Accord UE-Mercosur : Quel impact pour les filière animales?

Rappel du contexte de l’accord
Le 28 juin dernier, après 20 ans de négociations chaotiques, les représentants du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) et de l’Union Européenne sont parvenus à un accord politique définissant le contenu du futur traité de libre-échange entre le deux blocs. Une fois pleinement entré en vigueur, cet accord supprimera plus de 90% des droits de douane des deux parties et « ouvrira la plus vaste zone de libre-échange au monde » comme l’a souligné le Président de la Commission européenne, J-C Junker. Cet accord avec des pays agro-exportateurs avant tout aura des effets certains sur les élevages de ruminants comme de monogastriques, secteurs jugés comme stratégiques par les exportateurs du Mercosur.

Principales décisions pour le secteur bovin viande  
Les quatre pays du Mercosur sont dans le « top 10 » des exportateurs mondiaux  de viande bovine, Le Brésil étant redevenu le n°1 mondial en 2018. Le Mercosur concentre un tiers des échanges mondiaux de viande bovine.

Les opérateurs devraient particulièrement viser le secteur de l’aloyau, très rémunérateur sur le marché européen et sur lequel ils proposent des prix inférieurs de près de 40%. Ce commerce pourrait se répercuter sur les prix à la production en Europe. Dans l’accord politique du 28 juin 2019, la Commission a concédé au Mercosur un contingent de 99 000 téc de viande bovine avec un droit de douane de 7,5%, réparti entre viande bovine réfrigérée (55% du contingent) et congelée (45% du contingent). La répartition de ce contingent entre les 4 membres du Mercosur n’est pas officielle, le Brésil en serait cependant le 1er bénéficiaire devant l’Argentine. De plus, à l’instar de ce qu’avait obtenu le Canada dans le cadre du CETA, le Mercosur a obtenu la disparition du droit de douane sur le contingent Hilton (actuellement de 20%), pour un volume de 61 000 téc.

Principales décisions pour le secteur bovin lait
Pour les produits laitiers, les concessions ont été bilatérales. Ainsi, chaque partie de l’accord se verra ouvrir, après une période transitoire de 10 ans, des contingents libres de droits : 30 000 tonnes de fromages, 10 000 tonnes de poudres de lait, 5 000 tonnes de lait infantile. En outre, plus de 350 indications géographiques européennes seront reconnues et protégées par l’accord. De nombreuses appellations fromagères en font partie, comme par exemple le Comté.

La période transitoire de 10 ans sera très longue et les droits de douane ne seront pas instantanément nuls, les effets sont donc potentiellement plus limités, même si certaines entreprises européennes comptent bien en profiter pour exporter davantage tout particulièrement de fromages à pâtes molles, type brie ou camembert. En outre, certaines ont déjà des opérations très importantes, en particulier au Brésil. C’est ainsi le cas de Lactalis et de Savencia pour ne citer qu’elles. La baisse des droits de douane et surtout l’allégement des procédures d’agrément sanitaire, aujourd’hui très complexes, facilitera sans aucun doute le commerce intra-firme.

Marché des viandes de volailles 

L’accord politique sur l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur prévoit un contingent d’importation de viande de volaille de 180 000 tonnes à droit nul, réparti à 50/50 entre viandes désossées et viandes avec os. Cela représente une augmentation de 20 % des volumes par rapport aux contingents déjà existants (886 385 tonnes en 2019).

Cette ouverture bénéficiera largement au Brésil, 2ème producteur mondial de poulet et 1er exportateur mondial de viande de volailles (30 % des volumes exportés) et qui dispose d’ores-et-déjà d’un accès privilégié au marché européen à travers des contingents spécifiques (50 % des volumes de contingents existants).

Sur la période 2013-2016, l’UE-28 a importé 603 000 téc/an en provenance du Brésil, soit 55 % du total de ses importations. Deux scandales sanitaires successifs impliquant les leaders de la filière brésilienne ont conduit à une réduction temporaire des volumes importés dans l’UE : la découverte d’une pratique de mélange de viande saine et avariée dans les lots vendus en 2017 (opération carne fraca) et la falsification des contrôles salmonelles en 2018 (opération trapaça).

La filière brésilienne est très compétitive par rapport aux filières européenne et française. Les opérateurs brésiliens ont un coût de production du poulet sortie abattoir 25 % inférieur à la moyenne européenne, ce différentiel s’établissant à 30 % avec la France.

Comme les autres fournisseurs Pays tiers, le Brésil exporte principalement du filet sous diverses formes, pièce noble sur le marché européen et principalement destinée à alimenter les segments de marchés où la demande est encore en croissance dans l’UE : le foodservice et les élaborés à base de volaille.

Cet accord intervient alors que le Brexit n’a pas encore trouvé sa conclusion et que le marché britannique absorbe actuellement près de 50 % des importations de l’UE-28 en provenance des Pays tiers.

Dans ce contexte, avec plus de 2 poulets consommés sur 5 importés, la filière française déjà fragile, risque d’être particulièrement impactée directement ou indirectement par cet accord qui fragilise la rentabilité des investissements liés aux objectifs de reconquête du marché intérieur et d’évolution de systèmes d’élevage pour répondre aux attentes sociétales.

Marché du porc

En ce qui concerne le porc, l’Union européenne a accordé un quota de 25 000 tonnes d’importations de viande,dont la mise en place est étalée sur 6 ans (soit 4 000 tonnes additionnelles par an) avec un droit de douane de 83 €/T (contre actuellement entre 129 €/T et 3034 €/T selon les types de pièces ou de produits).

Le risque pour le marché porcin européen est faible à court terme ; l’Europe est exportatrice nette avec 3,7 millions de tonnes exportées en 2018. En contrepartie, elle importe peu de viande de porc en provenance des pays-tiers avec 28 000 tonnes importées en 2018, dont seulement 41 tonnes en provenance du Brésil. En effet, les importations en provenance du Mercosur sont faibles car contraintes par les normes sanitaires européennes. La plupart des opérateurs du Mercosur ne peuvent en effet garantir le respect des normes de production européennes, qui interdisent l’usage de ractopamine ainsi que de certaines molécules médicamenteuses et protéines d’origine animale dans les rations alimentaires.

Marché des grains

Les effets de l’accord sur l’approvisionnement en grains du marché européen devraient être limités. En effet, les importations de maïs et de soja en provenance des pays du Mercosur étaient déjà autorisées sans droit de douane spécifique en fonction de l’origine.

Le quota pour le maïs doux (1 000 tonnes) accordé dans l’accord représente un marché de niche, une goutte d’eau par rapport aux 23,6 millions de tonnes de maïs grain importés par l’Union européenne en 2018/19.

La principale nouveauté de l’accord vise les taxes à l’exportation présentes dans certains pays du Mercosur, en premier lieu en Argentine. En effet, en période de crise économique dans le pays (comme c’est le cas actuellement), le gouvernement argentin peut imposer temporairement des taxes à l’export sur certains produits agricoles afin d’engranger de l’argent dans les caisses de l’Etat. Historiquement, l’Argentine (premier exportateur mondial de tourteau de soja) place les taxes à l’export de soja brut sur un niveau supérieur à celles du tourteau de soja, le but étant de favoriser l’industrie locale de trituration. L’accord prévoit que le Mercosur mette fin à ce type de pratique pour les matières premières exportées vers l’UE, ce qui rééquilibrera un peu la concurrence entre la trituration argentine et la trituration européenne.

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