 t). De fortes progressions de volumes sont aussi enregistrés pour l’Uruguay, la Biélorussie, la France et l’Irlande au détriment de l’Australie et des Pays-Bas.

Les autres produits laitiers ne sont plus soumis à des contingents tarifaires, ce qui peut expliquer la moindre bataille pour exporter ces produits.

Dans le même temps, le Covid-19 repart en Chine et pousse les autorités à renforcer les mesures douanières sur les importations alimentaires (désinfection obligatoire depuis le 1er janvier 2022). Les dépistages augmentent les délais de déchargement, ce qui peut être problématique sur des produits frais. Certaines villes sont confinées ce qui se répercutera sur la demande. Celles-ci pourraient décider de suspendre les importations de produits alimentaires étrangers pour éviter des contaminations au Covid-19.

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