Les prix du maïs dans la tourmente

En Chine, 30% de la consommation de maïs passe par la production d’amidon. Les prix élevés de l’énergie impactent directement cette production. Le gouvernement a restreint jusqu’à nouvel ordre les exportations pour limiter la consommation de maïs et la hausse des prix locaux, la Chine représente 10% des échanges mondiaux d’amidon. En octobre, le prix du maïs a encore pris 2%.

Matières premières : les premiers constats après le 20ème Congrès national du PCC  

Mi-octobre se tenait le 20ème congrès national du Parti Communiste Chinois annonçant les nouvelles orientations politiques pour les cinq années à venir. Xi Jinping a été réélu mais il semble sous pression à la suite de la gestion difficile de la crise Covid et de la situation économique et sociale du pays. Les cinq dernières années ont été révélatrices de la fragilité économique chinoise et de sa vulnérabilité (bulle immobilière, gestion de la FPA et de la crise Covid). Lors de ce nouveau congrès l’accent a été porté sur la sécurisation de l’autonomie chinoise.

Vers une réduction de dépendance

La Chine a vu dans l’invasion de l’Ukraine par la Russie un nouvel allié de circonstance susceptible de réduire sa dépendance à l’Union européenne et aux Etats-Unis. Avec ses réserves de céréales et d’oléo-protéagineux, la Russie pourrait être un partenaire commercial de choix. Pour autant, les prix à l’exportation sont encore peu concurrentiels et la Chine se tourne plutôt vers l’Amérique latine pour ses achats. Pour réduire la dépendance à l’Occident, la puissance militaire a été réaffirmée particulièrement en mer de Chine et autour du détroit de Taïwan. Par son autonomie politique et sa relation avec les Etats-Unis, Taïwan représente une menace pour Pékin alors que le gros du trafic maritime transite par le détroit de Taïwan.

Un autre axe promu pour réduire la dépendance de la Chine est la promotion de la technologie et la recherche d’autosuffisance. Des fermes usines de porc ont été construites à la suite de la crise de la FPA pour répondre à la consommation nationale. Pour les matières premières, sur les 120 Mha de terres arables disponibles, des aides seront ciblées sur les investissements permettant d’accroître les rendements (machinisme, irrigation, sélection variétale, nouvelles technologies). Un effort particulier sera fait pour les zones rurales les plus enclavées et en retard.

Première estimation de la campagne 2022/2023

Même si l’été a été chaud et que les 2/3 du territoire sud ont vécu leur pire sécheresse depuis 10 ans, les productions sont au rendez-vous. La production 2022/2023 de maïs est en hausse de 1% ainsi que celle de blé. Cependant la consommation domestique est toujours supérieure à la production ce qui entraine une baisse des stocks de fin de campagne. Cette situation soutient les prix du maïs et du tourteau de soja. Les prix élevés de l’énergie restent une contrainte de taille en alimentation animale et en amidonnerie. 30% du maïs consommé en Chine est transformé en amidon. Les faibles marges incitent les industriels à réduire leur production. Le gouvernement chinois a par ailleurs restreint jusqu’à nouvel ordre les exportations d’amidon dans l’optique de limiter la consommation de maïs et de limiter la hausse des prix locaux.

L’inquiétude se porte principalement sur le riz, première céréale consommée. Sa production est en baisse de 2%. Même si le riz est une matière peu échangée, son manque peut provoquer une hausse des échanges des autres matières utilisées en alimentation humaine et animale.

La production d’aliment du bétail est en hausse de 5% en septembre comparativement à août, 25 Mt d’aliment ont été produits dont 10 Mt pour l’élevage porcin. Même si la production porcine est dynamique sur la période janvier-septembre 2022, elle reste en deçà des niveaux de 2021 (- 7%). La légère hausse du cheptel truie enregistrée en août (+0,6% en 1 mois) pourrait toutefois soutenir la production, sur l’année 2022 il reste tout de même en baisse de 4,8% par rapport à 2021. D’autre part tandis que l’amélioration des performances d’élevage et de l’efficacité alimentaire permettent de réduire lentement mais continuellement les besoins de matières premières

Le Brésil, un allié jusqu’à quand ?

Pour répondre à la demande nationale, la Chine est dans l’obligation d’importer des matières premières dont le soja et le maïs. Avec les tensions récurrentes à Taïwan, un décret a été signé entre les Etats-Unis et la Chine ne permettant à cette dernière d’importer que le strict nécessaire en soja (graine et tourteaux) en provenance des Etats-Unis. Par conséquent, les importations d’origine brésilienne ont augmenté. Des protocoles phytosanitaires ont été signés permettant au Brésil d’expédier plus tôt que prévu du soja et du maïs. Pour favoriser ces échanges des investissements ont d’ailleurs été réalisés par des compagnies chinoises dans le port de São Paulo.


Une menace persiste tout de même avec les élections dans le pays. Si Bolsonaro a par opportunisme économique favorisé les partenariats avec la Chine, qu’en serait-il de Lula, deuxième candidat à l’élection présidentielle, qui remet au centre de sa politique la sécurité alimentaire du pays et la protection des peuples amazoniens contre la déforestation et la culture de soja ? La géopolitique reste une clé majeure d’explication des échanges internationaux et du futur des partenariats chinois.

2/3 du territoire sud touché par la sécheresse

La sécheresse estivale a touché le territoire chinois. Les 2/3 sud ont subi les plus fortes chaleurs depuis une dizaine d’années. Cette zone n’est pas la principale zone de culture de maïs ou de soja. Pour autant, les importations sont encore conséquentes notamment en orge. Cette situation climatique pourrait tout de même accroître un peu plus la présence de la Chine sur ce marché des importations.

Stabilisation des prix sur un niveau haut

En septembre, les prix nationaux du maïs se sont stabilisés sur un niveau haut alors que ceux du tourteau de soja ont encore augmenté de +5% par rapport à la moyenne de prix d’août. Le resserrement de la politique monétaire des principales banques centrales et les tensions avec Taïwan ne favorisent pas les échanges entre les Etats-Unis et la Chine, les prix nationaux en sont impactés à la hausse.

Une production d’aliments en hausse

En juillet 2022, la production nationale d’aliments du bétail était en hausse par rapport à juin 2022 de +5% à presque 25 millions de tonnes. Le segment de l’aliment porc suit aussi cette dynamique avec une augmentation de +4% à 10 millions de tonnes. Pour autant depuis le début de l’année, la production nationale d’aliment pour porc est en baisse de -7% par rapport à la période janvier-juillet 2021. La demande est importante et comme pour les prix des matières premières, le prix des aliments chinois continue d’augmenter d’une année sur l’autre.

Des prix toujours soutenus après la trêve estivale

Les prix nationaux du maïs et du tourteaux de soja ont baissé en juillet et continuent cette dynamique en août. Le maïs atteint 3,01 CNY/kg et le tourteau de soja 4,41 CNY/kg. Lors de la trêve estivale, la Chine était absente du marché international. Ses importations d’orge fourragère ont chuté de près de 3 millions de tonnes sur la période janvier-juillet comparativement à 2021. Cette diminution de la tension de demande est favorable aux acheteurs européens avec un prix de l’orge en légère baisse.

L’alliance Brésil-Chine

Depuis le début du conflit russo-ukrainien, l’Ukraine, fournisseur de 30% du maïs importé chinois, n’est plus en mesure d’envoyer des cargos vers la Chine. Pour palier à ce manque et diversifier ses sources d’approvisionnement, Pékin a commandé 500 000 t de maïs brésilien. Le Brésil était quasiment absent des sources d’approvisionnement de la Chine depuis une dizaine d’années. Ces deux grandes puissances agricoles envisagent aussi de favoriser l’export de tourteaux de soja et de sorgho vers la Chine.

Hausse continue du maïs

Les prix nationaux du maïs sont encore en hausse ce mois-ci. Malgré la réouverture du port de Shangaï, les échanges sont encore ralentis. La mauvaise récolte de blé chinoise (-2%/2021/2022) a reporté la demande sur le maïs, ce qui tend le marché. La dévalorisation du yuan face au dollar permet tout de même de rentre compétitif certaine exportation.  

Suite de la dynamique haussière

Les prix du maïs et du tourteau de soja continuent leur hausse pour le 5ème mois consécutif. Le premier était coté à 2,94 CNY/kg en avril (+1%/mars) et le deuxième à 4,73 CNY/kg (+1%/mars). Le prix des aliments composés pour porcs charcutiers suit la même évolution avec une hausse de +6% sur un an. La situation ne semble pas s’améliorer au vu de la situation géopolitique (absence d’export depuis l’Ukraine) même si la production mondiale 2022/2023 de soja est estimée supérieure à l’ancienne campagne (+11%) grâce aux USA et à l’Amérique Latine.

La route vers l’autosuffisance ?

« Les bols de riz du peuple chinois doivent être remplis de céréales chinoises » annonçait le président XI Jinping le 5 mars 2022. Le 14ème plan quinquennal est porté vers l’autosuffisance. La Chine doit nourrir 20% de la population mondiale avec seulement 7% des terres arables mondiales. D’ici 2035, l’urbanisation pourrait progresser de 70%. Les objectifs du plan sont de sécuriser l’approvisionnement alimentaire international, dépendant des conflits actuels, et d’augmenter la production nationale en modernisant la production. Par exemple en 2021, la culture nationale de soja répondait à seulement 10% de la consommation nationale.  

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