Marchés laitiers : Logistique perturbée et demande chinoise en baisse

Les importations chinoises du mois de mars ont été publiées et celles-ci, sans surprise, ressortent en baisse. Cette tendance s’observait déjà sur les deux premiers mois de l’année, sauf pour la poudre grasse mais la politique zéro-covid a fortement perturbé la logistique maritime.

En effet, le port de Shanghai tourne au ralenti. Le personnel sur place est confiné sur le lieu de travail afin de maintenir l’ouverture du port. Toutefois, les rotations des camions sont difficiles au vu de restrictions de confinement imposées aux chauffeurs. Dans ce contexte, le port est congestionné et près de 700 bateaux seraient en attente au large, soit plus du double de l’an dernier pourtant déjà un pic selon VesselsValue.

Ensemble des cargos positionnés devant le port de Shanghai

Source : Marine Traffic – Ensemble des cargos positionnés devant le port de Shanghai

Dans ce contexte, les containers sont immobilisés et donc non disponibles pour d’autres trajets. Le nombre de containers frigo est plus restreint et donc plus sensible encore. De plus, quand un bateau part vers la Chine, le temps de déchargement est inconnu. Outre les frais de fonctionnement importants et le coût énergétique de maintien de la température, certains produits laitiers ont des délais de consommation courts (certains fromages par exemple). Les exportateurs vont certainement se montrer prudents dans les mois à venir et réduire les envois au profit des poudres.

Tous les exportateurs ne sont pas égaux face à cette situation. En effet, les exportateurs européens pourront toujours satisfaire en premier le marché intérieur où la demande reste forte et les stocks quasi-inexistants dans un contexte de baisse de la collecte. En revanche, les exportateurs néo-zélandais ne pourront se tourner vers leur marché intérieur et leur dépendance vis-à-vis du marché chinois est particulièrement conséquente.

Par ailleurs, le confinement de certaines grandes villes chinoises réduit les opportunités de consommation de produits laitiers. Cette demande est donc détruite et cela pourrait finir par peser alors que les confinements n’en finissent pas.

Les importations de laits liquides ont baissé de -15% /2021 sur janv-mars 2022. Les envois de l’Allemagne et de l’Australie se maintiennent mais ceux de la Nouvelle-Zélande ont chuté de -23%.

Les importations de fromages ont chuté de -20% sur les trois premiers mois de l’année (-30% en provenance de Nouvelle-Zélande). Les disponibilités néo-zélandaises sont certes moins fortes que l’an passé en raison d’une baisse de la collecte, mais celles-ci sont également perturbées par une moindre main d’œuvre (hausse des infections au Covid-19 sur cette période).

Dans ce contexte, seules les importations de poudres de lait entier semblent se démarquer avec 359 000 t en cumul contre 326 000 t l’an passé. Toutefois dans le détail, la hausse a été faite en janv-fev 22/21 (+24%) tandis que celles en mars (-31%) sont tout autant touchées que les autres. La demande se maintient pour le moment car la consommation de poudres grasses est importante en Chine pour les industries notamment du secteur de la boulangerie-pâtisserie (qui risque, toutefois, d’être impacté par les confinements) mais aussi en raison d’un prix relatif de La poudre de lait entier en Nouvelle-Zélande moins cher que celui de la poudre maigre combinée à la matière grasse (crème/beurre).

Demande chinoise hétérogène pour le début d’année 2022

Les mois de janvier et février sont, en général, d’importants mois pour les importations chinoises de produits laitiers car les droits de douanes en provenance notamment de la Nouvelle-Zélande sont nuls dans la limite de 188 094 t de poudres (code 0402).

Toutefois, seules les importations de poudres grasses sont en hausse en ce début d’année 2022 notamment en provenance de Nouvelle-Zélande (+22 % vs janv-fev21 à 284 000 t). De fortes progressions de volumes sont aussi enregistrés pour l’Uruguay, la Biélorussie, la France et l’Irlande au détriment de l’Australie et des Pays-Bas.

Les autres produits laitiers ne sont plus soumis à des contingents tarifaires, ce qui peut expliquer la moindre bataille pour exporter ces produits.

Dans le même temps, le Covid-19 repart en Chine et pousse les autorités à renforcer les mesures douanières sur les importations alimentaires (désinfection obligatoire depuis le 1er janvier 2022). Les dépistages augmentent les délais de déchargement, ce qui peut être problématique sur des produits frais. Certaines villes sont confinées ce qui se répercutera sur la demande. Celles-ci pourraient décider de suspendre les importations de produits alimentaires étrangers pour éviter des contaminations au Covid-19.

Baisse des prix du lait en Chine

Ces dernières années, la forte hausse des prix du lait a poussé de nombreux transformateurs à investir dans l’amont. Des génisses ont d’ailleurs été importées pour augmenter la taille des cheptels et les rendements par vache. Dans ce contexte, la production de lait en Chine a augmenté ces dernières années. En 2021, la production est estimée à 34,6 Mt contre 34,4 Mt en 2020. Cette croissance pourrait encore être présente en 2022. Toutefois, la hausse des matières premières combinée à la baisse des prix du lait pourrait changer la donne. En effet, le prix moyen du lait dans les 10 principales provinces s’affiche à 4,25 RMB/kg soit une baisse de -3% par rapport au maximum en août dernier.

La Chine a-t-elle accru ses stocks de produits laitiers en 2021 ?

La tendance des prix des ingrédients laitiers est fortement corrélée aux achats chinois depuis plusieurs années maintenant. La Chine absorbe le quart des échanges internationaux avec 22 millions de tonnes équivalent lait (TEL) sur les 88 M de TEL estimées par la FAO.

En 2021, les achats chinois ont encore progressé et réduit de presque autant l’offre mondiale pour d’autres pays importateurs dans un contexte de contraction de la ressource laitière chez les exportateurs en cette fin d’année.

Les opérateurs de la filière se demandent quelle en est la pérennité pour l’année à venir. L’ombre de 2014 plane. A l’époque, l’optimisme régnait au vu de la croissance rapide des besoins de l’empire du Milieu. La brusque pause des achats chinois et l’embargo russe combinés au dynamisme de la production laitière lors de la suppression des quotas laitiers en Europe en 2015, avait entrainé un fort déséquilibre entre l’offre et la demande mondiale et fait chuter les prix. Qu’en sera-t-il cette année ?

Forte hausse des importations de la Chine en 2021

La demande chinoise de produits laitiers a été particulièrement conséquente en 2021 malgré les difficultés logistiques à l’échelle mondiale. Les importations de matière grasse ont augmenté de près de +41% en crème et +13% en beurre. Les importations de poudre sont en hausse de +27% en poudre maigre et +32% en poudres grasses. Seule la demande en poudre de lait infantile a reculé de -22% sur 2021 /2020.

La Chine a ainsi asséché le marché mondial limitant les disponibilités pour les autres pays importateurs et a donc contribué à la hausse des prix mondiaux.

Au vu des difficultés logistiques à l’échelle mondiale, la Nouvelle-Zélande a su tirer parti de cette demande supplémentaire en passant des accords avec les transporteurs de containers internationaux. Ainsi, la dépendance de la Nouvelle-Zélande s’est, de fait, renforcée vis-à-vis du marché chinois qui a capté près de 51% des exportations totales de poudre de lait entier sur les onze premiers mois de 2021, contre 47% en 2020. De même en beurre, la part de marché de la Chine dans les exportations totales NZ est passée de 20% à 25% d’une année sur l’autre.

La demande en matière grasse explose

La consommation de beurre augmente en Chine notamment grâce au succès grandissant de la boulangerie et de la pâtisserie dans les grands centres urbains. La restauration hors domicile est également un poste de consommation.

La Nouvelle-Zélande, le premier exportateur de beurre mondial, et a fortement augmenté ses livraisons de beurre (+9% sur janv-nov 21 /2020) et de crème (+26%) vers la Chine tandis que ses exportations totales de beurre baissent. L’interdépendance des deux pays est importante car le beurre néo-zélandais représente 78 % des importations chinoises, et la crème made in New-Zeland environ la moitié des volumes.

La baisse de la collecte néo-zélandaise en deuxième partie de campagne 2021-2022, qui se termine en mai, se traduira nécessairement par une moindre fabrication de beurre. Il sera donc intéressant de voir si la Chine maintient son niveau d’achat en 2022 à des prix bien supérieurs. Si tel était le cas, cela priverait le marché mondial et notamment l’Australie, les Philippines, l’Arabie Saoudite ou encore la Russie pour ne citer que les plus gros importateurs de beurre NZ, conduisant nécessairement à des réajustements ou poursuite de la hausse des prix.

L’Union européenne est le deuxième fournisseur en beurre de la Chine, avec en tête la France, les Pays-Bas et l’Allemagne. La progression de l’Irlande est importante car les volumes sont passés sur 11 mois de 600 t en 2020 à 1 940 t en 2021, ce volume devient supérieur à ceux de l’Allemagne.

Dans ce contexte de tension de l’offre à l’échelle mondiale, la forte demande du marché international permet de maintenir les prix sur des niveaux élevés. Les exports mensuels européens de beurre sont globalement stables, compris entre 15 et 20 000 t, sauf quelques exceptions durant le pic laitier. Toutefois, la saisonnalité est bien plus forte sur les exportations vers la Chine, qui comme le montre le graphique sont principalement faite au moment du pic laitier.

Les importations de poudres de lait ne sont pas en reste

Les importations de poudres grasses ont bondi de +32% sur la période de 2021/2020. Elles proviennent à près de 90 % de Nouvelle-Zélande et là aussi servent au secteur de la boulangerie/pâtisserie. Elles peuvent aussi être ajoutées à des boissons « santé » ou permettre d’augmenter la consommation de protéines animales.

Sur la poudre maigre, l’Océanie reste prédominante (près de 35 % de part de marché pour la Nouvelle-Zélande et 13 % pour l’Australie), suivie par l’UE-27 (environ 28%) et les Etats-Unis (près de 10%).

En effet, alors que les disponibilités aux Etats-Unis ne manquaient pas cette année, les volumes exportés vers la Chine ont doublé à plus de 44 000 t.

Dans l’UE, la saisonnalité du pic laitier reste visible dans les exportations surtout ceux de la France et l’Allemagne. Cette année, les volumes irlandais ont été légèrement décalés aux mois d’été.

Hausse des importations de fromages : effet de mode ou tendance long terme ?

Les importations de fromages ont augmenté de +36% en 2021/2020. Selon l’USDA, la consommation de fromages est de l’ordre de 0,2 kg/an/hab. soit très loin des standards européens de 18 kg/an/hab. Dans les régions laitières, certains habitants sont habitués à consommer du fromage fabriqué localement. La hausse de la consommation à l’échelle du pays se fait néanmoins sur de nouveaux modes de consommation. La Chine voit, elle aussi, la pizza gagner du terrain et augmente donc ses besoins en fromage type mozzarella. Les enfants sont aussi une nouvelle cible via des encas rapides à manger et souvent sucrés. Les fromages fondus sont ainsi privilégiés. Les fromages type parmesan (2100 t en 2021 en provenance d’Europe), gouda (4 300t) voire camembert (78 t) ou brie (105 tonnes UE) sont marginaux et approvisionnent le catering et quelques chaînes de la grande distribution, principalement à Shanghai.

Là aussi, la Nouvelle-Zélande reste prédominante mais l’UE-27 et les Etats-Unis sont également présents.

L’UE-27 a accru ses exportations de fromages, qui sont passées sur onze mois de 24 700 t en 2020 à 36 000 t en 2021. Cependant, cette progression n’a pas compensé le retrait du Royaume Uni, de -55 000 t sur la même période. Les exportations vers la Chine sont principalement des fromages frais dont de la mozzarella mais regroupent également des fromages à fondre ou râpé ainsi que des fromages à pâtes molles, demi-dures ou dures mais dans des quantités inférieures.

Les importations de fromages frais, dont la mozzarella, représentent en moyenne 66% des fromages états-uniens exportés vers la Chine. Les volumes de mozzarella sont en forte progression mais se réduisent durant le pic laitier malgré des fabrications assez stables autour de 170 000 tonnes mensuelles (cf graphique)

Mais les poudres infantiles sont délaissées

A l’inverse, les importations de poudre de lait infantile ont chuté preuve d’inflexion du comportement des parents chinois (-22% en 2021/2020). Certains se tournent vers des produits hauts de gamme et plus chers, comme des poudres issues de l’agriculture biologique, ou issues de lait d’autres animaux comme le lait de chèvre. D’autres privilégient désormais les laits infantiles fabriqués en Chine, d’autant que les fabricants nationaux ont d’avantage investi dans ces produits afin de compléter la gamme disponible. De plus, la règlementation chinoise a réduit le nombre de produits vendus pour une même marque et a imposé de nouvelles règles rendant plus long l’homologation des formules.

Dans ce contexte, les exportations européennes de poudre de lait infantile ont chuté de -24% /2020 vers la Chine.

Cette hausse est-elle liée à une augmentation de consommation ?

La question de la part consommée et de celle stockée est quasiment impossible à évaluer. Il est vrai que les tendances de consommation dans le pays demeurent globalement en hausse surtout en matière grasse liée à des changements de consommation. Le Covid-19 n’a pas dû changer fondamentalement la tendance, voire il a encouragé la consommation de produits laitiers. En effet, certaines publicités annoncent que ces produits permettent de mieux résister au Covid-19.

Par ailleurs, les problèmes logistiques provoqués par la crise sanitaire ont accru les délais de déchargement entrainant ainsi des concentrations de produits laitiers dans les ports ou en stockage flottant sur les bateaux. Cette incertitude quant à la livraison de la marchandise a pu provoquer des achats supplémentaires de précaution.

Dans ce contexte, il est probable que des stocks aient été faits. Au vu des prix mondiaux actuels, la Chine pourrait donc être moins présente durant l’année 2022 dans une certaine mesure.

Les chiffres d’importations au mois de décembre sont d’ailleurs décevants en volumes, ce qui pourrait n’être qu’un décalage vers le mois de janvier, ce qui sera à vérifier dans un mois. En effet, les contingents tarifaires à droits nuls de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie en début d’année, peuvent pousser certains acheteurs à attendre et ce d’autant plus que les prix sont élevés.

Quelle conjoncture pour 2022 ?

De nombreux opérateurs s’interrogent quant à un remake de 2014, année durant laquelle la demande chinoise et russe s’était brutalement repliée précipitant la chute des cours mondiaux des produits laitiers.

La première différence réside dans l’absence de dynamique laitière dans les principaux bassins excédentaires, en premier lieu dans l’UE. En 2015, la fin des quotas laitiers avait entrainé un fort rebond de la collecte européenne. Les voyants ne semblent pas au rendez-vous cette année pour que le scénario se reproduise. Outre la baisse de collecte plutôt structurelle chez les principaux pays producteurs européens, la conjoncture en termes de coûts de production n’incite pas à augmenter la collecte. Une baisse à court terme des prix de l’énergie et des intrants parait aujourd’hui peu probable.

Par ailleurs, la demande de l’Asie du Sud n’est pas non plus la même qu’en 2014. Celle-ci croît plus durablement avec moins d’à coup qu’en Chine et pourrait facilement s’intensifier dans les mois à venir si les cours mondiaux devenaient moins élevés.

Les marchés mondiaux des produits laitiers devraient demeurer fermes dans les prochains mois même en cas de moindres achats de la Chine, ce qui reste à confirmer. La principale force ou pouvoir de la Chine restant son imprévisibilité.

Rebond de la production laitière en Chine

Par Jean-Marc Chaumet


Après 10 ans de stagnation, la production laitière chinoise a, selon les données officielles, affiché deux années consécutives de hausse, en 2019 (+ 4% /2018) et 2020(+ 7,5% /2019). A 34,4 millions de tonnes en 2020, un nouveau record historique, le volume de lait produit a donc été supérieur de 14% à celui de 2008, année du scandale de la mélamine. La Chine se positionne ainsi en 5ème producteur mondial de lait, derrière l’Inde, les Etats-Unis, le Pakistan et la Russie.

Cette hausse de la production s’explique notamment par la croissance du cheptel laitier. Les constructions des très nombreuses nouvelles exploitations ont été alimentées par des importations de génisses en hausse (+30% /2019), en provenance de Nouvelle-Zélande, d’Australie et d’Uruguay.

La concentration géographique de la production se poursuit, avec 10 provinces chinoises qui produisent plus d’1 million de tonnes de lait, contre 8 en 2017, pour un total de 28,2 millions de tonnes, soit 82% de la production nationale, contre 70% en 2017.

La Mongolie intérieure occupe toujours la première place, avec 17,8% de la production totale, suivie du Heilongjiang (14,5%) et du Hebei (14,1%).

SI la production laitière reste dominée par les provinces de l’Est du pays, il faut noter la forte progression du Ningxia, province pauvre de l’Ouest, devenu un terrain fertile pour les investissements laitiers au cours des dernières années. Yili, Mengniu, Bright Dairy et New Hope, à la recherche de la maîtrise de leur approvisionnement en lait, ont augmenté leurs investissements dans le Ningxia qui est devenue la 5ème province laitière de Chine.

Un prix du lait au sommet qui pousse les transformateurs à investir dans l’amont

L’année 2020 a été marquée par une forte hausse du prix du lait en Chine. Entamée en 2019, la progression des cours a été interrompue par la crise de la Covid-19 au 1er semestre 2020, avant de reprendre au 2nd semestre pour atteindre 4,4 RMB/kg (0,55 €/l) et ainsi dépasser le précédent record historique de février 2014 (4,36 RMB/kg).

En moyenne sur l’année 2020, le prix moyen du lait s’établit à 4, 0 RMB/l, soit 0,49 €/l.

Cette hausse exponentielle des cours s’explique par une offre insuffisante pour répondre à la demande de lait local, notamment de lait liquide et de poudre de lait haut de gamme, dont les consommations ont été boostées par lors la pandémie de Covid-19.

Ces prix élevés permettent également d’amortir la forte hausse du coût alimentaire, dans le sillage de la progression des prix du maïs et du tourteau de soja. Les entreprises de production laitière ont ainsi pu accroître leurs profits. Les résultats du 1er semestre montrent, que malgré la baisse des prix et les ruptures de chaînes d’approvisionnement, les profits des principales entreprises étaient déjà en hausse (+17% /2019 pour Modern Dairy, +24% pour Yuanshengtai….). Ces bons résultats devraient permettre la poursuite des investissements dans la production laitière, à travers la construction de nouveaux élevages.

D’un autre côté, les prix élevés du lait poussent les transformateurs à intégrer la production de lait, pour limiter leur dépendance et maîtriser leur approvisionnement. La bataille pour les sources de lait s’est ainsi intensifiée après le déclenchement de l’épidémie de 2020. Rien qu’en 2020, 12 fusions et acquisitions de sources de lait ont eu lieu dans l’industrie laitière, dont 9 initiées par Yili et Mengniu. Les plus emblématiques sont :

  • En mai 2020, New Hope Dairy a acquis 100% du capital de Huanmei Dairy pour 1,711 milliard de RMB (217 millions €).
  • En juillet 2020, Mengniu est devenu le principal actionnaire de Shengmu pour 395 millions de dollars de Hong Kong (44 millions €).
  • Au 2nd semestre 2020, Yili est devenu le premier actionnaire de Zhongdi Dairy pour 1,8 milliards de dollars de Hong Kong (200 millions €)
  • En septembre 2020, Feihe a acquis 71% des actions de YuanShengtai pour 3 milliards de dollars de Hong-Kong (340 millions €).
  • En octobre 2020, Yili’s Youran a acquis la totalité du capital de Fonterra Chine pour 2,31 milliards de dollars de Hong Kong (261 millions €).

Yili a dépensé plus de 460 millions € en un an pour s’assurer un important approvisionnement en lait. La bataille entre les deux géants laitiers, Mengniu et Yili, s’intensifie donc pour racheter les grandes entreprises de production laitière encore indépendantes et asseoir leur domination sur la filière chinoise. Cette emprise croissante des grands groupes laitiers rend plus difficile la situation des petites entreprises de production laitière dépourvues de sources de lait stables qui devront supporter de plus grands risques de fluctuations des prix et des volumes de lait.

Mais cette offre insuffisante entraîne également des conséquences négatives. La première est une bataille acharnée entre transformateurs pour se procurer du lait, ce qui les pousse à renchérir sur les prix d’achat du lait et à lever la garde sur la qualité du lait collecté. Or cette priorisation de la quantité sur la qualité en période de prix élevés a été à l’origine du scandale de la mélamine en 2008. C’est ce qu’à rappeler l’Association de l’Industrie laitière chinois dans un document publié fin mars, demandant aux collecteurs de respecter les contrats en vigueur et de ne pas tirer les prix à la hausse dans cette bataille pour les volumes de lait.

La hausse des prix pourrait pèse également la compétitivité du lait chinois face aux importations.

Des importations chinoises contrastées

En 2020, la Chine continentale et Hong-Kong ont importé plus de 14 milliards de dollars de produits laitiers. La Chine continentale a elle seule a acheté 12,6 milliards de dollars, soit environ 12% des importations mondiales.

Ces importations ont évolué de manière contrastée.

Les volumes de poudres grasses et maigre importées ont reculé de -4% et -2% respectivement.

En janvier 2021, les importations de poudres grasses et maigre ont fortement progressé, tirées par les contingents à droits nuls dont bénéficient la Nouvelle Zélande et par les prix compétitifs de ses poudres grasses. Les achats de poudres grasses se sont réduits en février et pourraient poursuivre un rythme ralenti une partie de l’année, compte tenu de la hausse des cours néozélandais et des stocks apparemment importants en Chine. Les achats de poudres grasses se sont réduits en février et pourraient poursuivre un rythme ralenti une partie de l’année, compte tenu de la hausse des cours néozélandais et des stocks apparemment importants en Chine.

Les importations de poudres de lait infantile ont enregistré en 2020 leur premier repli depuis plus de 10 ans, qui s’est poursuivi début 2021 (-17%/2020). Elles représentent cependant toujours 40% des importations chinoises en valeur.

Ce recul des importations de poudre de laits infantile s’explique d’une part par la concurrence des marques locales s’intensifie grâce au regain de confiance des consommateurs dans les produits  « made in China ». D’autre part, le marché des poudres de lait infantile entame peut-être un recul de long terme, conséquence d’une baisse continue des naissances depuis 2016, malgré la fin de la politique de l’enfant unique. Ainsi, le président de l’Association de l’industrie laitière chinoise a conseillé aux entreprises qui se concentrent sur le lait en poudre pour nourrissons de se réorienter vers le lait en poudre pour adultes, comme le lait maternel pour les femmes enceintes ou pour les personnes âgées. Les poudres de lait infantile devraient ainsi devenir le noyau de la production des poudres de lait, autour duquel graviteront les produits destinés aux autres membres de la famille.

Les importations de laits liquides conditionnés ont fortement progressé (+16% /2019), après une hausse de +34% en 2019, pour atteindre le volume record à 845  millions de litres. La consommation de lait liquide a en effet été boostée par la crise de la Covid-19 favorisant la préférence des produits laitiers plus « frais» et «de qualité». Les produits importés, comme les produits locaux, en ont bénéficié. Les achats sur le marché international ont en effet réellement décollé au 2nd semestre 2020 et se sont poursuivis sur les 2 premiers mois de 2021, avec un bond de +62% /2020. L’Allemagne, la Nouvelle-Zélande et l’Australie  demeurent les trois principaux fournisseurs.

Les achats de poudre de lactosérum ont également fortement progressé en 2020 (+38% /2019), par rapport au faible volume enregistré en 2019, grâce à l’accord commercial signé entre les États-Unis et la Chine en janvier 2020 et à la reconstitution du cheptel porcin chinois. A 622 000 t, elles ont enregistré un record historique.


Dans la mouvance de la transition du « lait à boire » vers le « lait à manger », les importations de fromages et de beurre, mais également de crème ont progressé en 2020, pour atteindre de nouveaux records historiques. Relativement faibles en volume, elles représentent tout de même 5%, 4% et 2% de la valeur totale des produits laitiers importés, soit 11% au total.

Début 2021, la tendance s’est poursuivie pour le fromage et la crème, sauf pour le beurre dont les importations ont reculé, dans la prolongation d’un phénomène d’alternance de hausses et baisse, entre surstocks et manque de produits.

Jusqu’à présent les hausses de prix du lait à la production n’ont été que partiellement répercutée aux consommateurs par les transformateurs (entre 3% et 5% selon les entreprises), notamment grâce à l’utilisation et l’incorporation d’ingrédients laitiers importés moins chers. La demande chinoise en produits laitiers ne devrait donc pas être impactée par ces niveaux élevés de prix du lait, à moins que les coûts des ingrédients importés (poudres grasses et maigres) ne grimpent à leur tour dans les prochains mois.

Montée en puissance des leaders industriels laitiers chinois

Par Jean-Marc Chaumet

Le nouveau Top 20 des industriels laitiers publié par la Rabobank en août montre une nouvelle progression des 2 leaders chinois. Ainsi, Yili, dont le chiffre d’affaires a progressé de +13% /2018 en monnaie locale, est passé de la 8ème à la 5ème place. Il devance ainsi Fonterra et FrieslandCampina et se place juste derrière Danone. Mengniu a suivi le leader chinois en gagnant deux places pour se positionner au 8ème rang.

 

« Yili et Mengniu sont également 113ème et 129ème dans la liste 2019 des plus grosses entreprises chinoises, tous secteurs confondus, dont le 1er rang est dévolu à China Petroleum (400 milliards de dollars de chiffre d’affaires).

Ces classements illustrent la montée en puissance des deux entreprises chinoises. La publication de la Rabobank a été abondamment commentée par la presse chinoise qui y voit le résultat de nombreuses années d’effort du secteur laitier national qui ferait maintenant partie intégrante de la puissance de la Chine. Elle vient également conforter de nombreux experts chinois qui estiment que ce secteur a atteint les standards mondiaux aussi bien en termes de qualité sanitaire que d’innovation.

Le prochain objectif de Yili est d’ailleurs de devenir le numéro un mondial de l’industrie laitière et d’entrer dans le top cinq mondial des aliments santé.

Mais cette croissance n’est pas encore comparable à celle des autres entreprises du top 20. Les produits chinois n’ont pas encore conquis les consommateurs du monde entier.  Les deux leaders chinois réalisent la quasi-totalité de leur chiffre d’affaires à l’intérieur des frontières de leur pays tandis que la part des exportations ou des implantations à l’étranger de leurs concurrents directs (Nestlé, Lactalis, Danone, Fonterra, FrieslandCampina…) ne cesse de croître. Ils dépendent donc presque uniquement du marché chinois et ne sont pas encore devenues des Global Players.

Des exportations limitées

Déjà faibles avant 2008, les exportations de produits laitiers chinois se sont en effet effondrées après la crise de la mélamine. Elles ont peu à peu progressé pour dépasser 900 millions de dollars en 2019, mais sont destinées à près de 50% à Hong-Kong qui en réexporte une partie.

Ces exportations sont majoritairement composées de peptones à destination des Etats-Unis, du Japon et de la Russie, ainsi que poudres de lait infantile expédiées à Hong-Kong. Les exportations de poudres grasses, qui atteignaient 200 000 t en 2008 ont chuté et ne représentent plus que quelques milliers de tonnes.

En outre, des pays comme l’Inde, n’ont toujours pas levé l’embargo sur l’importation des fabrications laitières de l’Empire du Milieu.

Des implantations à l’étranger plus difficiles

Les investissements chinois dans le secteur laitier à l’étranger ont été largement documentés, qu’ils aient eu lieu en Nouvelle-Zélande, en Australie ou en Europe. Mais la majorité de ces achats ont pour but d’alimenter le marché chinois, notamment en poudres de lait infantile.

Depuis quelques années, les deux leaders chinois tentent de développer leur chiffre d’affaires sur de nouveaux marchés, alors que la compétition en Chine est féroce. Pour se forger une stature de global players, Yili et Mengniu doivent donc diversifier leurs débouchés en pénétrant d’autres marchés. La réputation des produits chinois n’aidant pas à leur exportation, leur stratégie consiste à transformer et vendre des produits laitiers fabriqués hors de Chine.

Des investissements dans les grands bassins laitiers ont poursuivi cet objectif. Certains produits de Mengniu fabriqués en Nouvelle-Zélande, comme la marque Deluxe, sont dorénavant exportés vers la Malaisie et le Cambodge, après Hong-Kong et Macao. En 2019, Mengniu a racheté le fabricant australien de poudres de lait infantile biologiques, Bellamy. La même année, Yili a racheté la coopérative néozélandaise, Westland, qui doit s’intégrer dans la « route de la soie laitière d’Yili » et permettre de « fournir au monde entier encore plus de produits incroyablement purs appréciés et qui ont la confiance des consommateurs du monde entier » d’après le directeur d’Yili.

Mais cette stratégie se heurte aux relations internationales tendues. Fin août 2020, Mengniu a annoncé ne pas avoir reçu l’autorisation du gouvernement australien pour racheter le 2ème transformateur laitier du pays, Lion Dairy au japonais Kirin. Le refus aurait été motivé pour des raisons diplomatiques qui peuvent s’expliquer par le récent regain de tension entre les deux pays qui s’est déjà matérialisé par des sanctions sur les exportations australiennes de viande bovine et d’orge.

Une autre solution consiste à investir dans les pays consommateurs, par rachat d’entreprises existantes ou par la création de nouveaux sites de fabrication. Les pays ciblés ne sont plus les grands bassins laitiers, mais les pays asiatiques proches de la Chine, où la consommation de produits laitiers progresse rapidement et qui sont inclus dans le projet chinois des « nouvelles routes de la soie », comme l’Indonésie et la Thaïlande.

L’Indonésie, importatrice nette de produits laitiers pour près de 75 % de ses besoins, est ainsi devenue la première cible des géants chinois.  Yili a créé une filiale en Indonésie « Green Asian Food Indonesia Co., Ltd » spécialisée dans les glaces. Mengniu a également ciblé ce pays où il a construit une usine de boissons lactées et de produits fermentés, Mengniu YoyiC Dairy Factory.

D’autres pays sont également ciblés. Fin 2018, Yili a annoncé l’acquisition du plus important fabricant de glaces de Thaïlande, Chomthana. La même année, Yili a émis l’intention de racheter 51 % d’un transformateur laitier pakistanais, dans l’objectif de prendre place sur ce marché et de poursuivre son internationalisation. Le projet n’est pas allé à son terme.

Mais la volonté des entreprises chinoise se heurte souvent à la réticence des pays cibles. Malaisie et le Myanmar ont exprimé des réserves sur des projets chinois chez eux, au point de refuser leur réalisation. En 2018, Yili avait émis l’intention de racheter 51% d’un transformateur laitier pakistanais, dans l’objectif de prendre place sur ce marché et de poursuivre son internationalisation. Mais ce projet n’a pas abouti.

La progression des leaders chinois va-t-elle se poursuivre en 2020 ?

Le 1er semestre 2020 a été marqué en Chine par l’apparition de la Covid-19 entraînant des ruptures dans les chaînes d’approvisionnement et une baisse de la consommation (lien vers dernier article lait). Cette situation a pesé sur les comptes des entreprises laitières, y compris les deux leaders nationaux. La croissance du chiffre d’affaires d’Yili au 1er semestre 2020 (+5%/ 2019) a été moitié moindre que la croissance moyenne des 5 années précédentes et la plus faible depuis 2016. Mais ce résultat a été supérieur aux attentes grâce à de très bonnes ventes au 2nd trimestre (+22,5% /2019), permettant d’effacer un mauvais premier trimestre.

Mengniu a connu un recul de l’activité (-6% /2019) pour la première fois depuis 2015. Son bénéfice net a chuté de près de 42% et est trois fois moindre que celui d’Yili. Ce fort repli des bénéfices s’explique par des dépenses supplémentaires de prévention et de contrôle des épidémies ainsi que de frais de marketing réduire les stocks accumulés au 1er trimestre.

 

Yili creuse donc l’écart avec son rival Mengniu. Plusieurs observateurs chinois estiment que le duo laitier chinois Yili-Mengniu pourrait donc vivre ses derniers instants pour laisser la place à un leader incontesté dans le pays.

Les résultats du premier semestre sont relativement disparates chez les autres transformateurs laitiers chinois. Bright Dairy, le n °3 national a enregistré une hausse de près de 10% de son chiffre d’affaires et de +16% de son bénéfice net. A l’inverse, les résultats des laiteries provinciales sont demeurés dans le rouge. New Hope affiche une baisse de 6% de son chiffre d’affaires et de 26% de ses bénéfices. Ceux de Yantang Dairy ont reculé de 10% mais demeurent positifs.

Les fabricants de poudres de lait infantile ont connu un début d’année 2020 faste. Le chiffre d’affaires de Feihe a bondi de près de 50% d’une année sur l’autre et son bénéfice a été multiplié par 2. Chez Ausnutria, les ventes ont grimpé de 23% et le bénéfice de 32%. Le chiffre d’affaires de Beingmate a affiché une hausse de 15% et les bénéfices ont plus que doublé.

Ces bons résultats des fabricants de poudres de lait infantile s’expliquent par les achats importants des familles qui, craignant la pénurie, ont constitué des stocks de précaution. De nombreux ménages sont en effet inquiétés de la rupture des chaînes d’approvisionnement au sein du pays, mais également à l’international, les principaux pays fournisseurs de poudres de lait infantile étant touchés par la pandémie. En outre, plusieurs canaux d’importation ont été interrompus depuis février, comme les envois privés par la poste et les achats sur des sites internet étrangers.

La Covid-19 affecte le secteur laitier début 2020, mais ne freine pas la dynamique

Par Jean-Marc Chaumet

 

Touchée dès le mois de janvier par la Covid-19, la Chine a mis en place juste avant le Nouvel An Chinois (25 janvier) des mesures de confinement strictes  pour tenter d’enrayer la propagation du virus. Ces mesures ont freiné le retour des employés chinois partis dans leur famille passer les vacances du Nouvel an. Elles ont également eu pour conséquence de limiter fortement la consommation hors-foyer, notamment dans les hôtels et restaurants mais également dans les écoles où plus de 20 millions d’élèves bénéficient d’une distribution de produits laitiers. De nombreux villages ont également mis en place des barrages interdisant la traversée, par peur de contamination, compliquant ainsi fortement le transport à travers le pays.

La production laitière touchée par les mesures sanitaires

Pour la production laitière, ces mesures se sont traduites par des interruptions de livraison de médicaments vétérinaires et d’aliments du bétail. D’une part, les usines, d’alimentation animale et de médicaments sont restées à l’arrêt pendant plus de deux semaines. A la mi-février, seules les 2/3 des entreprises d’alimentation animale avaient repris leur activité d’après les annonces officielles. D’autre part, le transport a été fortement perturbé par les barrages dressés à l’entrée des villages. La main d’œuvre fit également défaut dans les entreprises de production laitière. Il en a résulté une hausse des coûts de production chiffrés par les experts chinois à 10% au cours du 1er trimestre, liée à la rareté de l’alimentation, de la main d’œuvre et des transports, mais également aux mesures préventives face au Covid-19 (achat de moyens de protection, mesures de distanciation notamment dans les dortoirs…).

Dans le même temps, le prix du lait a commencé à reculer dès février. Alors qu’il était de 3,87 RMB/kg (0,50€/kg) en janvier, le prix moyen du lait des 10 premières provinces productrices n’affichait plus que 3,57 RMB/kg fin juin, un recul de près de -8% en 5 mois. Mi-juillet, il demeurait légèrement au-dessus à son niveau de 2019 (+1%). Mais cette moyenne nationale cache des baisses parfois plus importantes dans certaines régions, des entreprises ayant au plus fort de la crise annoncé des réajustements de prix deux fois par semaine.

Car face à la baisse de consommation, les transformateurs ont dû gérer des livraisons de lait supérieures à leurs débouchés. En outre, le manque de personnel a également affecté les capacités de transformation. Certaines laiteries ont refusé du lait et la plupart ont dû transformer l’excès de lait collecté en poudres grasses. Entre 10 000 et 15 000 tonnes de lait auraient ainsi quotidiennement été transformées en poudres grasses au plus fort de la crise en février. La fabrication de poudres grasses en grandes quantité s’explique d’une part par la saturation des stocks de produits de grande consommation (lait liquide, produits fermentés) mais également par l’absence de possibilité de report vers des produits à longue durée de conservation comme le mix produit poudre maigre/beurre ou les fromages. Au final, les estimations concernant les poudres grasses, montrent que les stocks auraient dépassé les 300 000 t au mois de mars 2020, soit le double des volumes de 2019.

Des nombreux éleveurs laitiers ont été dans l’obligation de jeter du lait, en raison des difficultés de transport pour acheminer leur production, mais également compte tenu de la situation des transformateurs (saturation des capacités de séchages, retour tardif des employés, manque de main d’œuvre, rupture de la chaîne d’approvisionnement en produits laitiers…) Début février, ce phénomène était rapporté dans 13 provinces du pays. Les élevages laitiers ne bénéficiant pas de contrats avec des transformateurs en grande majorité de petites fermes, et livrant à de petites structures, ont été les plus vulnérables dans cette situation.

Les grandes entreprises de production laitière ont pu compter sur le soutien des grands transformateurs laitiers qui ont débloqué des financements sous forme de prêts ou d’avances sur le paiement du lait. Afin d’encourager les transformateurs à collecter le lait, certaines provinces chinoises ont mis en place un système de subventions, de 0,2 RMB/kg de lait collecté.

Malgré l’impact du Covid-19, la production laitière nationale aurait progressé de près de 8% /2019 sur le premier semestre selon les données du Bureau national des Statistiques, confirmant la tendance affichée en 2019. Malgré des confirmations de terrain attestant d’une hausse de la collecte, ce chiffre semble cependant très élevé. Les données annuelles du Bureau National des Statistiques permettront peut-être d’avoir dans 6 mois une autre estimation de la production.

Le recul de la consommation a affecté les résultats des transformateurs

Les résultats économiques des transformateurs sur les 3 premiers mois de l’année ont été fortement impactés par une hausse des coûts de fabrication et une baisse des ventes, notamment lors du Nouvel An chinois. Les ventes de produits laitiers lors des 10 jours de congés du Nouvel An chinois représenteraient entre 10% et 12% du chiffre d’affaires annuel. Les consommateurs chinois ont pris l’habitude d’offrir aux membres de leur famille ou à leurs amis lors de visites de courtoisie des produits laitiers haut de gamme, sur lesquels les transformateurs chinois réalisent l’essentiel de leurs marges. Représentant habituellement environ 25% des achats pendant le Nouvel An, la proportion des « cadeaux » aurait été divisée par 3 cette année.

Les ventes ont été affectées par la baisse des achats au détail, mais également par le recul des ventes dans les restaurants, les cinémas…Les entreprises ont tenté de compenser ces baisses d’activité par la mise en place de ventes à domicile, d’achats de groupes dans les résidences sans que les acheteurs ne sortent de l’enceinte, et par les ventes sur internet. Sur le 1er trimestre, les ventes à domicile auraient doublé pour le lait liquide et les yaourts et augmenté de près de 40% pour les poudres infantiles.

Si le prix facial des produits n’a pas baissé, les transformateurs se sont vus contraints de procéder à d’importantes promotions pour écouler leurs produits, entraînant une baisse du prix de vente moyen. Les coûts de main-d’œuvre, de fabrication, de stockage ont augmenté. La durée moyenne de stockage des produits d’Yili a par exemple bondi de 60% au plus fort de la crise. Les transformateurs ont également été incités à faire des dons d’argent ou de produits, notamment pour les hôpitaux.

Ainsi, le chiffre d’affaires des 561 transformateurs chinois (dont le chiffre d’affaires annuel dépasse 20 millions de RMB) a reculé de 2% sur le 1er trimestre et les profits de 65%. 70% de ses sociétés ont annoncé une baisse de leur résultat et le nombre de celles enregistrant des pertes a doublé par rapport à 2019 pour atteindre près de 40% du total. Mais les ventes auraient progressé en avril et mai, permettant un rebond du chiffre d’affaires sur les 5 premiers mois de l’année de plus de 3% /2019.

Toutes les entreprises n’ont pas été touchées avec la même intensité.

Les transformateurs régionaux fabricants du lait liquide et/ou des produits laitiers frais ont été les plus touchés, affichant une baisse du chiffre d’affaire et des profits de -7% et -90% respectivement. Ainsi Yantang a vu son bénéfice chuter de 90%, Sanyuan enregistre près de 120 millions de RMB (15 millions €) de pertes, New Hope plus de 40 millions (5 millions €)…

A l’inverse, le chiffre d’affaire et les profits des fabricants de poudres de lait infantiles, comme Feihe ou Ausnutria, ont progressé de 17% et 63% respectivement. Cette évolution à contre-courant s’expliquerait par les achats importants des ménages craignant la pénurie, et la constitution de stocks par les familles. De nombreux ménages  sont en effet inquiétés de la rupture des chaînes d’approvisionnement au sein du pays, mais également à l’international, les principaux pays fournisseurs de poudres de lait infantiles étant touchés par la pandémie. En outre, plusieurs canaux d’importation ont été interrompus depuis février, comme les envois privés par la poste et les achats sur des sites internet étrangers.

Les leaders laitiers chinois ne sont pas épargnés. Le chiffre d’affaire de Yili a ainsi reculé de 11% et son bénéfice a été divisé par 2.

Une des conséquences de la Covid-19 pourrait donc être une accélération de la concentration du secteur de la transformation à travers la fermeture de petites et moyennes laiteries durement touchées par la crise.

Les annonces d’investissements montrent une confiance dans l’avenir du secteur laitier

Depuis avril, de nombreuses annonces de création d’exploitations laitières ont fleuri, démontrant la volonté de la filière de ne pas laisser la crise sanitaire perturber son développement. Ainsi, en mars, Junlebao a débuté la construction d’une exploitation de 12 000 têtes dans le Hebei. En avril, le leader Yili et Ningxia Nongken Group ont annoncé un projet d’exploitation de 50 000 têtes. La même société prévoit d’investir environ 12 milliards de yuans (soit 13% de son chiffre d’affaires 2019) dans le Shandong de 2020 à 2025 pour construire 30 fermes de démonstration standardisées de 6 000 à 12 000 têtes. Enfin, Yili a commencé en juin la construction d’un site modèle « écologique » de 300 000 animaux laitiers en Mongolie intérieure. Toujours en Mongolie intérieure, Youran Farming va créer trois fermes à Hohhot, de 6 000, 10 000 et 12 000 têtes.

Ce cycle d’investissement dans la production semble destiné à sécuriser l’approvisionnement en amont et en même temps à prévenir les risques d’approvisionnement en matières premières que la situation épidémique mondiale peut entraîner. Il est facilité par des politiques préférentielles mises en œuvre par les gouvernements locaux pour attirer les investissements.

Des importations en hausse sur le 1er semestre

Sur le 1er semestre de l’année, les importations chinoises de produits laitiers ont globalement augmenté.

Les baisses concernent surtout la poudre maigre (12%/2019) et dans une moindre mesure le lait liquide (-1%) et les laits infantiles (-1%).

Les volumes de poudres grasses importés ont été réduits en début d’année, compte tenu de la hausse des stocks locaux, mais ont progressé ensuite. Les importations de lactosérum ont bondi de +32% pour alimenter le rebond du cheptel porcin et celles de beurre de +40% pour compenser les faibles achats de 2019.

Les achats de fromages se poursuivent dans la tendance de 2019 tandis que les achats de crème, moroses ente mars et mai, ont bondi en juin, malgré la très forte hausse enregistrée en 2019.

Les importations chinoises se sont donc globalement affiché une hausse sur le 1er semestre. Des incertitudes pèsent néanmoins sur les achats de poudres grasses et maigre ainsi que sur ceux de laits infantiles au 2nd semestre.

 

Retour au sommaire de l’article  

2019 : une bonne année pour l’amont comme pour l’aval de la filière laitière chinoise

Par Jean-Marc Chaumet

 

Après une hausse de +1,2% en 2018, la production chinoise de lait de vache a bondi en 2019 de +4,1% /2018, la plus forte progression depuis 2014. A 32 millions de tonnes, elle atteint son plus haut niveau historique, mais n’a progressé que de +6% depuis 2008, année de la crise de la mélamine.

Hausse du prix du lait

Ce dynamisme s’explique par une forte progression des prix à la production, signe d’une demande croissante de lait local par les transformateurs et les consommateurs. Le prix moyen dans les 10 premières provinces productrices a connu une hausse fulgurante au second semestre 2019 pour terminer l’année à 3,83 RMB/kg (0,49 €/kg), un niveau plus atteint depuis 2014. A 3,65 RMB/kg (soit 0,47 €/kg) en moyenne annuelle en 2019, il affiche un niveau supérieur de 5,5% à celui de 2018. Les prix du lait livré par les grandes entreprises de production laitière, déjà plus élevés que la moyenne, ont même dépassé les 4 RMB/kg (0,51 €/kg).

Les coûts de production ont aussi augmenté, tirés par une hausse du prix du maïs produit en Chine, mais dans des proportions moindres que les prix. En outre, une partie des droits de douane supplémentaires appliqués par la Chine sur la luzerne étatsunienne a été levée en septembre 2019.  Confortés par une rentabilité en hausse, les éleveurs laitiers ont donc décidé d’augmenter la productivité de leur troupeau. Outre la hausse des prix du lait, les mesures prises au sein des entreprises et les accords signés avec les transformateurs ont permis de redresser les comptes des entreprises de production laitière. Des sociétés comme Modern Dairy ont ainsi pu afficher leurs premiers bénéfices depuis 2015.

Cette croissance de la production est également due à l’évolution de la structure des exploitations laitières. Le nombre exploitations de moins de 100 têtes, moins bien équipées pour s’adapter à des réglementations environnementales de plus en plus strictes et peu à peu délaissées par les transformateurs pour des raisons officielles de qualité du lait, ne cesse de reculer. A l’inverse, l’expansion des grandes exploitations (plus de 100 bovins), aux rendements dépassant souvent les 10 tonnes par vache, ne cesse de s’affirmer. Plus des 2/3 des bovins laitiers seraient ainsi élevés dans des exploitations de plus de 100 têtes, contre 50% en 2015.

Poursuite de la croissance du maillon transformation

Le maillon transformation a également de nouveau enregistré des résultats positifs. Selon les données officielles les 565 entreprises laitières affichant au moins 20 millions de RMB de chiffre d’affaires ont engendré sur l’année un chiffre d’affaires de 394 milliards de RMB (+10% /2019), soit 58 milliards d’euros. Ces dernières années, les revenus et les bénéfices des grands  transformateurs ont augmenté plus rapidement que la moyenne du secteur, notamment grâce à la vente de produits à forte valeur ajoutée, ce qui a favorisé une concentration continue du marché. Yili et Mengniu, les deux leaders laitiers chinois, ont ainsi vu leur chiffre d’affaires progresser respectivement de +13% pour atteindre 90 milliards de RMB (11,6 milliards d’€) et de +15% à 79 milliards de RMB (10,2 milliards d’€). Leur bénéficie a également augmenté de 8% pour Yili et de 35% pour Mengniu.

Egalement abondées par des importations en progression, les fabrications nationales de produits laitiers en 2019 ont augmenté de +5,6% /2018, à 27,2 millions de tonnes, dont 25,4  millions de tonnes de lait liquide et de yaourts (+ 5,8%). Celles de produits laitiers secs s’établissent à 1,82 million de tonnes (+2,5%/2019). Au total, la consommation chinoise de lait a ainsi progressé de +5% /2018, à 30 litres/hab./an.

Des importations encore en hausse

Malgré l’envolée de la production laitière nationale en 2019, les importations ont progressé à un rythme soutenu pour satisfaire la demande chinois. La hausse des prix sur les marchés internationaux en 2019 n’a pas freiné la demande de l’Empire du Milieu en poudres. Les volumes importés de poudres grasses ont battu un nouveau record historique à 671 000 t  (+29% /2018) battant le précédent pic de 2014. Avec près de 344 000 t (+23%/2018), ceux de poudre maigre ont également atteint un niveau inégalé auparavant. Le rythme de croissance annuelle des importations de poudre infantile s’est en revanche considérablement réduit depuis 2015, passant de +45% à +6% en 2019, avec 345 000 t. Le nombre de naissances en Chine ne cesse en effet de reculer à 14,65 millions en 2019, un repli de -18% par rapport au pic qui a eu lieu en 2016 après l’annonce de la fin de la politique de l’enfant unique.

Conséquences du conflit commercial avec les Etats-Unis, les importations de poudre de lactosérum en 2019 se sont inscrites dans la tendance baissière du dernier trimestre 2018. Avec 451 000 t (-19% /2018), il s’agit du plus faible volume depuis 2016. Les produits étatsuniens ont logiquement été les plus touchés (-36% /2018) mais le repli a également affecté les produits français (-13%), néerlandais (-32%) et polonais (-11%). Seules les expéditions allemandes et biélorusses ont fortement progressé (+45%).

Alors qu’elles semblaient avoir atteint un plafond depuis 2016, les importations de lait liquide ont rebondi en 2019 (+34%) pour afficher un nouveau record à 730 000 t. Premier fournisseur avec  plus du 1/3 des volumes, l’Allemagne est également le pays qui profite le plus de cette hausse de la demande chinoise (+49% /2019).

Après une quasi stabilisation en 2018, les importations de fromages ont de nouveau progressé (+6% /2018). Avec près de 115 000 t, la Chine est devenu le 6ème importateur mondial de fromages. La Nouvelle-Zélande, premier fournisseur avec près de 60% des volumes, est le principal bénéficiaire  de cette hausse (+22% /2018) tandis que les envois australiens et étatsuniens ont reculé. Les achats de crème ont également bondi (+25% /2018, à 161 000 t), compensant le recul de 2018. A l’inverse, les stocks de beurre résultant d’importantes importations en 2018 ont freiné les achats en 2019 (-24% à 85 500 t).

 

Retour au sommaire de l’article                                          La Covid-19 affecte le secteur laitier début 2020, mais ne freine pas la dynamique

La Covid n’a pas interrompu le rebond de la production laitière chinoise

L’année 2019 a été synonyme de rebond pour toute la filière laitière chinoise. Mais l’impact du Covid a occasionné un retournement de tendance au 1er trimestre 2020. Si la hausse production laitière s’est poursuivie, les résultats de nombreuses entreprises ont été affectés. La filière ne semble cependant pas très inquiète de cet épisode considéré comme ponctuel, à en juger par les investissements décidés ces dernières semaines.

 

2019 : une bonne année pour l’amont comme pour l’aval

En 2019, la production laitière chinoise a progressé pour la deuxième année consécutive ce qui n’a pas empêché les importations de poursuivre leur hausse à un rythme élevé.

 

La Covid-19 affecte le secteur laitier début 2020, mais ne freine pas la dynamique

Touchée dès le mois de janvier par la Covid-19, la Chine a mis en place juste avant le Nouvel An Chinois (25 janvier) des mesures de confinement strictes  pour tenter d’enrayer la propagation du virus. Si les résultats des entreprises ont été affectés par la baisse de consommation, la croissance de la production laitière ne semble pas avoir été enrayée

© ABCIS 2020 Mentions légales