La consommation de volaille en Chine

Comme les Chinois sont fiers de le rappeler, la domestication du Gallus gallus a eu lieu en Asie du Sud-Est il y a environ 8 000 ans. L’aviculture est donc très ancienne sur le territoire chinois, mais était restée une activité d’appoint mineure pour les villages ruraux. En République Populaire de Chine (RPC ou Chine), il existe d’abord quelques fermes avicoles d’État de taille commerciale à proximité des villes. Mais ce n’est qu’à partir du début des années 80 qu’une partie de la production de volaille va s’industrialiser à la faveur des réformes successives vers une économie de marché. Des entreprises privées, constituées d’une nouvelle génération de managers formés à la zootechnie et aux sciences vétérinaires, vont développer une aviculture industrielle mobilisant des souches hybrides (importées des Etats-Unis principalement), des vaccins et des nouvelles technologies et connaissances en alimentation animale et zootechnie.

Si la production de volailles de chair se fait parallèlement à l’augmentation de la population chinoise (+ 430 millions de personnes depuis 1980), les importations restent essentielles pour répondre à la demande croissante du marché intérieur. Cette dépendance aux importations est, comme pour les autres productions agricoles, perçue par les dirigeants chinois comme une menace par le pouvoir qui poursuit l’objectif millénaire des dirigeants chinois : l’autosuffisance alimentaire. En ce sens, plusieurs décisions politiques (aides publiques à l’industrie, politiques de soutien des prix et taxes à l’importation) ont soutenu le développement des capacités de production.

Depuis 30 ans, l’augmentation des revenus a modifié les habitudes de consommation des Chinois et favorisé la demande en protéines animales. La consommation de viande de poulet a fortement progressé (environ 14kg / hab en 2020, x6 depuis les années 90), bien que marquée depuis plusieurs années par des crises sanitaires successives en Chine et ailleurs dans le monde.

Face aux évolutions récentes de la production, du commerce et de la consommation de volailles, il est légitime de se demander dans quelle mesure la Chine est devenue un facteur de déstabilisation des marchés mondiaux des produits avicoles.

Les données disponibles pour étudier les productions agricoles et agroalimentaires en Chine sont partielles et souvent indirectes. Il existe plusieurs sources statistiques nationales. Les données sur les prix intérieurs sont relativement précises, tandis que les données de production et de consommation doivent être recoupées avec d’autres sources afin de reconstituer des ordres de grandeurs, les tendances et les profils des consommateurs.

Ce travail se repose donc également sur les publications de l’USDA (United States Department of Agriculture), de Chatham House, de la FAO (Food and Agriculture Organization of the United Nations), de l’OIE (Organisation mondiale de la santé animale), de TDM (Trade Data Monitor), de Eurostat ainsi que d’articles de presse spécialisées, de rapports publiés par des industries avicoles et des analyses du bureau d’études ABCIS.

Consommation de volaille en Chine et besoins d’importations.

La volaille est la deuxième viande consommée en Chine à hauteur de 21 Mt en 2018 (environ 20 % de la consommation mondiale) contre 56 Mt pour le porc (environ 50 % de la consommation mondiale).

Entre 2012 et 2018 (période stable), le taux d’autosuffisance en volailles de chair est estimé entre 96 % et 98 %, soit une balance commerciale déficitaire avec en moyenne 535 kt de produits importés chaque année (1 milliards $ en valeur), pour 225 kt exportés (500 millions $ en valeur). La Chine importe majoritairement des pattes, ailes et abats destinés à l’alimentation humaine. En effet, les préférences de consommation des Chinois sont opposées à celles des occidentaux, centrés sur la consommation de filets. La Chine exporte des préparations et produits élaborés, en particulier vers ses voisins asiatiques à haut revenu (Japon, Hong-Kong, Corée du Sud). Mais il est difficile d’estimer la part et les morceaux de viande de volailles dans ces préparations.

Cela se traduit dans le prix des produits de découpe : en Chine, le prix des filets au kilo est environ 30 % inférieur à celui des cuisses, et 70 % inférieur à celui des ailes. Pour les exportateurs, la Chine, en étant complémentaire des autres destinations, permet de valoriser l’ensemble des morceaux de la carcasse.

Les espèces avicoles produites en Chines

En Chine, la production de volailles de chair se distingue en quatre principales filières :

  • Poulets de souches colorées (issus de productions traditionnelles mais qui s’industrialisent, achetés vifs ou entiers), 22% ;
  • Poulets blanc (production industrialisée dédiée à la découpe, achetés au détail), 33% ;
  • Poulets issus de souches hybrides (compromis entre qualité gustatives et performances techniques), 4% ;
  • Palmipèdes (surtout le canard pékin), 27%.

Les poulets de souches colorées (jaune en particulier), sont le produit d’élevages traditionnels. Ces souches locales (plus de 150 types différents) sont vendues en vif sur les marchés, en supermarchés et consommées entières, notamment par les catégories aisées et dans un cadre festif.

Le poulet blanc, particulièrement adapté pour la découpe est vendu principalement dans les enseignes de distribution, type grandes et moyennes surfaces (GMS) et en restauration hors domicile (RHD). La zone de production privilégiée se situe au Nord-Est de la Chine dans la province du Shandong et dans les régions limitrophes.

Les souches de poulets hybrides, se développent depuis quelques années, car elles présentent des performances techniques améliorées et des qualités gustatives plus proches du poulet jaune. Ces souches (notamment la souche 817 Crossbreed chicken, 817C) font l’objet d’une recherche scientifique intensive. Leur développement pourrait rapidement modifier la structuration du marché.

Les productions de palmipèdes constituent également une part importante de la consommation de volaille en Chine, avec le canard pékin, plus souvent commercialisé entier dans le Nord de la Chine et préparé sous forme de langues, pattes et cous dans le Sud.

Structure des exploitations chinoises productrices de volaille

En 2018, les autorités chinoises recensaient 19 millions d’exploitations avicoles. L’immense majorité (98 %) est constituée de petites exploitations produisant moins de 2 000 volailles / an, correspondant à une agriculture vivrière. Celle-ci est estimé à environ 10% de la production de volaille de chair du pays.

Les fermes de plus de 50 000 volailles produites par an représentaient en 2018 environ 50% de la production nationale (contre 30% en 2010). Cette croissance correspond à des élevages de 100 000 à 500 000 têtes, mais également à de très grands élevages de plus d’un million de têtes par an. A titre de comparaison, une exploitation avicole française produisant du poulet standard dans 2 bâtiments de 1 200 m2 produit environ 350 000 poulets / an.

Le secteur de l’abattage-transformation de volailles reste faiblement concentré avec les dix premières entreprises représentant 32 % de la production de volaille (en 2018). Cependant, la concentration sectorielle pour les entreprises produisant du poulet blanc est plus élevée avec les sept premières entreprises correspondant à près de la moitié du chiffre d’affaires.

Les filières organisées se structurent autour de contrats de production réalisés entre les entreprises et les éleveurs : les entreprises fournissent les intrants (poussins, aliments, produits vétérinaires) à un prix donné, et les éleveurs engraissent les animaux pour les vendre au prix fixé dans le contrat.

Les entreprises produisant du poulet jaune revendent généralement les poulets en vif sur les marchés traditionnels à travers des centres de collecte d’animaux. Par exemple, le producteur Wen’s n’abat que 10% des poulets qu’il produit.

Des filières totalement intégrées de la reproduction à l’abattage existent aussi, notamment dans le cadre de la production de poulet blanc. Cette intégration permet de garantir la qualité sanitaire des produits pour des chaînes de restauration commerciale (McDonald’s, KFC…).

Du point de vue des performances techniques, bien qu’il soit difficile de réaliser des estimations précises, il semble qu’il y ait encore un retard de la production chinoise sur la production de poulets blancs. La génétique[1] est l’un des principaux facteurs limitants. En effet, la Chine importe plus de 90 % des parentaux et grand-parentaux en poulet blanc (souches Arbor Acres, Ross, Cobb) ce qui représente une fragilité structurelle.

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La consommation de volailles en Chine est d’environ 14 kg par habitant. Le type de volaille concerné varie beaucoup selon la catégorie socio-culturelle : les urbains se tournent de plus en plus vers le poulet blanc issus d’exploitations industrielles de grande dimension.

Il existe une offre domestique importante, puisque depuis les années 80, la production chinoise s’est fortement industrialisée. Ce processus devrait se renforcer dans les prochaines années, sous l’impulsion des autorités pour qui l’enjeu sanitaire rejoint celui de l’autosuffisance alimentaire.

À long terme, la production de volailles chinoise devrait évoluer vers une consolidation des filières, notamment autour de la maitrise des outils d’abattage et l’accroissement des capacités de stockage qui prendront le pas sur la vente d’animaux vifs. Pour les exportateurs, le marché chinois représentera toujours un moyen de valoriser la partie de la carcasse qui n’est pas consommée par les occidentaux. C’est aussi un marché dynamique pour la génétique, qui fait l’objet d’une attention particulière des autorités, et où il n’est pas exclu que des acteurs chinois deviennent exportateurs.

Une production d’aliments en hausse

En juillet 2022, la production nationale d’aliments du bétail était en hausse par rapport à juin 2022 de +5% à presque 25 millions de tonnes. Le segment de l’aliment porc suit aussi cette dynamique avec une augmentation de +4% à 10 millions de tonnes. Pour autant depuis le début de l’année, la production nationale d’aliment pour porc est en baisse de -7% par rapport à la période janvier-juillet 2021. La demande est importante et comme pour les prix des matières premières, le prix des aliments chinois continue d’augmenter d’une année sur l’autre.

Des prix toujours soutenus après la trêve estivale

Les prix nationaux du maïs et du tourteaux de soja ont baissé en juillet et continuent cette dynamique en août. Le maïs atteint 3,01 CNY/kg et le tourteau de soja 4,41 CNY/kg. Lors de la trêve estivale, la Chine était absente du marché international. Ses importations d’orge fourragère ont chuté de près de 3 millions de tonnes sur la période janvier-juillet comparativement à 2021. Cette diminution de la tension de demande est favorable aux acheteurs européens avec un prix de l’orge en légère baisse.

L’alliance Brésil-Chine

Depuis le début du conflit russo-ukrainien, l’Ukraine, fournisseur de 30% du maïs importé chinois, n’est plus en mesure d’envoyer des cargos vers la Chine. Pour palier à ce manque et diversifier ses sources d’approvisionnement, Pékin a commandé 500 000 t de maïs brésilien. Le Brésil était quasiment absent des sources d’approvisionnement de la Chine depuis une dizaine d’années. Ces deux grandes puissances agricoles envisagent aussi de favoriser l’export de tourteaux de soja et de sorgho vers la Chine.

Croissance à deux chiffres des résultats des transformateurs chinois

L’année 2021 a été très positive pour le secteur laitier chinois, après une année 2020 perturbée par le Covid. Les deux transformateurs leaders, Yili et Mengniu, ont affiché des chiffres d’affaires et surtout des bénéfices en forte hausse (respectivement +23% et +43%). Ils creusent ainsi l’écart année après année avec leurs concurrents, menant à une concentration importante de la transformation laitière en Chine. Ces deux entreprises représentent déjà 48 % des parts de marché du lait et des boissons lactées et 54 % des produits fermentés.

Présenté par Jean-Marc Chaumet (CNIEL) lors de la conférence des Marchés Mondiaux de l’Idele.

Leur chiffre d’affaire, centré sur le marché chinois, leur permet de se classer parmi les 10 premiers transformateurs mondiaux : Yili apparait en effet au 5ème rang mondial tandis que Mengniu arrive à la 9ème place des entreprises mondiales de transformation laitière selon le classement de Rabobank pour 2021.

La Covid-19 continue de mettre à mal le marché chinois

Face à la Covid-19, le gouvernement chinois a imposé un confinement strict à des millions de Chinois pour enrayer coûte que coûte l’épidémie. Les conséquences de la pandémie et de ces mesures ont des impacts majeurs sur toute l’économie du pays, en particulier sur le marché du porc.

Le président chinois Xi Jinping s’est engagé dans une politique « 0 Covid » en Chine, et pour répondre à la recrudescence des cas dans la ville de Shanghai, de nombreux quartiers ont été placés sous confinement fin mars pendant une durée indéterminée. Des mesures de confinement plus ou moins strictes touchent près de 26 millions de Chinois habitant dans le cœur économique de la Chine. Elles se sont déployées selon trois statuts : un confinement strict avec interdiction de sortie du logement, un confinement contrôlé avec la possibilité de sortir dans l’enceinte des résidences, et un confinement plus souple avec l’autorisation de se déplacer dans un périmètre et une durée limitée.

De telles dispositions au sein du centre financier, manufacturier et maritime de la Chine ont inévitablement entraîné des répercussions majeures sur l’économie du pays, et plus particulièrement sur le marché du porc. Les impacts touchent le commerce et les approvisionnements en porc, la demande des consommateurs chinois, engendrant une inflation dans le pays.

Perturbations logistiques majeures et limitation des approvisionnements

Pour de nombreux acteurs du commerce, Shanghai constitue un emplacement idéal pour réceptionner puis redistribuer les produits issus de l’importation dans tout le pays. Le blocage d’un des plus grands ports chinois pendant de nombreuses semaines a irrémédiablement entrainé des perturbations conséquentes dans le secteur des logistiques maritime et terrestre et dans les approvisionnements en divers produits, dont des produits du porc. Face au manque de personnel, confiné dans leur logement, la prise en charge des flux de marchandises arrivant à Shanghai a enregistré beaucoup de retard, et a provoqué un engorgement massif des navires dans le port. Au-delà des retards liés au personnel, l’obligation de tests de dépistage à la Covid-19 sur les denrées importées n’a fait qu’aggraver cette situation. Dès le 1er avril, les produits alimentaires réfrigérés ou congelés devaient obligatoirement subir des inspections dans le but de garantir l’absence de Covid. Le temps de réalisation et de traitement des tests a été générateur de retards bloquant des centaines de navires en amont du fleuve Yangtze.

Carte du trafic maritime autour du port de Shanghai
Source : Marine Traffic, les points ronds symbolisent les navires à l’ancre

Une fois les produits déchargés, les acteurs du commerce se sont aussi retrouvés confrontés au manque de chauffeurs routiers pour acheminer les marchandises dans tout le pays bloquant là aussi la chaine logistique.

Les importations en produits du porc (viandes et abats), qui étaient déjà en perte de vitesse, ont de ce fait de nouveau été limitées. Au premier trimestre, les importations en porc de la Chine se sont repliées de près de -58% par rapport à 2021, et le bilan pourrait s’alourdir au second trimestre. La prévision des experts de l’USDA réalisée en avril dernier envisageait une baisse des importations en porc de -19% en 2022 par rapport à 2021, ce chiffre pourrait dorénavant être dégradé.

Une demande mise sous cloche

Le marché chinois s’est donc retrouvé face à des approvisionnements en porc limités, à la suite des perturbations logistiques, mais l’affaiblissement de la consommation a permis de limiter la hausse des prix du porc. En effet, l’instauration d’un confinement strict pour des millions de personnes a restreint la consommation des produits du porc, en particulier issus des importations. Les prévisions de l’USDA qui estimaient une croissance de la consommation de porc de l’ordre de 5,2% en 2022 par rapport à 2021, pourraient être revues à la baisse.

 A Shanghai, les livraisons pour les quartiers strictement confinés ont été interdites. Les Chinois confinés chez eux comptaient ainsi sur les paniers alimentaires du gouvernement, gratuits mais à contenus variables, et ne contenant pas de viandes importées. Dans les autres quartiers, les courses en magasin n’étaient autorisées pour certaines zones seulement et sous limitation de fréquence et de durée d’achat. La situation épidémique a pu favoriser l’utilisation du e-commerce, déjà inscrit dans les habitudes des consommateurs chinois, mais les disponibilités en divers produits restaient limitées.

Les freins à la consommation se sont aussi illustrés aussi dans d’autres villes en Chine, toujours en lien avec la mise en place de mesures pour limiter la propagation de la Covid-19. A Pékin, à partir du 1er mai, et ce pendant une durée indéterminée, les restaurants ne pourront accueillir leurs clients sur place. Les traiteurs et restaurateurs tentent de s’adapter à ces dispositions en installant des stands et étals dans la rue. Certains grands noms de la restauration se sont prêtés au jeu, comme le leader de la cuisine du Sichuan en Chine Meizhou Dongpo, ou encore des chaines de restauration rapide. Cependant, les acteurs de la restauration confirment que l’installation de ces étals ne suffira pas à compenser les baisses de consommation et de fréquentation. L’impact économique lié à l’interdiction d’accueillir des clients à table est majeur, d’autant plus que ce secteur souffre des conséquences du Covid-19 depuis maintenant plus de deux ans. A plus long terme, certains économistes alertent sur le fait que la demande en produits du porc pourrait rester morose en raison des incertitudes économiques futures.

L’économie chinoise touchée par l’inflation

Les différents problèmes d’approvisionnement et de logistique entrainent in fine une accélération de l’inflation en Chine. En avril, les prix à la consommation ont bondi à 2,1% par rapport à l’an dernier, contre +1,5% en mars. Les chiffres du mois de mai devraient être encore plus forts. La légère reprise des cours du porc a joué dans ce mouvement inflationniste, compte tenu de l’importance du porc dans l’économie chinoise. En mai, le prix du porc a enregistré une hausse de près de 12% par rapport au mois dernier.

La hausse des coûts de transport et d’approvisionnement pour les industriels chinois est à l’origine de l’accélération de l’inflation. Ces derniers ont répercuté les surcoûts en aval de la filière, sur les prix à la consommation. L’amélioration de la situation sanitaire qui se dessine fin mai laisse entrevoir de meilleurs horizons commerciaux et économiques, mais la Chine devra de nouveau se relever de ces nombreuses perturbations. Pour ce faire, la Banque centrale chinoise et le gouvernement ont annoncé la mise en œuvre de diverses mesures pour soutenir la croissance. Les entreprises de la filière porcine affectées depuis 2018 par des crises économiques majeures attendent ardemment ces soutiens.

L’importance de l’accord négocié entre la Chine et la France est ravivé

La pression sanitaire liée à l’épidémie de fièvre porcine africaine s’accentue le long de la frontière française, avec la découverte de porcs contaminés dans un élevage allemand à moins de 7 km de la France. Un accord de régionalisation avec les autorités chinoises avait été conclu fin 2021. Il garantit aux acteurs de la filière porcine la non-imposition d’un embargo total sur les produits porcins destinés à l’export vers la Chine si un cas de FPA était retrouvé en France.

La route vers l’autosuffisance ?

« Les bols de riz du peuple chinois doivent être remplis de céréales chinoises » annonçait le président XI Jinping le 5 mars 2022. Le 14ème plan quinquennal est porté vers l’autosuffisance. La Chine doit nourrir 20% de la population mondiale avec seulement 7% des terres arables mondiales. D’ici 2035, l’urbanisation pourrait progresser de 70%. Les objectifs du plan sont de sécuriser l’approvisionnement alimentaire international, dépendant des conflits actuels, et d’augmenter la production nationale en modernisant la production. Par exemple en 2021, la culture nationale de soja répondait à seulement 10% de la consommation nationale.  

14ème plan quinquennal : des interrogations sur les productions animales

Le 14ème plan quinquennal pour les productions animales affiche des objectifs relativement conservateurs pour la période 2021-2025 avec un objectif minimal de 89 millions de téc de viandes produites en 2025. Si ce chiffre peut apparaître comme une forte augmentation par rapport aux 76,4 téc enregistré en 2020, il n’est cependant que légèrement supérieur au pic de production de viande de la Chine en 2014. Ce chiffre sous-entendrait une stagnation de la production de viande en 10 ans. Les auteurs du document s’inquiètent de l’approvisionnement en maïs et autres céréales fourragères ainsi que de la dépendance à l’égard des importations de soja et de luzerne.

Ainsi, alors que la production de viande porcine aurait atteint près de 53 millions de tonnes en 2021 (+28%/2020) selon les statistiques chinoises, le plan mentionne une production de 55 millions de tonnes en 2025, soit moins que pendant la période 2013-2015 (moyenne de 57 millions de tonnes). L’orientation est la même pour la viande bovine. Alors qu’en 2021, le ministère de l’agriculture prévoyait que la production de bœuf atteindrait 8 millions de téc d’ici 2030, l’objectif du nouveau plan pour la production de bœuf est de 6,8 millions de téc au minimum d’ici 2025, soit moins que la production annoncée en 2021 (6,9 millions de téc)…

D’un autre côté, un paragraphe du plan quinquennal est consacré aux « aliments du futur » et mentionne notamment la viande de culture cellulaire et la protéine recombinante… La présence de ces produits dans ce document signifie que des efforts de recherche seront entrepris pour développer ces nouveaux aliments.

Dans un discours en mars, le président Xi Jinping a mentionné qu’« outre les productions traditionnelles issues du bétail et de l’aviculture, nous devrions étendre l’utilisation des ressources biologiques. En développant les sciences biologiques, la biotechnologie et les bio-industries, nous pouvons obtenir des calories et des protéines à partir de plantes, d’animaux et de micro-organismes. » Le président chinois est l’un des rares dirigeants dans le monde à avoir publiquement adopté les protéines alternatives comme une priorité stratégique importante pour le développement.

Dans sa quête d’une sécurité alimentaire rimant avec la plus grande autosuffisance possible, la Chine semble donc miser non seulement sur les OGM mais également sur les aliments synthétiques.

Le déficit commercial agricole chinois atteint un nouveau record

En 2021, les importations agricoles et agroalimentaires chinoises ont fortement progressé pour atteindre près de 220 milliards de dollars (+29%/2020). Cette accélération des importations s’explique d’une part par l’augmentation des importations de grains, accentuée par la hausse des prix sur le marché international.

Les achats de maïs ont été multiplié par 2,5 en volume, à 28 millions de tonnes, mais par 3,2 en valeur, pour dépasser les 8 milliards de dollars. Les importations de sorgo ont doublé et celles d’orge ont progressé de 50%. Si les importations de soja ont reculé de 3% en volume, leur valeur a bondi de 35%, à 53 milliards de dollars.

L’autre facteur à prendre en compte est l’accord commercial sino-étatsunien signé en janvier 2020 qui engageait la Chine à acheter 36,5 milliards de dollars de produits agricoles et alimentaire étatsuniens en 2020 et 43,5 milliards en 2021. Après avoir largement raté l’objectif en 2020 (23,7 milliards de dollars), la Chine a fortement augmenté des achats en provenance des Etats-Unis en 2021, 38,9 milliards de dollars. Alors que les exportations chinoises n’ont progressé que de 11% en valeur, le déficit commercial agricole chinois a donc atteint le record historique de 135 milliards de dollars.

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