Suite de la dynamique haussière

Les prix du maïs et du tourteau de soja continuent leur hausse pour le 5ème mois consécutif. Le premier était coté à 2,94 CNY/kg en avril (+1%/mars) et le deuxième à 4,73 CNY/kg (+1%/mars). Le prix des aliments composés pour porcs charcutiers suit la même évolution avec une hausse de +6% sur un an. La situation ne semble pas s’améliorer au vu de la situation géopolitique (absence d’export depuis l’Ukraine) même si la production mondiale 2022/2023 de soja est estimée supérieure à l’ancienne campagne (+11%) grâce aux USA et à l’Amérique Latine.

La route vers l’autosuffisance ?

« Les bols de riz du peuple chinois doivent être remplis de céréales chinoises » annonçait le président XI Jinping le 5 mars 2022. Le 14ème plan quinquennal est porté vers l’autosuffisance. La Chine doit nourrir 20% de la population mondiale avec seulement 7% des terres arables mondiales. D’ici 2035, l’urbanisation pourrait progresser de 70%. Les objectifs du plan sont de sécuriser l’approvisionnement alimentaire international, dépendant des conflits actuels, et d’augmenter la production nationale en modernisant la production. Par exemple en 2021, la culture nationale de soja répondait à seulement 10% de la consommation nationale.  

Matières premières : la Chine également impactée par le conflit ukrainien

La guerre déclenchée par la Russie contre l’Ukraine le 24  février a désorganisé les marchés des grains et les échanges mondiaux. La Chine est aussi impactée par ce contexte géopolitique, tant au niveau de ses approvisionnements en grains que sur les prix sur son marché national. 

Impacts directs du conflit russo-ukrainien

L’Ukraine et la Russie sont deux grands producteurs et exportateurs de matières premières agricoles notamment de blé, de maïs et de tournesol. Depuis l’éclatement du conflit les opposant, les exportations par voie maritime sont à l’arrêt. Certaines marchandises transitent encore par voie terrestre, mais ce moyen est bien plus cher que par voie maritime. Le commerce par la mer d’Azov et la mer Noire ne reprendra pas dans les prochains mois, en cause la destruction des infrastructures portuaires et le minage de l’espace maritime.

En 2021, l’Ukraine avait exporté 24,6 Mt de maïs dont 32% étaient destinés à la Chine. Au sein des importations chinoises, l’Ukraine représentait, en 2021, 30% des origines d’importation. La dépendance au maïs ukrainien est notable, aujourd’hui la Chine doit se tourner vers d’autres fournisseurs comme les Etats-Unis et le Brésil. Fin avril, elle a d’ailleurs encore acheté 1,35 Mt de maïs dont 735 000 t de l’ancienne récolte. En 2021, la Chine aura importé 28,39 Mt de maïs.

La dépendance chinoise aux matières ukrainiennes se porte aussi sur le tourteau de tournesol. L’Ukraine est le principal producteur de tourteau de tournesol HighPro (plus riche en protéine) et fournit plus de la moitié du marché mondial. En 2021, elle a expédié 2 Mt à la Chine, soit 32% de ses exportations totales et 88% des importation chinoises de tourteau de tournesol. Les origines alternatives pourraient être l’Argentine ou l’Union européenne mais avec un coup logistique beaucoup plus important.

Des prix records pour le maïs et le soja

Depuis plusieurs mois, les prix du maïs et du tourteau de soja ne cessent de croitre. Cette dynamique est d’une part due à des fondamentaux tendus, les récoltes nationales et mondiales n’ont pas été au rendez-vous et les cours, fortement soutenus par l’importation, atteignent des niveaux records. D’autre part, le contexte géopolitique favorise l’incertitude et la volatilité des prix.

Sur un an, le prix de l’aliment pour porc à l’engraissement a augmenté de 8%, impactant directement les coûts de production des élevages chinois. Ce surcoût ne pourra être absorbé par toutes les structures, d’autant plus que cette dynamique semble s’intégrer dans le temps. Les petites structures souffriront le plus de cette situation.

Le retour du covid

Les cas de Covid positif se multiplient en Chine, impactant directement le commerce. En effet, avec la politique zéro-covid, plusieurs grandes villes ont été remises sous cloche. C’est notamment le cas de Shangaï et de son port. Les bateaux, vraquiers et porte-conteneurs, s’accumulent à l’entrée du port, cet engorgement limite la disponibilité en fret pour le commerce international et fait de nouveau flamber le prix du fret et les délais de livraison. La désorganisation des échanges internationaux pourra perdurer un certain temps et impacter directement l’économie chinoise et les prix des aliments du bétail et des matières premières.

Record atteint pour le tourteau de soja

Après les records atteints en mars pour le tourteau de soja, les premières semaines d’avril confirment cette tendance avec un tourteau à 750 $/t sur le marché national. On observe la même chose pour le prix national du maïs à 463 $/t. Même si l’attaché de l’USDA en Chine revoit à la baisse l’estimation d’importation pour la campagne en cours, fin avril, la Chine a encore acheté 1,35Mt de maïs étasunien dont 735 kt sur l’ancienne récolte.

Dépendance au maïs ukrainien

La Chine est encore présente sur le marché de l’import. En février 2022, 1,9 Mt de maïs ont été importées, soit 8% de plus qu’en février 2021. 50% de ces imports proviennent d’Ukraine. Avec la guerre entre la Russie et l’Ukraine, les exportations ont été stoppées et la Chine devra trouver une nouvelle origine pour pallier ses stocks nationaux faibles liés à la mauvaise récolte de 2021. Les Etats Unis pourraient être les grands gagnants, aujourd’hui déjà 2e origine exportatrice vers la Chine.

Les cours des matières premières en hausse

En mars, les prix du maïs et du tourteau de soja sont en hausse sur le marché national (resp. 464$/t et 763$/t, +2% et +20%/février 2022). L’aliment composé est lui en hausse de 2% par rapport à mars 2021. Les nouveaux cas de covid et le confinement de certaines provinces apportent de l’insécurité sur les marchés. La dynamique haussière pourrait une nouvelle fois être durable.

Evolution des prix des matières premières

En février, les dynamiques se sont inversées : le prix national du maïs est à la baisse alors que celui du soja remonte, impacté par le manque de disponibilité en soja américain et l’abaissement des estimations de récoltes brésiliennes. Pour le maïs, certains contrats d’achat ont été annulés, les autorités chinoises voit à la baisse leur niveau d’importation (20 Mt, -9Mt/2020/21) malgré une récolte nationale légèrement en dessous de la moyenne quinquennale.

Renforcement de l’axe sino-russe

Le nouveau terminal céréalier ferroviaire de Zabaïkalsk en Russie sibérienne devrait être inauguré en 2022. Cet outil permettra des échanges favorisés entre le premier exportateur mondial de blé et son allié politique, la Chine. Le volume de transbordement atteindrait d’après le gouvernement 8 millions de tonnes par an (céréales, légumineuses, oléagineux).

L’élargissement de la culture d’OGM

Le gouvernement chinois a fait part début février de son souhait de promouvoir les cultures OGM destinées à l’alimentation humaine, jusqu’alors interdites. Déjà utilisée en alimentation animale, la culture d’OGM pourrait modifier le bilan céréalier chinois tant en termes de production que d’import/export et réduire la dépendance vis à vis des Etats Unis.

La Chine encore présente sur le marché de l’import du soja

Les importations chinoises de soja sont en augmentation impactant la demande mondiale. En décembre 2021, 6 Mt d’origine USA ont été contractualisées et 2 Mt d’origine Brésil . En décembre 2020, le volume était inférieur (5,8 Mt d’origine USA et 1 Mt d’origine Brésil). La Chine cherche à réduire cette dépendance aux importations. Pour cela, l’objectif est d’augmenter de près de 40% sa production nationale d’ici 2025, passant ainsi de 6,4 Mt produites à 23 Mt.  

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